INTERVIEW
Le candidat battu au second tour de la présidentielle congolaise entend désormais enfiler l'habit de chef de file d'une opposition forte. Jean - Pierre Bemba : «J'ai tout accepté, même l'inacceptable» JEUNE AFRIQUE
Propos recueillis par Elimane Fall
La cause est entendue. Joseph Kabila, proclamé vainqueur de la présidentielle, a été investi le 6 décembre. Mais Jean-Pierre Bemba, son challenger malheureux, le candidat du Mouvement de Libération du Congo (MLC) soutenu au second tour du scrutin par l'Union pour la Nation, une coalition de partis qui se sont ralliés à lui au second tour de la présidentielle du 29 octobre, n'abdique pas pour autant toute ambition politique . Encore moins tout destin national. A 46 ans, l'enfant de l'Equa teur, sa province natale, est décidé à ouvrir un nouveau chapitre de sa vie, le quatrième et peut-être le plus enthousiasmant, dans son pays où tout ou presque reste à faire. L'ancien homme d'affaires passé à la rébellion armée puis à l'un des fauteuils de vice-président du Congo entend désormais enfiler l'habit de chef de file de l'opposition. Et affiche clairement des intentions à la hauteur de son score: près de 42% des suffrages. C'est ce capital qu'avec ses nouveaux amis de l'Union, il espère faire fructifier dans les mois et les années à venir afin de représenter une véritable alternative pour le Congo. C'est ce que Jean- Pierre Bemba appelle « un e opposition forte démocratique et républicaine ». Explications.
JEUNE AFRIQUE: Vous avez reconnu la victoire de votre adversaire du second tour, Joseph Kabila...
JEAN-PIERRE BEMBA: Je veux bien passer sur les détails, mais vous allez un peu vite tout de même. Je ne suis pas d'accord avec les résultats. Ni avec la manière cavalière dont la de Cour suprême de justice a rendu le jugements qui na pas été motivé. Nous sommes frustrés. Mais j'ai privilégié l'intérêt supérieur de la nation en cherchant à éviter la violence et le chaos dans le pays. Je vais me situer dans une opposition forte et républicaine. Et l'ensemble de l'Union pour la nation nous a suivis dans cette démarche. Avez-vous subi des pressions en ce sens de la part de votre entourage ou de la communauté internationale?
Absolument pas. C'est une démarche personnelle, faite en mon âme et conscience, afin d'éviter le pire au pays. Quels sont donc vos projets politiques?
Dès aujourd'hui, il faut nous atteler à restructurer notre parti, le Mouvement de Libération du Congo. Nous allons renforcer notre présence dans les zones où nous avons enregistré des résultats peu satisfaisants. Nous espérons nous y implanter pour obtenir une meilleure adhésion des populatIons. II faut également restructurer l'Union, qui sera la plate-forme de l'opposition forte, démocratique et républicaine susceptible de nous présenter comme une alternative pour demain.
Serez-vous candidat dans cinq ans, à la prochaine présidentielle?
Je crois que c'est encore un peu tôt. Ce n'est pas une obsession, il faut laisser un peu de temps au temps. Pour le moment, il s'agit de bien gérer un nombre important de provinces probablement six sur les onze que compte le pays, de jouer pleinement notre rôle à l'Assemblée nationale comme dans le futur Sénat. L'Union. Compte déjà plus de 200 députés, dont quel que 80 du MLC.
Les résultats du scrutin présidentiel ont montré une véritable fracture électorale du pays...
C'est bien regrettable. On a effectivement une scission Est-Ouest. Et c'est inquiétant dans la mesure où cela tra duit peu ou prou un vote ethnolinguistique non confortable pour l'unité et la cohésion du pays. Il nous faut particulièrement y faire attention et éviter que cette fracture ne devienne profonde et préjudiciable. Mais c'est d'abord le rôle du président et de son gouvernement de s'impliquer, de se mettre à l'oeuvre pour trouver des solutions. Attendes-vous quelque chose de précis de Joseph Kabila?
Non, c'est à lui maintenant de dire clairement et exactement ce qu'il va faire de ce pays. Moi, en tout cas, là où j'ai pu éviter la violence et le chaos pour préserver l'unité du pays et sa cohésion, je l'ai fait .J'ai tout accepté au nom de la paix nationale, y compris l'inacceptable. Est-il envisageable pour vous de travailler demain avec Kabila et son gouvernement?
Non, je prône une opposition qui fait son travail en s'opposant et un pouvoir qui fait le sien en gouvernant. Je prône un jeu d'alternance. Pensez-vous- que c'était une erreur de laisser certains de vos partisans mener campagne sur le thème de la congolité?
Jamais ! Ce slogan n'est jamais sorti de ma bouche. Dans mon parti on n'en a pas parlé non plus. Maintenant, au second tour, les cho ses se sont passées trop rapidement, les coalitions s! e sont v ite mises en place, et je ne peux être tenu pour responsable de ce que les uns ou les autres ont pu dire. Vous êtes aussi un homme d'affaires...
Je vous fais remarquer que je ne suis plus dans les affaires depuis pra tiquement neuf ans, exactement depuis l997. Mes intérêts ont été presque totalement anéantis à I'arrivée de l'AFDL [Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo, le mouvement de Laurent Désire KabiIa qui a conquis le pouvoir en mai 1997 NDLR]. Ma compagnie de téléphonie cellulaire a été entièrement détruite.
Allez-vous désarmer vos miliciens?
Je n'ai pas de partisans armés! J'ai une garde dûment répertoriée dans les
forces de la République Démocratique du Congo qui émarge au budget de
l'Etat et qui est mise à la disposition du vice-président.
Mais vous n'êtes plus vice- président, aujourd'hui?
Certes, mais ce sont les acc! ords sig nés devant les Nations unies qui prévoient
une telle structure pour ma protection personnelle. Sur e ‘point précis, je garde le même statut qu'hier. Qu'espérez-vous désormais de la communauté internationale?
Je voudrais d'abord les féliciter d'avoir eu le courage d'aider le pays à sortir de la division qu'il a connue, en acceptant de piloter les accords -de Lusaka et de Sun City, de financer les élections. Je veux dire merci pour tout cela. Même si les résultats ne sont pas ceux escomptés par le peuple. La Commission européenne envisage de doubler, pour La période 2008-2013, le volume de son aide à votre pays. Elle était de 201 millions d'euros pour 2002-2007...
Voilà qui est une bonne nouvelle. J'applaudis tour ce qui est fait pour aider le pays à consolider ses acquis et à se développer
Quel diagnostic faites-vous de la situation actuelle dans votre pays?
Il y a beaucoup à faire. Le Congo à un grand besoin de réformes importantes en matière économique, financière, judiciaire, sécuritaire, qu'il faut mener de manière courageuse. Il a également besoin d'une cure contre la fraude et la corruption car il lui faut des ressources supplémentaires pour faire face aux difficultés sociales de tous ordres et aux problèmes d'aménage ment du territoire afin de développer ses infrastructures. Les attentes sont considérables de la part de la popu lation. Ce qui suppose beaucoup de moyens. A mon niveau, il s'agira, dans l'opposition, de surveiller le travail du pouvoir et, si on veut bien m'écouter, de faire des propositions
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CEI: nous attendons que le parlement vote la loi sur la nouvelle CENI
Eoin Young / MONUC
21 déc. 06 - 15h57

Dieudonné Mirimo, premier rapporteur de la Commission Electorale Indépendante, nous parle de l'avenir immédiat de la CEI ainsi que de l'organisation et les taches de la nouvelle Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), qui doit la remplacer.
ENTRETIEN
Combien d' élections restent encore à organiser pour la CEI?
Nous avons des élections indirects des sénateurs le sept janvier, et des gouverneurs et vice gouverneurs le seize janvier 2007, après nous aurons à organiser les élections locales, municipales, et urbaines, mais nous attendons que la loi sur la décentralisation puisse être adoptée par le parlement, c'est après la adoption de cette loi que nous pourrons fixer la date pour l'organisation des scrutins, que nous souhaitons le plus proche possible.
Jusqu'à quand arrive le mandat de la CEI?
La loi organique de la CEI prévoit que lorsque nous aurons présenté le rapport générale, au parlement, c'est a ce moment là que le mandat de la CEI va arriver à terme. Ça veut dire que, lorsque nous aurons fini l'organisation de toutes des élections qui sont prévues dans l'accord global et la loi électorale, nous serons en mesure de faire le rapport général de toutes ces élections et notre mandat arrivera à terme.
Après ça, qu'est ce qui va se passer, y aura-t-il une nouvelle institution?
Effectivement, il est prévu dans la constitution, qu'il y aura une nouvelle commission qui s'appellera Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), qui donc va remplacer la CEI, et nous attendons également que le parlement puisse voter la loi organique de la CENI pour pouvoir savoir exactement comment elle pourra fonctionner. Si la loi est approuvée en temps, nous pouvons organiser ensemble les élections locales, de manière à leur faire passer notre expérience avant de finir notre mandat.
Quelles seront les taches de la CENI?
Nous souhaitons d'abord qu'on puisse mettre en place la nouvelle commission, et qu'ensemble nous puisons organiser les élections locales municipales et urbaines.
Qui va financer la CENI ?
Nous croyons que la solidarité internationale ne va pas s'arrêter aux seules élections nationales, et nous souhaitons qu'elle puisse nous accompagner dans les scrutins des élections locales, municipales et urbaines, qui constituent même le socle de la démocratie. Nous comptons sur cette solidarité, mais bien entendue aussi sur le gouvernement de la République démocratique du Congo.
Comment garantir la vraie indépendance de la CENI dans l'avenir?
Tout ce règle d'abord au niveau de la loi. C'est la loi qui doit être claire pour garantir cette indépendance, comme vous l'avez constaté dans le fonctionnement de la CEI, c'est la loi qui a garanti cette indépendance. Nous croyons que cela devra continuer parce que comme vous le savez, la République démocratique de Congo, qui est membre de la SADEC devra, comme les autres pays membres, avoir une commission permanente.
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