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Droit de réponse : «  L'opposition politique institutionnelle doit être réaliste et se trouver un autre leader, cinq ans passent vite et les procédures de la CPI sont irréversibles » soutient le Professeur John Francis Mbala

Je n'espère nullement entrer dans des polémiques interminables mais il m'est apparu important de relever les erreurs d'analyse d'une réaction à une de mes contributions à l'éclairage des enjeux politiques en République démocratique du Congo. En effet, réagissant à mon article paru dans Congovision et divers sites . Article intitulé  : le radicalisme de Jean-Pierre Bemba entraîne sa « mort » politique, M. Antoine-Dover Osongo Lukadi titre son article ainsi : « Non monsieur, Jean-Pierre bemba n'est pas encore mort politiquement ».

Je note que ce monsieur a lu ma contribution en faisant preuve de sensiblerie car un peu de réalisme voire d'objectivité l'aurait incité à tenir compte de certains paramètres que je vais évoquer à nouveau. Dès le début de mes analyses je soulignais ceci : «  Fin 2006, dans l'attente des résultats à l'issue des élections organisées pour le second tour du scrutin présidentiel, j'écrivais dans un article publié dans divers médias ceci : (extrait) : « Joseph Kabila est le président de tous les Congolais. C'est donc logiquement, en ayant recours à une arithmétique élémentaire, que la Cour Suprême de Justice déclarera fort probablement définitivement élu Président de la République , Joseph Kabila. ( …) Dès lors, deux options se présenteront  à Jean-Pierre Bemba qui, faut-il le souligner, n'a pas démérité au vu du score réalisé. Soit, il va se présenter comme le leader incontesté de l'opposition politique, soit se mettant en marge de la loi, il va créer une zone d'instabilité et/ou une zone de non droit. Dans ce dernier cas, il se mettra à dos, outre la communauté internationale, ses aspirations politiques pour la prochaine échéance de 2011. Il y a gros à parier qu'il optera pour le respect des institutions et de l'attitude légaliste affichée de nouveau récemment, attitude qui lui confère une stature d'homme d'Etat . » Cette stature d'homme d'Etat vient d'être compromise par l'insurrection qui a ébranlé les 22 et 23 mars 2007 les institutions de la IIIème République nouvellement installées. En refusant de se conformer à la procédure de remise de ses milices et militaires commis à sa garde rapprochée pour avoir désormais 12 militaires, il s'est mis en marge de la loi car n'ayant pas respecté la date butoir fixée au 15 mars. Mais surtout, contrairement aux autres institutions et précisément leurs animateurs tels que les trois autres Vice-Président, Arthur Zhaidi Ngoma, Azarias Ruberwa, Yerodia Ndombasi il avait tenu des propos jusqu'au-boutistes affichant un radicalisme concernant la question relative à la remise des effectifs de ses milices et sa garde rapprochée. Selon certaines sources officieuses, il semblerait qu'il y ait eu un accord tacite entre les deux candidats à la présidence dans l'entre-deux tours concernant le maintien d'un effectif important par celui qui perdrait les élections. Si le Sénateur Jean-Pierre Bemba avait cru à ce genre de négociation secrète alors il a fait preuve de naïveté dès lors qu'en l'absence d'une preuve écrite il ne peut aujourd'hui brandir que sa prétendue bonne foi et nous sommes aujourd'hui en droit de douter de l'existence d'un tel accord. Il aurait été judicieux pour lui de rester légaliste car sa sécurité personnelle dépendait moins de la quantité de militaires commis à sa garde que de la qualité de ceux-ci et là encore il y aurait à redire. Aussi dans mon article critiqué par monsieur Osongo, je posais la question : «  Le sénateur Jean-Pierre Bemba ne sait-il pas qu'en dépit de la qualité de la sécurité américaine, John Fitzgerald Kennedy fut assassiné, que Ronald  Reagan fut atteint par balle sans succomber, certes, et qu'il en fut de même pour le Pape Jean-Paul II ? Que les membres du gouvernement en Irak sont victimes régulièrement de divers attentats, que Rafik Hariri au Liban fut ainsi éliminé ?  ». Maintenant la question est moins de savoir qui a tiré le premier entre sa garde rapprochée et les gardes spéciales de sécurité présidentielle puisque les conseillers du sénateur Jean-Pierre Bemba ont du lui expliquer qu'en cas d'insurrection il passerait pour celui qui s'est mis hors la loi en ayant montré une hostilité face aux dispositions relatives à la remise des militaires commis à sa garde. Or, diverses indiscrétions nous renseignent que dans bien des cas, Jean-Pierre Bemba leader du Mouvement de Libération du Congo, Vice-Président, puis Sénateur s'écoute lui-même et n'accorde que peu de crédits aux hypothèses qu'il ne partage pas. Ses conseillers avaient en réalité un chef obstiné, têtu. Cette attitude peu conciliante voire méprisante a été source de nombreuses défections dans les rangs du MLC. Dans mon article précédent, article contesté par monsieur Osongo je relevais ce que nous savons tous : «  De deux choses l'une, ou Jean-Pierre Bemba s'entourait de conseillers incompétents mais encore naviguant à vue, ou il n'écoutait pas ses conseillers, voire jamais, et s'enfermait dans une sorte d'autisme. Il apparaît davantage que c'est cette deuxième option qui l'emporte, eu égard aux exemples que nous allons à présent rappeler. Nous allons éluder ici ses rapports conflictuels avec les membres de sa famille biologique pour nous appesantir sur les incompréhensions à répétition au sein du MLC qui ont fini par exaspérer certains. Son radicalisme et le peu de souplesse ont entraîné durant la Transition le départ de plusieurs membres du MLC, parmi lesquels Antoine Ghonda qui fut ministre des Affaires étrangères, Olivier Kamitatu, alors Secrétaire général, mais encore Thambwe Mwamba, pour ne citer qu'eux. Aujourd'hui ces anciens ténors du MLC se retrouvent dans l'Alliance pour la Majorité Présidentielle.  ». Ce n'est donc pas pour le plaisir de critiquer les décisions politiques du Sénateur Jean-Pierre Bemba que j'avais pris l'initiative de rédiger mon article. Je m'appuie sur des faits et partant de ceux-ci je tente d'émettre des perspectives. Parmi celles-ci je soutenais que son radicalisme entraîne sa « mort » politique et c'est ici que je vais à présent démontrer que monsieur Osongo brille pas son incapacité à analyser les faits sociaux et politiques voire économiques de notre pays.

Premièrement  : Monsieur Osongo, parmi les intellectuels qui commentent bien souvent l'actualité politique de notre pays, je n'ai jamais entendu parler de vous, ni lu un quelconque article pertinent que vous auriez signé. Il y a par ailleurs une neutralité inutile que vous semblez soutenir. A vous lire, les internautes penseraient que vous soutenez le sénateur Jean-Pierre Bemba et pourtant tel n'est pas le cas eu égard à ce passage de votre article : « Non, Monsieur, JPBG n'est pas encore mort politiquement; bientôt il reviendra au Congo, mais comme prochain pouvoir par la faute des Conseillers actuels du président J. Kabila. Pour nous éviter cela, afin qu'une fois de plus les véreux mobutistes reviennent aux affaires, il appartient à J. Kabila de se libérer de cet entourage des racailles et s'entourer des nouvelles compétences qui ne manquent pas là-bas au pays ou ailleurs. » . Pour nous éviter cela dites-vous ! La teneur de vos propos montre aussi que vous ne soutenez pas non plus le Président Joseph Kabila . Alors qui soutenez-vous ? vous vous soutenez vous-même peut être ! Vous me faites penser à ces nombreuses personnes qui s'improvisent analystes politiques depuis l'Europe et tirent des conclusions sans connaître les réalités congolaises en général et kinoise en particulier dès lors qu'ils séjournent hors du territoire national depuis plus de sept voire plus de dix ans. Me concernant, je vis pratiquement une bonne partie de l'année à Kinshasa et l'autre en France. Dois-je vous rappeler que lors des insurrections du 22 et 23 mars, je suis en RDC au Grand Hôtel de Kinshasa. Je vous conseille de fouler régulièrement la terre de nos ancêtres et votre regard sera moins déformé par le prisme occidental et par ailleurs vous romprez avec la « politique de l'autruche » pour saisir les véritables réalités du pays plutôt que d'apparaître comme ces marchands d'illusions, mégalomanes, qui s'évertuent à distraire nos compatriotes à l'étranger dans des délires propres à des ambitions démesurées.

Deuxièmement : Sur le fond donc, monsieur Osongo. Vous titrez : «  Non monsieur, Jean-Pierre bemba Gombo n'est pas encore mort politiquement ». J e dois immédiatement vous dire que je ne souhaite pas la « mort » politique de Jean-Pierre Bemba mais une analyse froide des enjeux politiques au Congo-Kinshasa m'incitait à évoquer cette hypothèse. J'écrivais donc ceci : «  Par ailleurs, rien ne dit que la République centrafricaine ne va pas relancer la plainte qu'elle déposa à son encontre auprès de la Cour Pénale Internationale (CPI) siégeant à La Haye (Traité signé en 1998 et entré en vigueur en 2002). Rappelons par ailleurs que lors de son séjour à Kinshasa en 2006, l 'ancien Secrétaire général de l'ONU, Koffi Annan, relevait que le cas de Thomas Lubanga, premier prévenu de la CPI , signifie qu'il y aura d'autres arrestations, et que les autres seigneurs de guerre ne sont pas à l'abri de la Justice internationale.  » .

Moins d'un mois après votre article, cher « collègue », la Cour Pénale Internationale siégeant à La Haye ouvrait une enquête sur les crimes commis en République Centrafricaine. Si Jean-Pierre Bemba n'est pas déjà cité dans les actes d'accusation, cela est un secret de polichinelle, la Cour posera la question de sa responsabilité. Il y a certes la présomption d'innocence mais déjà un faisceau d'éléments nous renseignent qu'il sera écouté sur les agissements des rebelles du MLC qu'il envoya secourir le régime du Président Ange-Félix Patassé en République Centrafricaine. Monsieur Osongo, la très sérieuse Agence France Presse ou AFP dans une de ses dépêches et de nombreux observateurs avertis de la vie politique congolaise ont ainsi émis des doutes sur la capacité de Jean-Pierre Bemba a rebondir sur la scène politique nationale s'il devait être au prise de la justice internationale. Monsieur Osongo, j'avais donc vu juste ! Dois-je en outre vous rappeler qu'un autre seigneur de guerre congolais, Thomas Lubanga est aujourd'hui un prévenu de la CPI. Dois-je vous rappeler aussi qu'un autre seigneur de guerre, un leader politique qui a même été Président de son pays le Libéria, à savoir Charles Taylor est aujourd'hui aux arrêts et qu'il est l'un des prévenu de la CPI. Il est fort probable que le Sénateur Jean-Pierre Bemba connaisse ce triste sort quand bien même nous devons relever qu'existe la présomption d'innocence. Pour rappel, lorsque les rebelles du leader du MLC Jean-Pierre Bemba se rendent à Bangui, ils repoussent certes l'attaque des rebelles centrafricains contre le président élu Patassé mais dans le même temps selon plusieurs témoignages de centrafricains recueillis par la FIDH , aujourd'hui par la CPI , plus de 600 centrafricaines sont violées systématiquement par les rebelles congolais du MLC. Ceux-ci s'adonnent par ailleurs à des pillages à Bangui et le spectacle de désolation contraint le Président Patassé à exiger leur retour au Congo une fois la menace pesant sur son pouvoir écartée. Quand l'on sait que les violences sexuelles sont désormais un crime contre l'humanité, il y a fort à parier que la Justice internationale tentera d'appréhender les présumés coupables. Réagissant à la décision de la CPI , Jean-Pierre Bemba relevait que lui n'avait pas été en Centrafrique lors de ces événements, que s'il y a des éléments militaires du MLC qui ont failli il faudra les sanctionner.

Mais surtout, il aurait demandé l'ouverture d'une enquête dès qu'il eut connaissance de ces exactions voire il aurait procéder lui-même à des sanctions au sein de ses troupes faisant le « ménage ». Il reste, que Charles Taylor aujourd'hui prévenu de la CPI , n'était pas lui non plus sur les fronts et lorsque ses milices composées par ailleurs d'enfants-soldats, mutilaient à la machette et commettaient des massacres atroces il n'était pas moins leur leader.

Monsieur Osongo, je quitte le domaine de la justice internationale pour m'appesantir quelque peu sur la justice nationale. Comme vous le savez, une réquisition d'information a été lancé pour écouter voire appréhender le Sénateur Jean-Pierre Bemba.

Autorisé par le Sénat à quitter le territoire national pour une durée de 60 jours, il se trouve présentement au Portugal. Au 11 juin a expiré ces 60 jours, quelle décision va adopter le Sénat ? Et qu'en est-il du mandat lancé par la justice congolaise ? Reviendra t-il à Kinshasa ? Aura-t-il confiance en la justice congolaise ? De deux choses l'une, ou « l'affaire Bemba » sera traitée en privilégiant la solution politique, ou il s'agira de faire prévaloir la voie juridique. La solution politique consisterait à retirer la réquisition d'information émise par le Procureur de la République , garantir la sécurité personnelle du Sénateur Jean-Pierre bemba et le laisser mener une opposition républicaine au sein du Parlement afin de constituer un contrepoids gage d'une démocratie apaisée, nécessaire et susceptible de rassurer les principaux bailleurs de fonds. Ceux-ci ont été, ils sont au chevet de la RDC « convalescente » mais il semble que si officiellement ils ont déclaré qu’ils libèreront d’énormes ressources financières, en coulisse, officieusement ils suspendent leur aide à l’existence d’une opposition libre, non muselée par le pouvoir en place. La voie juridique consisterait à maintenir le mandat d’arrêt national, à exiger la levée de l’immunité parlementaire du sénateur Jean-Pierre Bemba.

Dès lors se pose la question : Quelle solution privilégiée ? Nous y reviendrons le moment venu car il s’agit ici d’un autre volet ( controverses autour de l’article 208 et 211 du règlement intérieur du Sénat). Il s’agissait ici de montrer qu’en écrivant « le radicalisme de Jean-Pierre Bemba entraîne sa « mort » politique il n’y avait pas de sentimentalisme ni de subjectivité et que je ne m’enfermais nullement dans un certain angélisme politique. Parce que la politique de la chaise vide ne paie pas le MLC a intérêt dès à présent à penser son avenir indépendamment de son leader actuel pour assurer sa survie politique.

Dans sa livraison du 11 juin, le Journal Le Potentiel paraissant à Kinshasa souligne ceci concernant l’absence de Jean-Pierre Bemba : «il se pose la question de son parcours politique. Comment pourra-t-il jouer effectivement et avec plus d’efficacité son rôle de leader de l’Opposition tant qu’il sera à l’étranger ? La réponse à cette préoccupation réside dans l’organisation interne de son parti, le MLC, ensuite dans les structures de l’Union pour la Nation, UN. Si le mécanisme mis en place fonctionne correctement et que l’on continue à lui faire confiance, son parcours politique n’en souffrirait pas. Mais comme l’on dit souvent « loin des yeux, loin du cœur », il n’est pas exclu qu’il y ait des impondérables qui pourraient affecter justement son parcours politique. » Cet appareil politique, principal pilier de l’Union pour la Nation est dès lors fissuré, lézardé, infiltré puisqu’ayant perdu la ville de Kinshasa. En outre, le paysage politique de l’après-élection est loin d’être stable et même dans le camp de l’Alliance pour la Majorité Présidentielle. Sa fragilité vient d’être relevée par la surprenante élection de Léon Kengo Wa Dondo à la Présidence du Sénat. Qui l’eut cru en 1997, lorsque les mobutistes prirent la poudre d’escampette que nombreux dont Kengo wa Dondo reviendrait ?

Cependant, comme je l’ai écrit quelque part, comme ailleurs en Afrique, l’opposition politique est factice, virtuelle et rarement le pouvoir en place perd les élections qu’ils ont largement contribué à organiser. Les alternances réelles telles qu’au Benin, au Sénégal ne sont que des exceptions qui confirment la règle.

Nous entrons dans une période longue dans laquelle les partisans du Président Joseph Kabila comme ceux qui le contestent devront intégrer qu’il n’est pas exclu que ce jeune Président de par l’âge, parce qu’il a fait preuve de sagesse et maturité de l’avis des messages envoyés par la communauté internationale et au vu des scores réalisés lors des scrutins se maintiennent au pouvoir en 2011. S’il existait une opposition politique en RDC dans l’acception occidentale de ce terme nous le saurions. Que certains gesticulent ici ou là, le rapport de force montre qu’à ce jour, si ce géant au pied d’argile qu’est le gouvernement Gizenga est diversement apprécié mais davantage négativement vu les lenteurs enregistrées, puisque l’on parle déjà de Gizenga II, il n y aura alternance qu’au sein de l’alliance de la majorité présidentielle.

La « cohabitation » n’est pas encore dans le vocabulaire de certains régimes africains. Les « alternances » ne concerneront donc que le Gouvernement et non la Présidence de la République. J’ai dit !

Professeur John Francis Mbala
Faculté de droit Université Protestante au Congo (Kinshasa)
CURAPP-CNRS
Faculté de droit Université de Picardie Jules Verne (Amiens/France)

Toute réaction utile peut lui parvenir par e-mail : johnfrancismbala@hotmail.com

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