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Les enjeux de l'ordre michelin au Congo-Kinshasa

Après plusieurs années passées dans l'opposition, les libéraux flamands et francophones gagnent les élections fédérales et régionales de 1999, renvoyant ainsi les sociaux-chrétiens dans l'opposition, usés par 41 ans de pouvoir. Lors de la formation du gouvernement fédéral de la majorité arc-en-ciel (libéraux, socialistes et écologistes), Louis MICHEL, vice-premier ministre, prend le ministère des affaires étrangères et l'écologiste flamand Eddy BOUTMANS la coopération au développement. Au niveau communautaire, le Parti Réformateur Libéral (PRL) de Louis MICHEL va diriger le gouvernement de la Communauté Française avec Hervé HASQUIN, Serge KUBLA sera le chef de file du PRL dans le gouvernement de la Région Wallonne chargé de l'économie ; Armand DE DECKER (PRL) est perché au Sénat et Richard MILLER (PRL) président du parlement wallon. Louis MICHEL étant celui qui a négocié la formation du gouvernement, les libéraux francophones vont imprégner idéologiquement la politique belge.

Une diplomatie de reconquête

Le monde avancé s'est désintéressé de l'Afrique sinistrée et la Belgique des années 90 s'est distinguée par son désengagement progressif vis à vis de la région des Grands Lacs. L'arrivée de Louis MICHEL au ministère des affaires étrangères va amorcer en Belgique un regain d'intérêt vis à vis de l'Afrique Centrale ; il va d'abord insuffler une politique objective très engagée justifiée par une double responsabilité : le devoir de reconnaissance de l'ancienne puissance coloniale et le devoir de solidarité entre pays riches et pays pauvres.

Dans ses tournées africaines, il va exprimer sa volonté de sensibiliser les pays riches sur les problèmes africains afin d'arriver à un nouveau partenariat actif et responsable. Conscient des limites de la Belgique , il est persuadé que celle-ci se distingue des autres grands pays par sa connaissance de l'Afrique centrale ; le Congo étant le seul pays au monde où la Belgique est considérée comme une grande puissance, les libéraux francophones ont toujours tenu à garder un pied à terre à Kinshasa. Malgré la couleur violette (bleu, rouge et vert) du gouvernement belge, la pensée libérale va imprégner la diplomatie et la coopération belge au Congo ; BOUTMANS est exclu du dossier Congo, l'éthique écologique flamande étant incompatible avec la conception libérale de la coopération en Afrique centrale.

Cherchant un dialogue apaisé avec le pouvoir de Kinshasa pro-lumumbiste, Louis MICHEL va encourager en 1999 l'idée d'une commission parlementaire (Commission Lumumba) pour faire la lumière sur l'assassinat de l'éphémère Premier ministre du Congo élu en 1960 . Malgré cet appel du pied tactique, Laurent KABILA sera toujours méfiant vis-à-vis de Bruxelles. Les nationalistes congolais vont souhaiter un partenariat basé sur l'égalité, sans ingérence et avec des avantages mutuels ; les libéraux belges vont poser toutes sortes de conditions favorables aux intérêts des multinationales.

La famille libérale belge arrive au pouvoir au moment où le Congo est déstabilisé par des forces rebelles et subit l'intervention militaire des pays voisins, le Rwanda et l'Ouganda soutenant la rébellion, l'Angola, le Zimbabwe et la Namibie secourant le pouvoir de Kinshasa. Le gouvernement belge va encourager sans atermoiement les Accords de paix signés à Lusaka en 1999, qui prévoient le désarmement des différents groupes armés et l'établissement d'un dialogue intercongolais en vue de la formation d'un gouvernement incluant les rebelles. Laurent KABILA va gêner la présence d'observateurs de l'ONU au Congo et devient, aux yeux de la communauté internationale, un obstacle majeur pour la paix ; le 16 janvier 2001, il est assassiné.

Le jour après le meurtre de Laurent KABILA, Louis MICHEL n'hésite pas à faire une déclaration indécente: « Le choc a peut-être créé un moment propice à la négociation » (Le Soir du 19 janvier 2001). En allant assister aux funérailles de Laurent KABILA, il informe l'opinion qu'il va réclamer des «  signes d'ouverture  » à Joseph KABILA. Dès son arrivé à Kinshasa et avant les cérémonies, il rencontre le successeur désigné auprès de qui «  il a mis les points sur les i  ». Après la cérémonie, il va lancer un appel de réconciliation de tous les Congolais dans l'esprit des Accords de Lusaka et va prier Joseph KABILA à s'organiser pour la légitimation de son pouvoir. Devant la presse, «  j'ai dis ce que j'avais à dire  » a précisé Louis MICHEL, soulignant que «  Joseph KABILA a écouté le message de la Belgique avec une grande attention et un grand intérêt  ». Bref, il exhorte le nouveau pouvoir à tourner le dos au nationalisme .

Sur le plan politique, Joseph KABILA relance les Accords de Lusaka ; il autorise les partis politiques, collabore avec certaines chancelleries occidentales et permet le déploiement de la MONUC. Sur le plan économique, il tente d'attirer des milieux affairistes qui décèlent sa candeur face aux enjeux réels sur le Congo. Des pressions seront exercées sur sa personne et Joseph KABILA va révéler à l'opinion qu'il craignait une mort violente ; on va vite lui faire comprendre que sa survie et la paix du Congo seront conditionnées par des contreparties économiques. Alors que le pays connaît une crise institutionnelle grave, on le contraint à saborder la Loi BAKAJIKA (le sol et le sous-sol appartiennent à l'Etat) pour permettre à certains milieux de récupérer leurs titres fonciers coloniaux ou d'acquérir les propriétés de grands espaces terriens au Congo  ; inspirée par certains milieux étrangers, une loi minière ultra-libérale est promulguée. Ayant trouvé la poule aux œufs d'or en la personne de Joseph KABILA qui accepte toutes les conditions favorables à leurs intérêts, certains milieux belges vont s'investir subtilement dans la crise congolaise pour le légitimer en utilisant l'argument de l'expertise des affaires congolaises.

Satisfaits de l'attitude de Joseph KABILA, des milieux d'affaires étrangers vont agir auprès de leur gouvernement respectif pour obtenir leur soutien ; le rapport de l'ONU sur le pillage des richesses du Congo, biaisé, sera utilisé pour des objectifs politiques, entre autre:

•  réduire l'influence du Zimbabwe sur Kinshasa, son dirigeant étant indésirable dans certaines chancelleries avec l'affaire des fermiers blancs ;

•  affaiblir certains pays des Grands Lacs qui soutiennent les forces rebelles ;

•  renforcer politiquement Joseph KABILA face à son entourage qui l'a fait roi et autres chefs de guerre.

N'hésitant pas à utiliser des méthodes cavalières, Louis MICHEL sera le maître d'œuvre qui adaptera sa stratégie au besoin du moment, à chaque pallier de problèmes, en obtenant le soutien de la Wallonie , de la Belgique , de la France , de l'Union Européenne, de l'Afrique du Sud, de l'Union Africaine et de l'ONU ; certains africains «  franchisés  » seront utilisés comme rempart dans sa politique en Afrique centrale, quelques uns seront mêmes casés dans le noyau du pouvoir à Kinshasa. Les cercles internationaux de décisions seront convaincus et embarqués dans ce processus dont l'objectif inavoué est la légitimation de son homme de paille, Joseph KABILA. Pendant que la classe politique congolaise s'égare dans ses turpitudes, Louis MICHEL va organiser subtilement et méthodiquement la recolonisation humanitaire du Congo.

L'agencement de l'ordre michelin

•  Première étape  : il tient à imposer Joseph KABILA comme président pendant toute la période de transition. Ainsi un séminaire est organisé à Bruxelles au début de l'année 2002 par le ministère belge des affaires étrangères; plusieurs partis politiques non belligérants sont conviés à cet exploit aux frais du contribuable belge, certains comme l'UDPS, le PALU et le FONUS déclinent l'invitation. Le texte de travail, rédigé par le cabinet de Louis MICHEL, va proposer un Etat unitaire décentralisé pour le Congo et le maintien de Joseph KABILA comme président de la transition ; dans l'insouciance des conséquences, les propositions sont approuvées par ces touristes politiques.

•  Deuxième étape : au dialogue intercongolais de Sun City, des intrigues et pressions obligent les belligérants à accepter le choix belge ; des enveloppes sont distribuées pour corrompre la majorité des participants. Les mentors de KABILA vont faire croire sournoisement à certaines chancelleries et l'Afrique du Sud du retrait de la vie politique de leur protégé à l'issu du processus électoral : Joseph KABILA est imposé pour la transition, assisté dans l'espace présidentiel par des chefs de file. Les animateurs de la transition seront gratifiés par des salaires fantaisistes, la Communauté Internationale s'engageant à financer plus de la moitié du budget de l'Etat congolais et les frais pour l'organisation des élections ; ainsi, tous les animateurs de la transitions sont piégés et fragilisés.

•  Troisième étape  : il faut nettoyer l'entourage de Joseph KABILA et affaiblir certains groupes belligérants : on publie le rapport de l'ONU sur les pillages du Congo. Certains caciques kabilistes sont défenestrés pour renforcer le leadership de Joseph KABILA ; les anciens chefs rebelles sont ébranlés dans divers dossiers criminels. Le Président Joseph KABILA assiégé par ses mentors connus, est reçu triomphalement à Bruxelles où il fait l'apologie de la colonisation devant le Sénat belge ; ainsi, il se présente comme l'homme providentiel pour les intérêts belges, les francophones se taillant la part du lion. Armand De DECKER, alors Président du Sénat, loue la clairvoyance de Joseph KABILA handicapé, selon lui, par la formule 1+4 dans l'espace présidentiel. Désormais, l'objectif de la transition sera la légitimation de Joseph KABILA à travers les élections ; celles-ci, d'après les mentors belges de KABILA, vont entraîner le développement du Congo !

Quelque temps après, les libéraux francophones perdent les élections régionales ; Louis MICHEL affaibli démissionne du gouvernement fédéral pour rejoindre la Commission Européenne où il va préférer la Coopération et l'Humanitaire ; avec ce portefeuille, il peut discrètement utiliser sa casquette de l'Union Européenne pour interférer dans le dossier congolais. Au niveau du gouvernement fédéral, les libéraux francophones responsabilisent Armand De DECKER à la coopération pour garder une influence sur Congo ; Karl De GUCHT prend le ministère des affaires étrangères et croit s'occuper de facto du dossier congolais. Nous allons assister à une cacophonie à la belge sur le Congo : face à la médiocrité de la classe politique congolaise, le flamand Karl De GUCHT se montre plus rigoureux, le francophone Armand De DECKER plus complaisant ! Cette nouvelle donne politique belge va gêner la stratégie des mentors de Joseph KABILA ; en plus, celui-ci les déçoit et les agace par son leadership indolent.

Entre temps, des contradictions au sein du gouvernement de transition au Congo vont aggraver la crise, l'Est du pays replongeant dans les violences ethniques ; la corruption verticale va ronger tous les rouages de l'Etat, décourageant ainsi des investisseurs potentiels non maffieux. Malgré la perfusion budgétaire extérieure, le gouvernement est en faillite face à ses obligations publiques ; or le Congo doit financer une partie du processus électoral. L'irresponsabilité comptable de l'Etat congolais rendait déjà dubitatif l'organisation des élections. Joseph KABILA va commettre la maladresse de prendre l'engagement d'une démission collective de tous les animateurs de la transition si les élections ne sont pas organisées pour le 30 juin 2005. Les mises en garde de la Communauté Internationale vont pousser les animateurs de la transition à frimer dans leurs responsabilités. Craignant le naufrage du processus qu'il pilote de Bruxelles, Louis MICHEL va entraîner Javier SOLANA et José Manuel BARROSO dans les égouts de la politique congolaise, montrant ainsi à certains perturbateurs qu'il a le soutien total de l'Union Européenne.

Jusqu'aujourd'hui, la classe politique congolaise actuelle est incapable de poser un débat de fond sur les futures institutions du pays, les acteurs s'intéressant plutôt au partage du pouvoir corrompu. Profitant de cette distraction des Congolais et pour convaincre certains milieux déçus de la médiocrité des animateurs de la transition, un projet de constitution sera élaboré à la hâte par une équipe de chercheurs d'une université francophone belge, sans tenir compte des problèmes réels du pays. Toute la ligne politique voulue par Louis MICHEL va marquer allègrement cette constitution à soumettre au référendum (Etat unitaire décentralisé, pouvoir présidentiel renforcé, privatisation du sol et du sous-sol…). Un recensement électronique fantaisiste commence en fanfare, des cartes d'électeurs sont distribuées à des dirigeants congolais ; bref, le travail préparatoire est en marche pour justifier le report des élections et la prolongation de la transition en fonction de l'article 196 de la constitution de transition. La date butoir du 30 juin 2005 sera franchie d'autorité pour arriver enfin à l'organisation d'un référendum boudé par plus de la moitié de la population (d'après le rapport de l'ONU) et entaché d'irrégularités (d'après des ONG congolaises).

Suite à nos vicissitudes politiques depuis la colonisation, il nous faut élaborer, en toute autonomie, des institutions capables d'harmoniser la cohabitation des différentes composantes nationales pour le bien commun. Dans notre conception politique, le peuple doit d'abord savoir - et cela à travers le texte référendaire proposé - pour quoi il doit voter. Or, on vient de vendre au peuple congolais un chat dans un sac fermé. Non seulement que la constitution référendaire est rédigée par des étrangers, le peuple congolais n'est pas informé de son contenu avant le référendum ; cette situation déplorable traduit le mépris…

Une constitution contestable

Les propos de certaines personnalités belges sur le référendum sont indignes et grossiers  ; Les conditions morales élémentaires pouvant légitimer cette constitution n'étant pas réunie, il faut la jeter dans la poubelle de l'histoire, à moins d'accepter l'assujettissement éternel. On veut faire du Congo un territoire voué à l'exploitation ; par exemple, pour flouer les Congolais, l'article 9 stipule : «  L'Etat exerce une souveraineté permanente sur le sol, le sous-sol et les forêts, sur les espaces aériens, fluvial, lacustre et maritime congolais ainsi que la mer territoriale congolaise et sur le plateau continental.

Les modalités de gestion et de concession du domaine de l'Etat visé à l'alinéa précédent sont déterminées par la loi.  ». Qui va faire cette loi ?

L'article 213 de cette constitution micheline stipule que «  Le Président de la République négocie et ratifie les traités et accords internationaux  » ; les libéraux francophones belges se croient à l'époque du roi MAKOKO pour faire signer à leur pantin n'importe quelle feuille de choux…Quand on observe tous les prédateurs au portillon du Congo, il est à craindre que nous soyons en présence d'un processus morbide pour le peuple congolais.

La possession et la propriété d'une terre ont pour base essentielle le concept fondamental de la souveraineté  ; la possession c'est la capacité de disposer et la propriété comme droit de disposer. La souveraineté est l'ensemble des pouvoirs ou des compétences que peut exercer un Etat ; par exemple, elle est ce droit et cette capacité de décider sur la propriété et la possession des terres. Si des puissances étrangères nous imposent des fantoches irresponsables par la force ou la ruse, quel sera le sort de nos terres ? Qu'allons-nous léguer à la postérité ? Nous voyons bien ce qui se passe au Zimbabwe où la haine et la jalousie déstabilisent la convivialité humaine.

Certes, en matière de bonne gouvernance, avec la Loi BAKAJIKA pendant le régime de MOBUTU, la gestion des espaces terriens n'a pas favorisé le développement du pays. Nous contestons le bien-fondé du monopole de l'Etat sur la terre et les ressources naturelles, mais compte tenu de notre retard économique par rapport aux autres, il nous faut des stratégies appropriées de concession spatiale qui tiennent compte des règles d'allocation et de gestion en fonction des impératifs de développement durable. Nous savons que l'idéologie de la privatisation des espaces en Afrique fait son chemin dans certains milieux qui veulent nous imposer un nouvel ordre compatible à leurs intérêts économiques ; cela a toujours été leur rêve de l'Afrique. L'idéologie économique dominante actuelle pousse au paroxysme l'individualisme possessif de certains affairistes; quand ils auront leurs concessions terriennes, ils vont créer des groupes armés privés pour s'occuper de la sécurité de leurs propriétés, le reste du pays étant livré au chaos suicidaire. C'est ainsi qu'ils veulent à tout prix imposer en Afrique des dirigeants misanthropes acquis à leur idéologie. 

Le sol et le sous-sol du Congo sont la propriété de Dieu et doivent être administrée pour le bien de tous les humains, donc pour la survie de l'humanité. L'Afrique connaît de sérieux problème lié à l'environnement (sécheresse, désertification, eau douce, espace vital…) et l'espèce humaine est menacée…  On n'est plus au Moyen-Âge où des individus sans scrupules s'appropriaient ou confisquaient de grands espaces par la violence, en légitimant, après leur exploit, leur droit de propriété à travers des lois qu'ils ont imposées.

Un processus électoral biaisé

Il est faux de dire que le Congo va connaître ses premières élections ; en mai-juin 1965, le gouvernement de TSHOMBE avait organisé un scrutin libre et transparent sur base de la Constitution de Luluabourg. Le processus démocratique était arrêté par le coup d'état de MOBUTU instigué par certains milieux belges.

L'acte électoral exprime le choix du peuple qui tranche entre les adversaires politiques pour le pouvoir ; cet acte n'est pas un objectif de la démocratie, mais plutôt un instrument qui témoigne le respect à un peuple. Un pays ne devient pas démocratique simplement en organisant les élections ; c'est à travers les institutions et la pratique quotidienne du pouvoir qu'on peut identifier les caractéristiques de son système politique. Après notre naufrage communautaire, deux étapes électorales sont déterminantes pour l'avenir du pays : le choix des institutions et l'élection des gouvernants.

Quel est ce modèle de démocratie qu'on impose au Congo quand des dirigeants belges prétendus démocrates et humanistes s'arrogent le droit de critiquer et d'exclure les forces potentielles de l'opposition ? Quand on observe l'arrogance et le mépris de ceux qui financent ces élections, il est clair que les opérations de dépouillement et la publication des résultats seront conformes à leurs objectifs. Avec l'expérience du référendum bâclé, nous percevons déjà les indices d'une duperie politique.

L'ordre michelin ou le processus de recolonisation

À la fin des années 50, le colonialisme a été condamné en droit international ; le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes était devenu une valeur normative de droit impératif général. Avec celui-ci, le droit international est structuré par une hiérarchie des règles entre elles en désignant les normes auxquelles aucune autre règle ne peut déroger. Or l'article 64 de la Convention de Vienne du 29 mai 1969 stipule ceci : «  si une nouvelle norme impérative du droit international général survient, tout traité existant qui est en conflit avec cette norme devient nul et prend fin  ». Aujourd'hui, une recolonisation face à un génocide, une épuration ethnique, des crimes contre l'humanité entraînant une catastrophe humanitaire permanente peut être considérée comme une nouvelle norme de droit international.

Actuellement, nous assistons à un regain de l'idéologie coloniale suscité par le spectacle chaotique de l'Afrique. Dans certains milieux politiques et intellectuels européens, la décolonisation fut un fait de la guerre froide qui n'existe plus : les nègres vivaient mieux au temps béni des colonies, il faut donc un autre regard de la colonisation en Afrique . Depuis un certain temps, se basant sur le concept de droit d'ingérence, des salons connus pour leurs plans stratégiques sur l'Afrique mènent une campagne relayée par une certaine presse : le Congo connaît la plus grande catastrophe humanitaire depuis 60 ans ! Or nous savons qui sont parmi les fossoyeurs de notre pays, qui ont commandité des coups tordus contre le peuple congolais, qui ont soutenu la tyrannie ruineuse dans notre pays…Dans le drame humanitaire des Grands Lacs, quelle est la responsabilité historique, politique et morale de la Belgique  ? Si l'on prend l'exemple de la problématique Banyarwanda au Congo, pourquoi l'ancien colonisateur évite d'éclairer l'opinion congolaise ? Pourquoi certains milieux belges continuent à distiller la haine entre les populations de la région des Grands Lacs ? Connaissons-nous une presse africaine qui secrète le venin de la haine et de la violence entre flamands et francophones belges ? Ce sont ces mêmes libéraux francophones qui ont plaidé la vente à la Tanzanie de la licence belge de fabrication des cartouches; heureusement pour la région des Grands Lacs, l'éthique des autres partis francophones l'a emporté…

L'ordre michelin, utilisant le masque humanitaire, est en fait une substitution du colonialisme sans l'autorité coloniale ; il consiste à imposer un Etat putatif au Congo animé par des pantins congolais cooptés et légitimités à travers une parodie d'élection démocratique ; certains décideurs à Bruxelles prévoient déjà un haut fonctionnaire belge chargé de la construction de l'Etat au Congo pour y faire leur loi   ; une base militaire européenne est même prévue dans la région des Grands Lacs . En fait, un gouvernement virtuel se crée en Belgique autour de Louis MICHEL qui, à travers ses fonctions à la Commission Européenne , s'est donné une certaine puissance de négociation au sein de la Communauté Internationale pour asseoir subtilement un pouvoir de contrôle stratégique et économique au Congo. Cette ingérence est justifiée du fait qu'un Etat défaillant au Congo constitue un grand danger humanitaire pour les populations et une source d'insécurité régionale, voir internationale (exemple : l'exploitation anarchique de l'Uranium au Katanga). Ainsi, de la colonisation dite philanthropique au 19 ième siècle, nous assistons à une tentative de recolonisation dite humanitaire à l'aube du 21 ième siècle. Il ne faut surtout pas condamner Louis MICHEL qui ne fait que son devoir de patriote belge et plus particulièrement de son terroir la Wallonie  où il doit rendre des comptes à ses électeurs. En Belgique, pour certains milieux négrophobes : «  ils ont détruit notre Congo, nous devons reprendre notre Congo  » ; pour d'autres milieux négrophiles pudiques : «  Tout çà ne nous rendra pas le Congo  »…Ayant le cerveau dans le ventre, certains congolais infantilisés implorent le retour des blancs…

Que faire ?

Nous commencerons par faire une narration de chez nous. Dans un village d'Afrique, un rat maraudait chaque nuit des arachides dans le grenier du Chef ; celui-ci, mécontent, décide de tendre un piège pour neutraliser la bête. La nuit suivante, le rat, méfiant devant l'appât piégé, va solliciter l'aide de ses copains du village pour détruire la ratière; il implore successivement le coq, le bouc, le bélier. Personne ne veut déranger son sommeil pour le soutenir. Le rat rentre triste dans le grenier et s'écroule de déception et de faim devant la ratière. Une vipère affamée, traversant le grenier, se précipite sur le rat qui s'échappe de justesse ; ignorant le piège, la vipère se fait attraper. Blessée, elle décide d'attendre le concepteur du piège pour se venger. Très tôt le matin, en visitant son grenier, le chef se fait mordre par la vipère et meurt. Quelques jours après, ce sont les funérailles du chef ; et pour cette occasion, il faut nourrir les convives : le coq, le bouc, le bélier sont sacrifiés. Ils pouvaient éviter leur sort en aidant le rat !

Les Congolais sont les premiers responsables de la situation de leur pays ; mais les pays frères africains ne doivent laisser phagocyter ce pays car ce qui se passe au Congo va créer une brèche béante pour une nouvelle forme d'assujettissement de l'Afrique. Le chef de la mission d'observation électorale de l'Union Européenne au Congo, le Général français Philippe MORILLON a dit : «  L'avenir du continent africain est en train de se jouer maintenant ici en République Démocratique du Congo »  ! Il est clair qu'après avoir réglé le sort du Congo en fonction de leurs objectifs stratégiques, ils vont s'occuper des autres.

Une solution autonome au niveau africain existe, mais sa réussite dépend d'abord de l'intelligence collective des Congolais. L'Afrique ne doit pas être piégée par l'argument budgétaire car l'argent ne manque pas dans notre continent qui alimente ceux-là qui veulent nous subordonner. Les Africains et particulièrement les Congolais doivent savoir que le processus actuel au Congo a pour seul objectif la reconquête politique et économique de l'Afrique centrale ; il n'y a pas à confondre un calendrier de reconquête avec un processus de résolution de problèmes politiques internes au Congo. La servitude du Congo va freiner la construction de l'Union Africaine ; sur ce, l'Afrique doit se doter d'une certaine capacité de négociation face aux intérêts divergents du monde développé.

Notes

Les libéraux francophones, avant-gardiste des milieux d'affaires francophones belges, ont soutenu jusqu'au bout le régime de MOBUTU

Louis Michel a présenté ses «  excuses  » à la famille Lumumba ; il a également annoncé la création d'un fonds Lumumba pour la «  promotion de l'Etat de droit  » au Congo.

Armand De DECKER a déclaré pourtant : «  Les dirigeants qui arrivent au pouvoir sont nés après la période coloniale et après la décolonisation. Ils ont un tout autre état d'esprit…..Nationaliste, mais dans le sens de plus d'authenticité. Ces dirigeants vont provoquer un dialogue avec l'Europe et le reste du monde, ils n'admettront plus trop les injonctions…  », Propos recueillis par Colette BRAECKMAN, journal Le Soir du 6 décembre 2005

En 1966, le Parlement congolais élu revoit le régime des concessions foncières car depuis Léopold II, on accordait des privilèges exorbitants à des privés européens. La Loi BAKAJIKA est promulguée le 7 juin 1966 et précise en son article 1 ier que «  La République Démocratique du Congo reprenait la pleine et libre disposition de tous ses droits fonciers et miniers concédés ou cédés avant le 30 juin 1960 en propriété ou en participation à des tiers, personnes morales ou physiques  ». Dans le régime de MOBUTU, les gouvernants ont abusé de cette loi.

L'exemple d'une société anglo-sud-africaine qui a acquis plus de 70.000 km² à l'Est du Congo pour l'exploitation du pétrole ; un projet belge est prêt pour le bassin sud-ouest du Congo ( www.moanda.org )

Armand De DECKER a déclaré : «  Si les électeurs congolais votaient non au référendum, ce serait voter pour le statut quo, pour l'ancien régime corrompu  », propos recueillis par Colette BRAECKMAN, journal Le Soir du 6 décembre 2005.

En 1880, le roi MAKOKO (souverain Téké), affaibli à la tête de son pays ruiné par la traite négrière, négocie et signe à Mbé (sur les plateaux au nord de Brazzaville actuelle) avec Savorgnan de BRAZZA, mercenaire exploiteur italien au service de la France , un traité de « protectorat » dont il ne comprenait pas la portée, et pour cause : il ne savait ni lire ni écrire  ! Or en vertu de ce traité, il cédait à la France ses droits sur l'empire dans l'ignorance totale ! Une vraie duperie !

André HUYBRECHTS, Afrique : un regard différent sur la colonisation belge , journal L'Echos de la Bourse , du 3 mars 2004, Belgique

Voir l'article de Claire BRISSET dans le journal Le Monde du 3 mars 1981 ; ses révélations ont suscité diverses réactions dont celles parues dans Le Monde des 5 ,6 ,7 ,12 et 19 mars 1981 et Le Monde du 1 er octobre 1981

Lors de son allocution devant l'Assemblée de l' Union de l'Europe Occidentale - UEO (20 septembre 2005 à Bruxelles) dont le Secrétaire Général est Javier SOLANA, Armand DE DECKER, ministre belge de la coopération au développement déclare : «…  Je crois donc qu'il y a un chantier important pour la mise en œuvre d'un projet européen , et je soumets à votre réflexion l'idée de créer, en Afrique centrale, une grande base militaire commune à l'Union Africaine et à l'Union Européenne   »

Voir le journal Le Potentiel (Kinshasa) publié sur le web le 22 décembre 2005, http://fr.allafrica.com/stories/printable/200512220561.html

Bruxelles le 24 janvier 2006

Mouvement pour l'Alternative Patriotique - MAPA

Omar DIATEZWA
omardiatezwa@yahoo.fr

Samson MUZURI
m_samson4@yahoo.fr

 


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