"Au regard des dispositions diamétralement opposées des uns et des autres, la Haute autorité des médias (Ham) se trouve dans l'impossibilité d'organiser le débat contradictoire prévu le jeudi 26 octobre 2006", a déclaré son président, Modeste Mutinga, au cours d'un point presse.
"A l'issue de cinq heures d'échanges, les concertations n'ont pas abouti" entre les délégations du président Joseph Kabila et du vice-président Jean-Pierre Bemba, qui ont "campé sur leurs positions respectives", a-t-il ajouté.
M. Mutinga a rappelé que la Ham avait proposé trois formules: un "face à face" modéré par des journalistes, un "côte à côte" où seuls les journalistes seraient habilités à poser des questions et un "enregistrement préalable des réponses des candidats aux questions des journalistes".
La délégation de M. Bemba a choisi "le face à face, en raison notamment de la dynamique que confère au débat ce format" et parce qu'il "permet, selon elle, de vérifier les aptitudes intellectuelles des candidats à gérer le pays".
Les deux camps ont reconnu des problèmes de sécurité, celui du vice-président les jugeant "surmontables" tandis que celui du président a estimé qu'ils étaient impossibles à résoudre en 48 heures.
Kinshasa : pas de débat contradictoire pour le 2e tour de la présidentielle
La Haute autorité des medias affirme être dans l'impossibilité d'organiser le débat contradictoire prévu pour ce jeudi 26 octobre entre Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba. Selon le président de la Ham, Modeste Mutinga, les 2 camps sont restés diamétralement opposés à ce sujet, rapporte radiookapi.net
Selon Modeste Mutinga, la délégation du candidat Joseph Kabila a opté pour l'enregistrement séparé du débat avec possibilité de répondre aux mêmes questions des mêmes journalistes. Elle justifie ce choix par des raisons à la fois de sécurité, de gestion des émotions des candidats et des conséquences qui peuvent en résulter en cas de dérapage.
Quant à la délégation du candidat Jean-Pierre Bemba, toujours selon les explications de Modeste Mutinga, elle a opté pour le face à face. Elle penche pour ce format en raison, notamment, de la dynamique que confère le face à face à ce débat, mais encore et surtout parce que le face à face permet de vérifier les aptitudes intellectuelles des candidats dans la gestion du pays.
Apres cette annonce de Modeste Mutinga, la réaction de l'Alliance de la majorité présidentielle ne s'est pas faite attendre. Selon Olivier Kamitatu, secrétaire permanent et porte-parole de l'AMP, son parti souhaite que ce soit la vision de chaque candidat qui soit privilégiée dans ce débat. « Et non pas un concours d'éloquence , a-t-il poursuivi, un pugilat verbal. Non pas un jeu de provocation inutile parce que nous savons que tout dérapage aujourd'hui, à 48 heures de la fin de la campagne aurait des conséquences dramatiques pour la Rdc. Ce n'est pas une dérobade , a assuré Olivier Kamitatu, loin de là. C'est une question de responsabilité. Le président de la république souhaite que cette campagne se termine et, bien entendu, que ce débat ait lieu. Il a choisi la voie d'un enregistrement séparé, ce qui veut dire que chacun des deux candidats sera soumis aux mêmes questions par les mêmes journalistes et que le peuple congolais pourra être édifié sur la qualité, la conviction, la compétence et la vision de chacun des 2 candidats », a conclu le secrétaire permanent et porte-parole de l'Amp.
Quant à Romain Nimy, un haut dignitaire del'UN, il déclare que la Ham s'est bornée à constater la divergence de vue autour du format, c'est à dire du concept même du débat démocratique. « Nos concurrents politiques de l'Amp proposent deux interviews enregistrées et juxtaposées comme débat », a-t-il déclaré. « Nous, nous pensons que ce n'est pas là la définition d'un débat contradictoire, parce que c'est un exercice auquel se livre notre candidat Jean-Pierre Bemba depuis fort longtemps, au 1er comme au 2ème tour. Il parle sans papier pendant des heures, répondant aux questions de journalistes. Par débat contradictoire , explique Romain Nimy, nous entendons un face à face à la française où les deux candidats discutent sur les questions de la nation, où le peuple peut ainsi juger de la valeur de l'un et de l'autre. Dans ce genre d'échanges , a-t-il poursuivi, il y a le respect mutuel qui est nécessaire, la courtoisie, et donc à ce niveau de l'Etat, ça aurait permis à notre peuple de juger de la vraie valeur intrinsèque de chaque candidat ».
Okapi
25/10/2006
© Congo Vision
CONGO
Un scrutin sous tension
Marie-France Cros
Mis en ligne le 26/10/2006
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Une tension inquiétante règne pour ce second tour des présidentielles au Congo. Au point que les deux rivaux ne font pas campagne personnellement. Les incidents violents qui se multiplient, préoccupent l'Onu.
Le Congo est entré cette semaine dans la dernière ligne droite avant le second tour des élections présidentielles et les élections provinciales, qui ont lieu dimanche prochain.
Dans les faits, les provinciales sont passées au second plan, bien qu'elles soient importantes pour le régime quasi fédéral qui s'annonce et parce que ce sont les assemblées provinciales élues qui désigneront les sénateurs nationaux.
Mais pour la majeure partie des Congolais, le second tour de la présidentielle est LE scrutin important parce que c'est de lui que sortira le nom du "chef" , comme l'entourage présidentiel a l'habitude d'appeler le Président. Et cela même si la nouvelle Constitution, adoptée par référendum en décembre dernier, lui donne moins de pouvoir que ce que le pays a connu jusqu'ici.
La tension est extrêmement forte entre les camps des deux rivaux pour la Présidence, Joseph Kabila, 44pc au premier tour, et Jean-Pierre Bemba, 20 pc. Aucun d'eux n'a fait campagne personnellement pour ce second tour, apparemment en raison de craintes pour leur sécurité. On annonce cependant un meeting de Bemba ce vendredi dans un quartier qui lui est acquis. Le président Kabila a en effet en mémoire l'assassinat de son père, le 16 janvier 2001, et Jean-Pierre Bemba n'a pas oublié le feu nourri de la garde présidentielle contre sa résidence, le 20 août dernier, lorsque les résultats officiels du premier tour ont montré que le chef d'Etat sortant devrait se soumettre à un second tour, contrairement à ce qu'il escomptait. Les violences de ce jour avaient fait 23 morts.
Affrontements et attentat
On a, depuis, assisté le 11 octobre au passage à tabac, à Londres, par des Congolais accusés par le camp Kabila d'appartenir à celui de leurs rivaux, du directeur de cabinet du Président, Leonard She Okitundu.
Ce dernier est de tribu tetela, comme Joseph Olengankoy, le directeur de campagne de Jean-Pierre Bemba; des heurts ont donc ensuite opposé des partisans des deux camps à Lodja (Kasaï or.), la principale ville de la zone tetela.
D'autres affrontements ont eu lieu à Mbandaka (Équateur), quand des partisans de Bemba ont décollé des affiches Kabila.
Dans les rues, les transports en commun de Kinshasa, les algarades et les menaces se multiplient entre partisans des deux camps. Dans certains quartiers, les swahiliphones (originaires de l'est, réputés favorables à Kabila) reçoivent des menaces de leurs voisins. Les médias partisans de l'un ou l'autre sont régulièrement tancés par la Haute autorité des médias.
L'antenne-relais d'une radio de Bemba a été détruite à l'explosif au Katanga. Et des partisans de Jospeh Kabila ont lapidé un cortège électoral pro-Bemba à Lubumbashi le 18 octobre et il a fallu la protection de l'Onu pour permettre au dirigeant de celui-ci, le pasteur Théodore Ngoy, de quitter son hôtel.
L'Onu, qui a relevé une " hausse préoccupante" du nombre d'incidents violents au cours de la campagne pour le second tour, a proposé en prêt deux hélicoptères aux candidats, afin de leur permettre de faire campagne - une manière de réduire la différence de moyens entre eux, le chef de l'Etat étant notoirement mieux loti en la matière et sa garde ayant détruit l'hélicoptère de Bemba lors de l'attaque du 20 août.
Le challenger a accepté l'hélicoptère mais pas le chef d'Etat sortant - qui n'apprécierait pas, dit-on dans le tout Kinshasa (où Joseph Kabila n'a recueilli que 16 pc des votes au premier tour, contre 49 pc à son rival) de voir Bemba à nouveau équipé d'un appareil. Désaccord aussi sur le statut du perdant, une idée de la communauté internationale pour tenter de désamorcer la tension préélectorale en obtenant l'accord du vainqueur de ne pas spolier son rival défait, en échange de la promesse de ce dernier de ne pas contester les résultats. La culture politique congolaise récente ne conçoit en effet que l'écrasement du vaincu, ce qui pourrait pousser ce dernier à user de violence. Si Jean-Pierre Bemba a accepté l'idée, celle-ci a été rejetée par le camp Kabila sur l'argument - imparable - que ce n'est pas prévu par la Constitution.
Pousser Bemba à la faute
" En réalité, le camp Kabila essaie ainsi d'énerver Bemba, que l'on sait colérique, et de le pousser à la faute ", commente un observateur neutre à Kinshasa, de manière à effacer l'effet de l'attaque de la résidence Bemba le 20 août dernier.
Une enquête est en cours sur cet épisode mais on sait que la Présidence avait été avisée de la présence en ces lieux, à ce moment-là, d'une délégation de 14 ambassadeurs. Ceux-ci n'ont guère apprécié d'avoir dû demeurer abrités durant plusieurs heures dans la cave, bien que la Présidence eût été appelée à rétablir l'ordre. M. Kabila a, indéniablement, perdu de précieuses amitiés lors de cet épisode.
Or, Jean-Pierre Bemba, apparemment pour profiter de ce refroidissement, joue les agneaux ces dernières semaines. Après avoir fait tenir par ses télévisions et radio des discours xénophobes (Joseph Kabila est accusé par ses adversaires d'être Rwandais, fils adoptif de Laurent Kabila) et anti-communauté internationale, le voilà aujourd'hui qui se félicite publiquement de la neutralité de celle-ci.
© La Libre Belgique 2006
Débat contradictoire
Kabila-Bemba : y a pas match
Par Le Potentiel
décision est tombée. Le débat contradictoire annoncé et très attendu qui devrait opposer les deux candidats encore en lice pour le second tour de l'élection présidentielle n'aura pas lieu. C'est ce qui ressort du communiqué de presse de la Haute Autorité des Médias rendu public hier. Les appréhensions éprouvées par des observateurs sont donc justifiées. Il y aura pas match, ce jeudi 26 octobre 2006, dans le cadre du débat contradictoire, entre le président sortant, Joseph Kabila, et le vice-président de la République, Jean-Pierre Bemba Gombo.
LE POTENTIEL
Dans un communiqué remis à la presse hier, la Haute Autorité des Médias, relève : « au regard des positions diamétralement opposées des uns et des autres, la Haute Autorité des Médias se trouve dans l'impossibilité d'organiser le débat contradictoire prévu pour le jeudi 26 octobre 2006. ».
Selon le même communiqué de la Ham, cette décision est intervenue après cinq heures d'échanges, au terme de quatre séances de travail. Les concertations n'ont pas abouti, les deux délégations ayant campé sur leurs positions respectives.
En effet, tel que Le Potentiel l'écrivait dans sa dernière livraison, trois formats ont été proposés aux deux candidats par la Haute Autorité des Médias :
1.- Un face à face autour d'un débat par les journalistes (Même temps d'antenne à chaque candidat)
2.- Un côte à côte plaçant les candidats face aux journalistes, seuls habilités à poser des questions.
3.- Un enregistrement préalable des réponses des candidats aux questions des journalistes. Le montage serait réalisé en présence des représentants des candidats pour le quitus.
La délégation du candidat Kabila a opté pour l' «enregistrement séparé » du débat avec possibilité de répondre aux mêmes questions des mêmes journalistes. Elle a souscrit à ce format pour des raisons à la fois de sécurité, de gestion des émotions des candidats et des conséquences qui peuvent en résulter en cas de dérapage.
Quant à la délégation du candidat Jean-Pierre Bemba, « elle a opté pour le face à face » en raison notamment de la dynamique que confère au débat ce format. Mais encore et surtout parce que le face à face permet, selon elle, de vérifier les aptitudes intellectuelles des candidats à gérer le pays.
En plus, en ce qui concerne des questions de sécurité, la délégation du MLC, elle en a reconnu l'existence, mais a estimé qu'elles ne sont pas insurmontables. De son côté, la délégation de Joseph Kabila relève que la solution du problème de sécurité exige l'intervention des divers services et cette solution ne peut être trouvée en 48 heures.
Le désaccord étant profond, la Haute autorité des médias se trouve par conséquent dans l'impossibilité d'organiser ce débat. Bien plus, dans le choix des journalistes, et le lieu, les deux parties ne sont pas tombées d'accord. En effet, le camp Kabila a porté sa préférence sur les journalistes suivants : Chantal Kanyimbo (RTNC) ; Willy Kalengay (Antenne A), José Nawej (Forum de As) et Jérôme Sekana (Indépendant). Le camp Bemba a préféré Willy Kalengay (Antenne A), et Jérôme Sekana (Indépendant). Les deux parties répondaient ainsi à la correspondance de la Haute autorité des médias sur sa proposition de l'équipe qui devrait animer ce débat. Pour les Médias publics, Chantal Kanyimbo ou Oscar Kabamba ; Médias privés Willy Kalengay ou Patrick Muyaya (CEBS) ; Presse écrite, José Nawej ou Francine Mukoko (Révélateur) et Indépendant, Jérôme Sekana. En ce qui concerne le lieu devrant accueillir ce débat, la Haute Autorité de Médias avait proposé la RTNC en tant que média public. Mais le camp Bemba avait préféré le palais du Peuple.
D'ailleurs, en ce qui concerne la RTNC, un état de besoins a été élaboré à ce sujet dans la perspective de mettre les deux candidats à l'aise ainsi que les invités, 25 pour chaque candidat, les membres du Ciat, les Représentants du système des Nations unies et autres organisations internationales. Il s'élevait à 121.940 dollars US. Tout ceci se conjugue désormais au passé.
MEFIANCE, TOUJOURS LA MEFIANCE
Il revient maintenant au Peuple congolais de tirer la leçon de ce rendez-vous très attendu mais manqué. Certes, les uns et les autres ont défendu leur position. Mais l'on sait, l'organisation de ce débat est prévue dans la Loi électorale, précisément en son article 112. Et par respect envers cette loi, les deux candidats ont accepté de s'y soumettre. Cependant, dans les modalités pratiques, les violons ne se sont pas accordés, la méfiance ayant supplanté toutes les autres considérations.
Devant cette situation qui suscite plusieurs interrogations et soulève des inquiétudes quant au bon déroulement des élections, il revient au peuple congolais de tirer les leçons, qui s'imposent. Le moment ne prête plus à savoir qui a tort et qui a raison.
Ou comme dirait l'autre, qui a fui et qui n'a pas fui. Le débat n'a plus sa raison d'être. En âme et conscience, au regard de tout ce qui a été dit, conclu, tout au long de ce processus électorat, que le Peuple congolais s'assume, fasse un vote utile.
Certes, à partir de maintenant, le reste du parcours dépendra de l'attitude qu'adopteront les deux candidats en lice. L'échec de ce débat très attendu pour autant qu'il s'inscrit dans le contexte de la transparence et de la démocratie, ne doit nullement raviver les tensions.
Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba sont invités à adresser un message d'apaisement, dans les meilleurs délais, pour que le peuple congolais accomplisse son devoir civique dans la sérénité et en toute responsabilité. Le sort de la République démocratique du Congo se joue en ces moments précis.
Communiqué de presse de la Haute Autorité des Médias
En application de l'article 112 de la loi n° 06/006 du 09 mars 2006 portant organisation des élections présidentielle, législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales, la Haute Autorité des Médias a organisé depuis le mois de septembre 2006 quatre séances de travail, avec les représentants des deux Candidats demeurés en lice au second tour de l'élection présidentielle, autour du débat radio-télévisé contradictoire.
Les deux délégations étaient composées respectivement de : - M. Samba Kaputo (Député National/ PPRD), M. Henri Mova Sakanyi (Ministre / PPRD), M. Luzolo Bambi L. (Conseiller du Chef de l'Etat) Pour le camp du Candidat Joseph Kabila Et de - M Thomas Luhaka (Député National/ MLC), Me Romain Nimy (Ministre / MLC), M. Moïse Musangana (Conseiller du Vice-Président de la République) Pour le Candidat Jean-Pierre Bemba
Au cours de la troisième et la quatrième rencontre qui ont eu lieu respectivement le mardi 24 octobre et le mercredi 25 octobre 2006, les délégués de deux camps ont discuté sans désemparer sur le format du débat contradictoire.
Trois formats ont, en effet, été proposés aux deux Candidats par la Haute Autorité des Médias: 1 Un face à face autour d'un débat modéré par des journalistes (Même temps d'antenne à chaque candidat) ; 2. un côte à côte plaçant les Candidats face aux journalistes, seuls habilités à poser des questions; 3. un enregistrement préalable des réponses des Candidats aux questions des journalistes.
Le montage serait réalisé en présence des représentants des Candidats, pour le quitus.
A l'issue de cinq heures d'échanges, les concertations n'ont pas abouti, les deux délégations ayant campé sur leurs positions respectives.
La délégation du Candidat Kabila a opté pour l'enregistrement séparé du débat, avec possibilité de répondre aux mêmes questions des mêmes journalistes. Elle a défendu cette position pour des raisons, à la fois, de sécurité, de gestion des émotions des Candidats et des conséquences qui peuvent en résulter en cas de dérapage.
La délégation du Candidat Jean-Pierre Bemba a, quant à elle, opté pour le face à face, en raison notamment de la dynamique que confère au débat ce format. Mais encore et surtout parce que le face à face permet, selon elle, de vérifier les aptitudes intellectuelles des Candidats à gérer le pays. - Par ailleurs, à propos des questions de sécurité, la délégation du MLC en a reconnu l'existence, mais elle a estimé qu'elles ne sont pas insurmontables. Pour la délégation du Candidat Joseph Kabila, la solution du problème sécuritaire exige l'intervention des divers services de sécurité et cette solution ne peut être trouvée en 48 heures.
Au regard des positions diamétralement opposées des uns et des autres, la Haute Autorité des Médias se trouve dans l'impossibilité d'organiser le débat contradictoire, prévu pour le jeudi 26 octobre 2006. Fait à Kinshasa, le 25 octobre 2006. Modeste Mutinga Président de la HAM
© Congo Vision
Les Congolais désolés et inquiets
Processus électoral : l'annulation du débat contradictoire Kabila-Bemba, un mauvais présage
Par Angelo Mobateli
L'inquiétude est perceptible dans la ville de Kinshasa où l'on craint une reprise de la violence entre les partisans des deux candidats au 2ème tour de la l'élection présidentielle, après l'annonce mercredi de l'annulation du débat contradictoire Kabila-Bemba prévu pour aujourd'hui jeudi 26 octobre à 20H00.
«C'est un mauvais présage, des affrontements pouvant survenir à tout moment entre la garde du président de la République et celle du vice-président », s'est alarmé un Kinois au Rond-Point Victoire, interrogé dans un groupe de « parlementaires debout » à Matonge.
JUSTIFICATIONS « PAS PLAUSIBLES »
La plupart des Kinois interrogés par Le Potentiel soutiennent que les justifications de la Haute autorité des médias (Ham) pour annuler le débat contradictoire Kabila-Bemba « ne sont pas plausibles ».
« Au regard des positions diamétralement opposées des uns et des autres, la Haute autorité des médias se trouve dans l'impossibilité d'organiser le débat contradictoire, prévu pour le 26 octobre 2006 », a annoncé hier son président.
La délégation de Joseph Kabila a en effet opté pour l'« enregistrement séparé » du débat « pour des raisons, à la fois, de sécurité, de gestion des émotions des candidats et des résultats qui peuvent en résulter en cas de dérapage », tandis que celle de Jean-Pierre Bemba proposait un «face à face » qui permet « de vérifier les aptitudes intellectuelles des candidats à gérer le pays ».
« Dire qu'on ne peut pas résoudre le problème sécuritaire en 48 heures est un faux fuyant, puisque la Ham aurait dû, dès le départ, envisager d'organiser ce débat au centre de presse de la Commission électorale indépendante, en demandant aux autorités compétentes de prendre les dispositions sécuritaires appropriées », s'est révolté un autre Kinois.
Un militant d'un parti membre de l'Alliance pour la majorité présidentielle s'est dit « désolé » en apprenant la nouvelle. «Je suis désolé, parce que je souhaitais vivement que le débat contradictoire ait lieu, afin que nous puissions épingler l'essentiel dans le projet de société de chacun de deux candidats au 2ème tour de l'élection présidentielle », s'est lamenté Ngoy Tshiambue, en exprimant une «grande surprise ».
« C'est par sa capacité de gérer les émotions qu'un homme peut se prévaloir des qualités de chef », a rétorqué un sympathisant de l'Union pour la nation (UN) au prétexte invoqué par la délégation de l'AMP. «On fuirait le débat qu'on ne se justifierait pas autrement », a-t-il soutenu.
Pour l'ensemble des personnes interrogées, le débat contradictoire Kabila-Bemba étant une disposition de la loi électorale (art 112), les candidats à la magistrature suprême avaient l'obligation civique de s'y plier.
Appelé à prêter le serment constitutionnel (art. 74) « d'observer et de défendre la Constitution et les lois de la République » aussitôt élu président de la République, ni Joseph Kabila ni Jean-Pierre Bemba « ne pouvait se permettre le luxe d'esquiver le débat contradictoire », a rappelé un électeur.
ATMOSPHERE DE GUERRE
Les acteurs politiques, particulièrement ceux évoluant en dehors des institutions de la transition, font une autre lecture de ce faux bond.
« Le fait que le débat contradictoire ne soit plus organisé est un signe annonciateur de troubles dans la ville de Kinshasa », a prophétisé l'un d'entre eux ayant requis l'anonymat. Le renforcement, avec des sacs de sable, des positions des soldats de la Monuc (Mission des Nations unies en République démocratique du Congo) devant la résidence privée de Jean-Pierre Bemba « est une indication que la communauté internationale craint de nouveaux affrontements armés », a-t-il précisé.
Selon Marcel Kalenga, membre fondateur de l'Union des républicains, parti non signataire de l'Accord global et inclusif, « les deux candidats, qui gardent encore intactes leurs forces militaires, peuvent faire revivre aux Kinois les affrontements des 20, 21 et 22 août. A l'heure qu'il est, la République démocratique du Congo risque de connaître le schéma ivoirien qui a divisé ce pays jusqu'aujourd'hui », redoute-t-il.
En fin de compte, l'annulation d'un débat, que l'ensemble du peuple congolais et les partenaires extérieurs de la Rdc attendaient avec un vif intérêt, accentue plus qu'elle ne réduit les menaces qui pèsent sur la fin – voulue apaisée – du processus électoral. Il revient aux deux candidats de rassurer le peuple.
© Congo Vision
Présidentielle en RDC: le débat contradictoire Kabila-Bemba de jeudi annulé
AFP
25 oct. 06 - 15h40
KINSHASA, 25 oct 2006 (AFP) - Le débat télévisé contradictoire initialement prévu jeudi entre les deux candidats en lice pour le second tour de la présidentielle de dimanche en République démocratique du Congo (RDC) a été annulé, a annoncé mercredi à Kinshasa l'organe de régulation des médias.
"Au regard des dispositions diamétralement opposées des uns et des autres, la Haute autorité des médias (Ham) se trouve dans l'impossibilité d'organiser le débat contradictoire prévu le jeudi 26 octobre 2006", a déclaré son président, Modeste Mutinga, au cours d'un point presse.
"A l'issue de cinq heures d'échanges, les concertations n'ont pas abouti" entre les délégations du président Joseph Kabila et du vice-président Jean-Pierre Bemba, qui ont "campé sur leurs positions respectives", a-t-il ajouté.
M. Mutinga a rappelé que la Ham avait proposé trois formules: un "face à face" modéré par des journalistes, un "côte à côte" où seuls les journalistes seraient habilités à poser des questions et un "enregistrement préalable des réponses des candidats aux questions des journalistes".
Le camp Kabila "a opté pour l'enregistrement séparé du débat" pour des raisons de "sécurité, de gestion des émotions des candidats et des conséquences qui peuvent en résulter en cas de dérapage".
La délégation de M. Bemba a choisi "le face à face, en raison notamment de la dynamique que confère au débat ce format" et parce qu'il "permet, selon elle, de vérifier les aptitudes intellectuelles des candidats à gérer le pays".
Les deux camps ont reconnu des problèmes de sécurité, celui du vice-président les jugeant "surmontables" tandis que celui du président a estimé qu'ils étaient impossibles à résoudre en 48 heures.
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Jean-Pierre Bemba, l'ex-rebelle qui veut barrer la route à Kabila (BIO-PORTRAIT, DOSSIER)
AFP
25 oct. 06 - 09h30
KINSHASA, 25 oct 2006 (AFP) - Riche homme d'affaires, ex-rebelle puis vice-président, Jean-Pierre Bemba se pose désormais en opposant, défenseur de la souveraineté nationale, pour barrer la route à Joseph Kabila, favori de l'élection présidentielle du 29 octobre en République démocratique du Congo.
Crédité de 20% des suffrages au premier tour derrière le président sortant (44,8%), Bemba promet de "rendre sa souveraineté au Congo" en cas de victoire, qui parachèverait une ascension personnelle fulgurante, entachée d'accusations de graves violations des droits de l'Homme.
Après les affrontements meurtriers du 20 au 22 août à Kinshasa entre ses militaires et la garde présidentielle, le camp Bemba a dénoncé une "agression" contre le vice-président dont les résidences ont été encerclées et l'hélicoptère détruit d'un tir de roquette.
Le candidat Bemba, 43 ans, s'exprime peu, laissant le soin à ses partisans de dénoncer les "dérives autoritaires" de Kabila, aussi accusé d'être le "candidat des étrangers", vendu aux intérêts de grandes compagnies minières.
Personnage controversé, réputé autoritaire et audacieux, ce colosse de 1,90 m a dirigé une rébellion soutenue par l'Ouganda, le Mouvement de libération du Congo (MLC), créé en septembre 1998 pour renverser le régime du président Laurent-Désiré Kabila, père de l'actuel chef de l'Etat.
Né le 4 novembre 1962 à Bogada, dans la région forestière de l'Equateur (nord-ouest), Bemba est le fils d'un richissime homme d'affaires proche du dictateur zaïrois Mobutu.
Après ses études en Belgique, il dirige les entreprises familiales.
Touche à tout, il se lance à son compte dans la téléphonie mobile, le fret aérien, crée deux chaînes de télévision.
Mais le "Mobutu miniature", tel que le surnomme la rue kinoise, quitte brusquement la capitale en 1997 après l'arrivée au pouvoir de Laurent-Désiré Kabila. Il passera près de 5 ans dans la brousse équatoriale, où le MLC règnera en maître.
A la fin de la guerre en 2003, il obtient un des quatre postes de vice-président de RDC, en charge de la Commission économique et financière.
Soutenu au premier tour de la présidentielle par une plate-forme d'une trentaine de partis, il met en avant la "relance de la croissance", promet "justice et développement" et obtient de bons scores dans l'ouest du pays et notamment dans la capitale.
En septembre, il lance une nouvelle coalition, l'Union pour la nation (UN) devant des milliers de partisans venus acclamer le "fils du pays" et ouvertement hostiles aux étrangers.
Cet homme réputé pour ses coups de sang a jusqu'à présent réfuté toute intention belliqueuse en cas d'échec électoral et de perte d'une précieuse immunité judiciaire.
Mais à Kinshasa, les observateurs internationaux s'inquiètent de tentatives de "manipulation de la rue" et de nouveaux accrochages armés.
Condamné par contumace en mai 2003 à Bruxelles à un an de prison ferme pour "traite d'êtres humains", Bemba a été cité en 2002 dans un rapport d'experts des Nations unies comme une des personnalités impliquées dans le pillage des ressources naturelles en RDC.
L'ex-chef rebelle est aussi personnellement visé par une plainte pour "crimes de guerre" en Centrafrique entre octobre 2002 et mars 2003, déposée devant la Cour pénale internationale par la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme.
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