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Après Nkunda, à qui le tour?

Une dépêche de l'AFP a annoncé, hier soir (jeudi 22 janvier 2009), l'arrestation de Laurent Nkundabatawre dans sa cabale au Rwanda. Cette arrestation peut être saluée comme la rançon que le Rwanda de Paul Kagame a payée au Congo pour avoir bénéficié de l'opportunité de traquer les Hutu de la FDLR sur le sol congolais. Elle peut être interprétée comme le premier fruit palpable du travail de la coalition militaire rwando-congolaise. C'est vrai. Mais...Il y a un mais. Pourquoi maintenant? Une petite relecture de l'histoire peut permettre de mieux approfondir la réponse à cette question. L'arrestation de Nkunda comme la mort de Laurent-Désiré Kabila ont valeur de symbole. Elles symbolisent les limites du marionnettisme rwandais et en révèle l'essence. Explicitons.

De Laurent-Désiré Kabila à Nkundabatware

Désireux de renverser Mobutu et de débarrasser le Congo de sa dictature, Laurent-Désiré Kabila a noué une alliance contre nature avec Paul Kagame et ses escadrons de la mort.

L'AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) avait fini par être assimilée par son chef à un « conglomérat d'aventuriers », membres des réseaux de prédation initiés par la coalition ougando-rwando-burundaise.

Dès que Laurent-Désiré Kabila s'est montré incapable d'honorer l'accord de Lemera et de convaincre les Congolais(es) que les Rwandais venus sous la couverture de son « alliance » étaient des Congolais, il leur a demandé de rentrer chez eux et la guerre de 1998 a éclaté. Elle a atteint son apothéose avec la mort du « soldat du peuple » en 2001.

Quand Laurent Nkundabatware a initié sa rébellion avec l'appui du Rwanda, il affirmait qu'il se battait pour protéger les droits de la minorité tutsi. Mais, petit à petit, cet argument s'est révélé inefficace, fallacieux. Les différents rapports des ONG nationales et internationales attestaient que les massacres auxquels le CNDP de Nkunda se livrait avaient pour but de faciliter la prédation des matières premières du Congo faisant du Rwanda le premier producteur du diamant, du Coltan, de la cassitérite, de l'or, etc. Les derniers rapports de Human Rigths Watch et de l'ONU ont soutenu cette même thèse avec des preuves à l'appui. Convaincus par ces preuves, deux pays occidentaux, la Suède et les Pays-Bas ont décidé de suspendre leur aide bilatérale au Rwanda. Et lors de sa sortie médiatique à Paris, le Ministre des Affaires Etrangières du Congo, Alexis Tambwe Mwamba, avait prouvé, chiffre à l'appui, que les tutsi était majoritairement représentés dans l'armée, l'administration, les régies financières et les institutions républicaines. Quand nous ajoutons à tout ceci les mandats d'arrêts français et espagnols lancés contre Paul Kagame et son entourage, la pression internationale se révèle très forte.

Un autre rappel historique. L'inefficacité de l'argument de la protection des minorités tutsi a poussé Nkunda à l'abandonner au profit des revendications nationales: la revisitation du contrat chinois, la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, etc. Souvenons-nous qu'au moment de son passage aux revendications nationales, un émissaires lui a été envoyé de Kigali. Monsieur Louis Michel, envoyé par Kagame, est allé demander à Nkunda, dans les montagnes du Kivu, d'y renoncer. Et à Bruxelles, lors d'une conférence allant dans le sens des revendications nationales, Basile Diatezwa, n'avait pas réussi à convaincre le groupe du Dr Jean-Pierre Samba, Henri Muke et les autres compatriotes de leur fondement congolais.

En plus de tout cela, quel serait le péché capital de Nkunda? Serait-ce celui d'avoir massacré, violé, pillé, tué, rependu le sida à l'est du Congo? Non. Si cela était le cas, le Rwanda ne pouvait pas jeté son dévolu sur Ntaganda poursuivi par un mandat d'arrêt international pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Le problème est que Nkunda a renié son géniteur. Il voulait tenter de voler de ses propres ailes en crachant sur tout le soutien reçu du Rwanda et en mentant. (Kapingu nakusonga, wangata tuisu wantonuena!Relisons quelques extraits de son interview du 25 décembre 2008 sur le site Internet Kiupeace.

L'interview de Nkundabatware à Kivupeace

« Kivupeace: Monsieur le Président, pensez-vous qu'il soit possible de vaincre l'armée gouvernementale congolaise, c'est-à-dire les FARDC, sans l'appui de l'armée rwandaise?

Laurent Nkunda: Les Congolais doivent cesser de penser qu'ils n'ont pas de capacités humaines et militaires. Le monde doit aussi cesser de présenter les Congolais comme des gens incapables de quoi que ce soit. Et les Congolais doivent cesser de croire à l'image d'incapables que le monde leur impose. Le Congo n'a rien à envier du Rwanda, à part le fait que le Congo vit le régime de la honte et de la décadence. Je vous affirme qu'il y a des capacités congolaises pour gagner la guerre. Les gens doivent cesser de penser que tout ce que nous sommes capables de faire, nous ne pouvons le faire qu'avec la complicité du Rwanda ou des étrangers. Les Congolais par eux-mêmes sont capables de beaucoup de choses. »

Par cette réponse, Nkunda détruit l'image du Congolais construite à partir de l'idéologie tutsi et rependue à travers le monde: l'image du Congolais BMW. Tout en reniant son soutien rwandais, il mène une opération de charme à l'endroit des Congolais qu'il prend pour des naïfs. D'une pierre, il fait deux coups: il détruit un mythe à partir de l'expérience de la résistance congolaise et scie la branche sur laquelle il est assis. La réponse à cette autre question le prouve davantage.

« Kivupeace: Qu'est-ce que le CNDP peut apporter de plus, contrairement aux autres mouvements de libération qu'a connus la RDCongo? Il y a l'AFDL qui est venu soit disant qu'elle voulait libérer les Congolais, mais ce n'était pas vrai. On a vu la suite. On a vu le RCD qui a libéré une partie du territoire congolais, mais ce peuple a évolué de malheurs en malheurs. Il y a aussi le MLC, et aussi plusieurs autres mouvements rebelles. Et vous, Monsieur le Président national du CNDP, pensez-vous avoir quelque chose de différent à proposer aux Congolais, contrairement au RCD, au MLC, à l'AFDL et aux autres?

Laurent Nkunda: Je voudrais préciser quelque chose. L'AFDL, le RCD et le MLC sont des créations extérieures. Rappelons que l'AFDL est née au Rwanda. Le RCD, c'est pareil. Et le MLC est une création ougandaise pour réduire l'influence rwandaise et angolaise. Le seul mouvement qui est une création congolaise, c'est le CNDP. Il est né à Bwiza au Nord-Kivu. Cela doit nous interpeller. Quand un mouvement est créé de l'extérieur, cela veut dire qu'on mélange les intérêts des Congolais et les intérêts des étrangers. Le seul mouvement qui est une création totalement congolaise, c'est le CNDP. C'est un mouvement dont l'essence est congolaise. Il est autonome et vit des moyens des Congolais. »

Cette deuxième réponse est une relecture de l'histoire des rébellions congolaises. Elle en dévoile les modes de création et de fonctionnement. Elles naissent de l'extérieur, prennent une couleur congolaise et occupent les hauts postes de commandement au Congo (après des élections bidon) et continuent, de l'intérieur, à servir leurs parrains. Et quand on sait que ce sont les mêmes mouvements qui sont majoritairement au pouvoir (l'AFDL s'étant transmuée en PPRD), l'arrestation de Nkunda ne change rien à ce mode de fonctionnement. (Qui sait si la coalition des armées rwandaise et congolaise n'est pas allée sécuriser le pillage à huis clos de nos ressources du sous-sol?)

A travers cette deuxième réponse Nkunda nie une évidence- le soutien qu'il recevait du Rwanda- en accusant les mouvements ayant précédé le CNDP sur la voie du marrionnettisme.

Donc, Nkunda, en voulant dédouaner à moindre frais son CNDP, pose le véritable problème de la RD Congo: les effets nocifs du marrionnettisme dans la gestion du pays. La coalition des armées rwandaise et congolaise est à situer dans cette même veine. D'où notre question initiale: après Nkunda, à qui le tour? Il est plus ou moins évident qu'après Nkunda, les autres marionnettes qui n'appliqueront pas la loi de Kigali au Congo connaîtront le même sort. Donc, sans un autre leadership congolais jouissant d'une véritable autonomie et capable d'établir avec le Rwanda un autre genre de partenariat que celui fondé sur la vassalité, le Congo n'ira nulle part. Plusieurs compatriotes ont compris cela. Mus par un nouvel esprit congolais, ils travaillent. En silence.

J.-.P. Mbelu
jpmbelu@yahoo.fr

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