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NDOMBE OPENTUM – “ESAKOLA YA MAWA” ACTE DE CONTRITION: CONFESSION OU MEA CULPA?

(AUTEUR: Ndombe Opentum - TITRE: Esakola ya mawa - Orchestre: Bana OK) 

A toi Myriam

Sans trop savoir pourquoi 

Dans la littérature congolaise, une part trop belle devrait être réservée à toute la poésie musicale chantée. Les musiciens, les auteurs-compositeurs, sont, à cet effet, de vrais poètes. Certains, comme Lutumba Simarro, Tabu Ley du temps où il était Rochereau Pascal, Félix Wazekwa, Koffi Olomide, pour ne citer que ces noms, développent une poésie d'une profondeur inégalable. Hélas, on ne s'accorde pas souvent à l'analyse et à la réflexion sur cette poésie. Des œuvres comme « Maswa » de Lutumba, « Mi amor », « Elle et moi » et « Henriquet » de Koffi, « Inspiration » de Lacoste, « Chantal » et « Augustine » de Werrason, « Omba » de JB Mpiana, devraient rejoindre, dans un musée imaginaire, les « Marie Louisa » de Wendo, « Ata Ndele » de Adou Elenga, « Africa Mokili Mobimba » de Mwamba Dechaud rendu par Jef Kallé, « Sisi » de Papa Noël. La liste est certes longues au risque d'oublier certains, surtout parmi les jeunes (Lola Mwana, Karmapa, Ferre dit Chair de poule) viennent s'ajouter et agrandir l'anthologie toute aussi imaginaire.

Il faudra peut-être écouter ces chansons, loin de la terre natale, loin de Kin-la-belle, loin de Matonge, son milieu ambiant et producteur, distant dans le temps et l'espace, lorsqu'on se sent perdu et abandonné, lorsque la solitude devient une nouvelle compagne. On a alors la nostalgie de Kin, de ces quartiers bruyant, de ses odeurs nauséabonds, de ses couloirs inondés, de ses pubs et cabarets aux noms magiques : Kimpwanza, Faubourg, même les nouveaux venus dans la lignée des « nganda » : Mbuji-Mayi Kananga, sur la route de l'aéroport, ou même des boites célèbres comme Chez Ntemba. Nous avons tenté la bêtise lors d'un voyage sur l'autoroute M4 reliant Cardiff, la capitale du pays de Galles à Londres. Les distances sont avalées par les rythmes. Les tournants et virages sont absorbés par les cris des atalaku . « Yo mwasi oyo atonda ba nzoto alingi abuma ngai… Ya Noel Ngiama balei biloko ya mbwa… » On voit passer devant soi les images des clips. On ferme ses yeux. On goûte à la musique. Le sang trémousse à la place du corps immobilisé et immobile. On pense alors à « la mère de ses enfants », sa « mère ya palais », comme on le dit à Kinshasa. Termes que les femmes ont du reste déjà refusé pour devenir « mère-ya-partout-na-partout », surtout après que Lutumba, encore lui, a fait chanter « Maman Kulutu », comble de misère ou de malheur, par la Cléopâtre Mbilia Bel, malgré la réplique « Réponse ya maman Kulutu », moins connue puisque chantée par Pembe Shero, la Cléopâtre de l'autre côté du fleuve ! L'exercice vaut son pesant d'or… On s'arrête alors sur quelques œuvres phares. On recommence certaines musiques. On écoute et on déguste bien les paroles. On goûte à la poésie. On se croit alors sur l'aréopage d'Athènes ou sur les bords de la mer Egée, étant devenu soi-même Démosthène, ou on se considère présent assis sur l'amphithéâtre alors qu'un poète latin déclame les beaux vers épiques antiques. On se perd ! Hélas, on est loin de ces lieux mythiques, puis la poésie musicale congolaise est loin des gestes « que Turoldus declinet  » La poésie musicale congolaise, d'hier et d'aujourd'hui, chante « Bolingo », l'amour. L'un des premiers mots « Lingala » à apprendre. Elle chante amour, elle est fleur, elle est corde vocale, elle est cœur, elle est sentiment, elle sensation, elle est vibration, elle est sensuelle, elle est nue, elle n'est pas excisée, elle est provocatrice, elle est parfois voyeuriste. C'est sa richesse (sa pauvreté disent ses détracteurs). Elle se mélange à des jeunes filles dansant, à la manière des danseuses pygmées, presque nues, mais couvrant leurs machines à coudre par des morceaux de raphia exhibant tout le dedans, sans pudeur. On les parfume de mille noms et de mille surnoms. Papa Wemba et Koffi en sont, à ce point nommé, des maîtres sans concurrent. La commission de censure, chaque fois renouvelée, est peut-être fatiguée. Effet de complicité ? Cela dépend de quel côté vont « ses » yeux, s'excuse et explique Mopao « M.M. » alias Antoine « makila mabe » Autres temps, autres moeurs ! (O tempora ! O mores ! se serait exclamé Cicéron, le maestro, il aurait tout régler s'il avait été l'impresario).

Pour goûter et tester cette poésie succulente comme du miel, nous avons tenté une première expérience, avec « Esakola ya Mawa » de Ndombe Opentum. Nous en sommes sorti séduit et corrompu. Pourquoi ne pas l'offrir à ces amis qui, séduit par la musique congolaise, voudraient en percer le mystère et en découvrir le contenu ?

Souvenirs… «Sous le Baobab»

C'était une soirée du début de la saison sèche. Sous le Baobab, tout au bord du fleuve Congo, prêt du beach Ngobila, par où Stanley découvrit, voici un siècle, un village prospère où on y pratiquait le commerce de l'ivoire, « Ki-sasa », devenu Kinshasa. Sous le Baobab… Bana O.K. en ont transformé en un vrai temple de la Rumba. Chaque dimanche soir. Si vous faites un tour par Kinshasa, il serait bon d'aller goûter à la Rumba originale. Sous le Baobab… Peut-être c'est ce baobab qu'aurait vu Stanley, ayant résisté à toute tentative de coupe à la scie moteur, devenu un lieu où chaque dimanche on peut aller goûter à la belle musique des Bana OK. Bana OK ?… transfuge de OK Jazz de Lambo Makiadi Franco de Mi Amor. On y sent son esprit planer lorsqu'ils jouent. Dislocation… vrai virus dans la musique congolaise, n'avait pas épargné ce groupe après la mort de Franco, grand maître. Sous la conduite de Lutumba Simarro, malgré toute la bonne volonté, affaire Nzimbu, peut-être, ils n'avaient plus de choix que de se créer une autre identité, leur orchestre à eux. Ils n'allèrent pas très loin. Ils prirent comme nom : « Bana OK. » O.K., Orchestre Kinois ou Oscar Kashama, qui donnèrent le nom à OK Jazz ? Le groupe rassemble tous les grands noms de la Rumba congolaise dont Josky Kiambukuta, dit Djo Sexe et Ndombe Opentum dit Pepe. Les Bana OK sont les représentants, tout terrain et toute catégorie confondue, de la Rumba héritée d'Antoine Wendo Nkalossoy, ce monument vivant sont on dit passer des jours dans une clinique de fortune, lui qui d'ailleurs voue un amour et de l'estime pour Lutumba Simarro, et vice-versa. Ils sont les vrais doyens et monuments de la belle époque, l'époque de « Chéri Bondowe » , succès inégalable de Manuel D'Oliveira.

J'y allais souvent avec des amis Belge, Raoul et Filip, et des amis du Lesotho, des USA, Bob, Allemand… le résultat est, chaque fois le même : la communion était total au point de devenir une petite complicité, surtout lorsqu'ils lâchaient des sons perdus des trompettes et autres cuivres, déambulant de la Charanga, à la Salsa et aux rythmes afro-cubains… Ils y sont souvent au complet.

Ils étaient tous de la partie, la dernière soirée vécue, Lutumba, Josky, Ndombe, puis les jeunes, les danseuses et les joueurs des cuivres. Avec le fleuve, on pouvait entendre les sons s'envolés sur le fleuve, avant de se laisser avaler par le petit vent du soir, dans le noir. C'était mythique et mystique. Puis, cette soirée-là, on avait un invité surprise : Barly Baruti, qui venait d'arriver de la Belgique et qui monta sur le podium gratter sur quelques fibres de la guitare. C'était une ambiance poétique et nostalgique à ne jamais oublier. Puis, il y avait aussi une autre surprise, Baby Ndombe, fils de Ndombe Opentum, du temps où il faisait vraiment la pluie et le beau temps dans Wenge Musica Maison Mère de Werrason le roi des animaux (ou de la forêt, c'est selon). Il était venu voir Papa et Papa avait eu cette gentillesse de nous le présenter. Puis, le fils était parti et le papa était resté sur le podium pour nous proposer, sur demande d'un ami : Esakola ya Mawa…

Esakola ya mawa : De quo agitur ? (De quoi s'agit-il ?)

On se tromperait pas a penser qu'il s'agit d'une personne âgée, d'un « Vieux » comme c'est souvent le cas à Kinshasa, qui a pensé laissé sa première épouse, pour une petite fille, qu'elle croyait conquérir son cœur, avec certes des « papiers oyo » Elle en avait fait le centre de gravité de sa vie. Il aimait la fille, sincèrement. Hélas, cette dernière, comme c'est souvent le cas aussi, a préféré laisser le « vieux » pour d'autres amours. Jeune pou jeune, vieux pour vieux. Seul, sur le chemin du travail ou seul dans la soirée, main dans la joue, le « Vieux » confesse. Il fait son acte de contrition en trois parties.

D'abord, il tente de se retrouver un centre de gravité, de se décrire. Qui est-il devenu ? Il tente, dans une démarche socratique, de se « connaître soi-même », sa faiblesse de s'être ainsi laissé tomber amoureuse facilement, lui dont la nature fait qu'il soit fragile et manifestant son amour aussi par les belles paroles. On l'écoute :

Esakola ya mawa nakomi nde na nsuka,

Nakomi decu, motema epai namipesaki esimbi te,

Nayei komikotisa na monyololo,

Souffrance…

Nzoto na ngai nzoto ya mombembe,

Fragile…

Nalobaka te malgré monoko bapesa ngai

Silence…

Maloba na ngai kaka ya l'amour

Es'adresaka kaka na yo

Jour et nuit

(TRADUCTION : Acte de contrition… Je crois être à la fin de mes jours. Je suis très déçu par mon amour, je me suis laissé entrelacé par une chaîne de souffrance, alors que j'ai un corps et un cœur fragile et faible ressemblant à un escargot. D'ailleurs, timide et doux, de ma bouche ne sortent que de belles paroles d'amour qui ne s'adressent qu'à toi, jour et nuit)

Dans la nuit de sa déception et au milieu de ces cris et pleurs, comme c'est souvent le cas, il recourt à sa mère, dont l'amour maternel n'a nulle part égale. Il se souvient surtout des conseils de cette dernière :

Mama abotaki ngai ayebisaki ngai boye

Ndombe

Apesaki ngai liteya alobaki mwasi na bolingo nde alingaka koleka

Soki esalami le contraire

Keba !

Akomonela yo mingi

Akolinga mpe akoluka ko commander yo

Okomi moumbu ya bolingo

Bolingo ezalaka mbeli ya mino mibale

Attention na la vie.

(TRADUCTION : Maman m'a pourtant conseillé jadis qu'il faudra à la femme de manifester plus son amour envers l'homme. Le contraire rend l'homme esclave de l'amour et fait que la femme prenne l'homme comme son instrument de jeu à vouloir commander à tout bout de champ. L'homme dès lors devient esclave d'amour. L'amour est un couteau à double tranchant. Faits gaffe !)

Pour se faire bonne conscience ou pour se décharger, il s'adresse alors à son ancienne coqueluche. Parce qu'il le faudra bien. On ne saura réellement son vrai nom, sinon l'abréviation « MC » (Marie Claire, Marie Clara ?)

MC, MC

Ozalaki nde nzube na nse ya lokolo nanyataki

Lelo ngai oyo nakomi konyokwama

Souffrance…

(TRADUCTION : MC, tu ressembles à une épine que j'ai eu sous la plante de mon pieds. Je tords de douleurs et de souffrance).

Mais, se dit le « Vieux », poursuivant son Acte de Contrition, il ne doit s'en prendre qu'à sa naïveté, parce que malgré toutes les informations dont il disposait, il n'avait jamais envisagé la quitter. Il avait les yeux aveuglés par une illusion d'amour. Comme elle est une jeune à fleur de l'âge, le « Vieux » n'a plus de choix que de la laisser « faire sa vie » et jouir de sa liberté.

Lelo nakoma kofuta masumu

Napusaki ntembe ya Saint Thomas

Natikela yo nzela mpo osakana, osala vie

Nayebi ozali mwana moke

(TRADUCTION : Je commence à payer mes propres péchés, car je ressemble à Saint Thomas, voulant moi-même passer à l'expérimentation. Je n'ai plus de choix que de te laisser jouir de ta vie, car tu es encore à fleur de l'age).

Faiblesse na ngai mpo namipesaki na yo

Epai na ngai namonaka ozali bomoi

Makila etambola na ngai na nzoto

(TRADUCTION : Ma faiblesse est de m'être donné à toi, totalement et sincèrement, j'avais pensé que tu es une partie de moi-même, tout mon dedans vibre à ton rythme).

Mais, l'amour voué envers cette jeune fille n'était vraiment pas un amour aveugle.

Makambo osalala ko tout

Nayebaka na ngai nyonso

Kasi nalobaka te

Mpo ntango ekoki naino te

Mokolo ngonga ekobeta

Lokola lingolo ya kotela

Ekokweya yango moko

Wana film esili

(TRADUCTION : J'étais informé de tout ton comportement et tes déraillements, mais par mon silence je voulais en savoir plus et donner du temps au temps. Lorsque le moment sera venu, comme une mangue mur, tu tomberas de toi-même, c'est la fin du film).

Il la pardonne pourtant, laissant à la justice immanente d'en faire son affaire. Tôt ou tard, chacun devant payer les pots cassés de ses péchés, sur cette terre, avant d'espérer payer de ses péchés dans l'au-delà.

Mokolo okonokela mbula na bala-bala

MC akoyeba te

Mokolo okomiswa na lolemo ozoki

Yebaka wana nde kolela na ngai

Otubi ngai likula na motema

Nazwaki yo mai ya komela

Nazwaka yo oreiller na ngai nalailisaka moto

Mpo nazwa mpongi

(TRADUCTION : Un jour, tu te ferras mouillée par une pluie diluvienne, puis lorsque tu te ferras mordre la langue, souviens-toi que c'est le fruit de mes pleures. J'avais fais de toi mon eau à boire et mon oreiller pour me reposer et me permettre de bien dormir).

Considérations esthétiques

Lorsqu'on analyse et on écoute « Esakola ya Mawa », on ne peut que constaté que Ndombe Opetum y a exercé et y a étalé, dans cette œuvre tout son talent d'artiste et de poète. Les vers et les rimes sont lâchés puis rattrapés dans une cadence de la rumba classique et classifiée, on aimerait mieux la danser que l'écouter. Il tente même avec la première strophe une rime dont les dernier vers reprennent les mots français, repris par un choeur « Souffrance, Fragile, Silence » . A chaque fois, on se croirait dans un bateau qui donne l'impression d'échouer sur le sable ou sur des rocs. Mais, à chaque fois aussi, l'artiste, en solo, reprend l'initiative. Lorsqu'il aborde la deuxième strophe, il hausse le ton, comme pour dire qu'il a toujours le dernier mot, qu'il n'est pas vidé de son contenu et de son existence (Mama abotaki ngai ayebisaki ngai boye) .

On sent les vers se mêler aux pas des danseurs, aller et revenir, dans un équilibre qui fait bouger les vieux et les jeunes et les obligent à rester silencieux et méditatifs sur « la piste ». On ne bouge pas trop. On ne se perd pas. On ne s'embourbe pas. On ne se cogne pas. Ndombe ne laisse même pas de place à une quelconque cacophonie ou un confusion des temps forts et des temps faibles. Les mots et les phrases se suivent dans un canon où, chaque strophe chantée en solo est reprise par un chœur lâchant les vers sur l'horizon, on dirait mieux vers l'Azur lointain, une galaxie étoilée, une voie lactée peinte dans un cœur meurtri à la recherche de sa Croix du Sud ou de sa boussole (Nayei komikotisa na monyololo – Souffrance / Nzoto ya mombembe – Fragile / Nalobaka te malgré monoko bapesa ngai - Silence). D'ailleurs, le chœur, dans un mouvement de rétablissement de l'équilibre original, perdu par ce « cou », vient aussi chaque fois à la rescousse du solo. Surtout lorsqu'il évoque les conseils reçus de la maman-chérie, c'est un duo, le seul dans la chanson, avec une voix féminine angélique, qui vient réanimer et réarmer le conseil, sans doute pour lui donner plus de poids et valeur  (Apesaki ngai liteya alobaki mwasi na bolingo nde alingaka koleka – Ma mère me conseillait toujours que, en amour, il est mieux que la femme aime plus que l'homme). Ce chœur polyphonique revient en force à la fin de la chanson, peut-être pour souligner, encore une dernière fois et avec force, le côté moralisateur de la chanson. Car, le poète en fait ne chante pas que ses déboires, mais, vivant dans son siècle, il se fait l'échos de sa société, il porte souvent sur ses épaules, les péchés d'Israël de ses contemporains. C'est peut-être de lui-même qu'il s'agit ou d'un autre. On sent aussi chez le poète, cet essoufflement à se reprocher cet aveuglement, les mots lui manquent, les vers deviennent silence, des phrases sont lâchées sans une fin classique. Le dernier vers (Makila etambola na ngai na nzoto – le sang me coulent dans les veines) semble être perdu et n'a pas une bonne fin.

Là où Ndombe se dépasse, c'est dans l'usage des instruments plastiques qui ornent son œuvre. Il a su les assaisonner, les mélanger, les contenir, comme du sel et du piment qu'on mettrait dans une proportion suffisante dans une marmite. Quelque fois la flûte, le saxo, le cuivre, les solos viennent et repartent, avec regret. Sa chanson devient un vrai mouvement rythmique de symétrie et de chiasme, un canon harmonieux, où les parties et l'ensemble, où les vers et les strophes, s'agencent et de condensent, se choquent et s'entrechoquent ; les instruments de musique viennent se soutenir, pour ne pas laisser tomber dans le gouffre et le néant cet homme dont l'acte de contrition, un vrai mea culpa, n'a plus besoin que des quintes pour se soutenir et donner un nouveau sens à la vie. La forme ne vient pas étouffer le contenu. Elle ne se veut plus en exergue, comme la guitare basse d'un Lofombo du temps où il était dans Empire Bakuba de Pepe Kallé par exemple. Dans « Esakola ya mawa », la guitare basse vient combler les vides des autres guitares d'accompagnements et solo. Evoluant dans l'école de Luambo, la guitare dans « Esakola ya mawa », se rapproche de celle de Docteur Nico, où on a l'impression que les cordes sont comptées et comptabilisées. On se croirait entendre les notes d'un piano tomber et se suivre, les unes après les autres. L'auteur fait souvent intervenir les cuivres pour accroître cette impression de vouloir vraiment mêler les pleurs, les larmes avec les instruments plastiques. Et il y réussit merveilleusement.

La description des sentiments internes ne peut laisser quiconque sans pitié pour ce monsieur qui récite son Acte de Contrition. Ce monsieur qui a un corps si fragile comme un escargot, n'avançant que lentement et calmement, ayant une bouche et pourtant choisissant le silence. Mais, on se tromperait de le croire si dupe, selon le principe italien (qui va piano va sano, qui va sano va lontano) , car, « vieux », il sait où il va, attendant le moment venu. Et cet Acte de Contrition est en fait le dernier coup de sifflet de cet amour idyllique qui s'achever sur un requiem.

A l'heure où la musique congolaise moderne est incrustée par les phénomènes « mabanga », où les « Couleur d'origine », « Didi Kinuani », « Hugo Tazambi vingt ans de métier », « Adam Bombole le grand saoudien quelque soit la baisse ou la hausse du dollar, ye aza ? », « Serge Kasanda, Fonds Monétaires International », « Alisi Baba un Prince au Congo », « Jacques Ilunga, étage ya nsuka », « Coffre-fort mbongo ebele », etc…. chez Ndombe Opentum, les différentes personnes citées et nommées, le sont, juste dans les espace où les mélomanes, en crise d'identité, laissée pantois par ce récit écœurant, ont besoin de se soutenir. « Pierre Monzali, Gege Fula Mambo, Papa Kanga Pius, Akenda, Papa Kenda, Fondation Mundele, Richard King de Londres, André Lomami, Maisaf na Bandal… », sont cités sans les nombreux épithètes et attributs dont sont fraient les nombreuses célébrités congolaises. C'est à dire que ces messieurs-là, cités par Ndombe, sont en eux-mêmes une identité et n'ont plus besoin qu'on la leur crée avec des noms d'emprunt. Ils sont chantés sûrement pour leurs contributions à la musique. Puis, comme dans « Maya » de Lutumba, l'artiste les cite pour les prendre à témoin. Demain, ils seront ses juges ou ses témoins dans Kinshasa où les juges « occasionnels » et de rue condamnent trop vite les hommes, en lavant les femmes de tout péché. Par pitié ou par complicité ?

Dans « Esakola ya mawa » , Pépé Ndombe Opentum ne se soustrait pas à la tendance et à la philosophie de la musique congolaise moderne de chanter les femmes, la femme, l'amour, les amours. Comme nous l'écrivions dans une contribution ultérieure, lorsque le poète congolais de la musique moderne se fait chantre de l'amour, parfois charnelle, c'est pour susciter l'amour véritable, celui d'un homme qui aime une femme, vraiment, un amour original et originel. Cet amour, hélas, souvent, faits défaut. D'où, l'artiste, le poète devient son chantre, dans un mouvement idéal et idéel, rêvant et se lançant dans des rêveries, voulant faire élever, avec ses paroles et ses vers, des jours nouveaux, des horizons nouveaux, où on aime seulement pour besoin d'aimer, où on se fait aimer simplement pour raison d'aimer, cet amour dont nos parents sont des champions et des modèles. Atteindra-t-il, le poète congolais, Ndombe Opentum, son but et sa mission de prophète et de messie et de pasteur et de prédicateur et d'enseignant et de crieur public ? Une chose est sure, dans « Esakola ya mawa », Ndombe Opentum nous fait soit son mea culpa soit sa confession. Aveuglé, il ne l'est pas certes, déçu, il l'est sûrement. Son futur amant devra se tenir sur ses gardes. Car, trébucher deux fois sur un même obstacle, est une vraie stupidité, on passerait ainsi du « premier Gaou » au « deuxième Gaou » puis au « Nyata ». Qui l'acceptera. Les dames ont du pain sur la planche.

La prochaine fois lorsque vous aurez l'occasion d'écouter « Esakola ya mawa » , offrez ces vers à un(e) ami(e) et testez alors l'effet vice-versa.

Norbert X MBU-MPUTU
Writer, Freelance journalist and researcher in Anthropology and sociology
Newport, Wales (United Kingdom)


 

 
 
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