La conférence sur la paix au Kivu, est une victoire pour Laurent NKunda.
Il ya longtemps que le congrès national pour la défense du peuple (CNDP), mouvement politico-militaire de Laurent NKunda qui mène la guerre contre le gouvernement Kabila, réclamait les négociations, mais Kabila avait négligé ce temps là, la force de Nkunda.
Aujourd'hui le président Kabila a accepté ces fameuses négociations sans conditions avec Nkunda qui a un mandat d'arrêt international. Elle sera organisée mais sous forme de conférence de paix, en vue de masquer le public que l'initiative vient du président Kabila.
Deux questions à se poser :
- Pourquoi cette conférence-négociation a été accepté par Kabila et organisée dans la précipitation ?
- Les 4 revendications du CNDP sont-elles réellement fondées ou Nkunda a un autre agenda caché ?
1. Pourquoi cette conférence-négociation a été accepté par Kabila et organisée dans la précipitation ?
Il semblerait que la conférence sur la paix, la sécurité et le développement du Kivu qui sera organisée à Goma, a été initié par Kabila sous la pression de la communauté internationale. Il parait que suite à la diplomatie et lobbying des hommes de Nkunda, l'occident (dont particulièrement les américains et les belges) a obligé Kabila d'ouvrir des négociations directes avec les Nkudistes.
Un gouvernement congolais aux ordres des étrangers n'a-t-il aucune raison d'être, dit-on ?
Aussi Kabila a été contraint d'accepter cette conférence-négociation suite à l'échec cuisant de l'armée congolaise sur le terrain. La coalition de 25 000 militaires de l'armée congolaise, 4 500 casques bleus et peut être 5000 FDLR ne parvient pas à déloger les 4000 soldats de Nkunda ! Est-ce vrai ou c'est une mise en scène ?!il ya de quoi à s'inquiéter !
Ce qui est déplorable dans cette guerre est que le bilan s'annonce lourd au point que les organisations humanitaires dénoncent une catastrophe humanitaire. Plus de 800 000 personnes sont de déplacés internes, plus de 40 000 filles et femmes violés avec le risque de transmission du VIH, de milliers de refugiés ont fouis le pays, de centaines de morts et le pillage de ressources du pays continue.
Nous pleurons le calvaire de nos compatriotes du Kivu pendant que le gouvernement congolais prend plaisir dans le luxe à Kinshasa.
Et c'est regrettable que les 17 000 casques bleus de l'ONU déployés en RDC n'ont pas pu les épargner de cette horreur; par contre ils contribuent à celle-ci, car ils sont aussi accusés d'avoir participé dans le viol de filles et femmes congolaises et dans le trafic de minerais congolais.
Nos sœurs et frères au Kivu sont tués et violés impunément, cela révolte la conscience et doit interpeller tous.
Si Kabila qui a été élu à la tête du pays grâce à la population essentiellement de l'est et sur une base d'une promesse de paix, n'est pas en mesure de restaurer l'autorité de l'Etat, assurer la paix et une justice équitable à tous, alors il devrait démissionner avant qu'il ne soit tard.
C'est inacceptable que la RDC soit un pays de vie pour les uns et un pays de mort pour les autres.
Cette conférence-négociation prévue au 27 décembre jusqu'au 6 janvier 2007serait d'importance capitale s'elle est bien organisée pour plus de chances de réussite.
Mais malheureusement elle est organisée dans la précipitation, avant même d'obtenir le cessez le feu. Alors on se demande comme on a toujours vécu des aventures en RDC, si Nkunda prenait les conférenciers en otage, à qui serait la faute?
On se demande vraiment si une semaine suffira, vu l'ampleur des questions sensibles et utiles à traiter dans cette conférence d'importance nationale?
Aussi la période choisie n'est pas appropriée, vu les préoccupations de grande fêtes de Noël et du Nouvel an.
Les noms de participants et l'agenda de la conférence ne sont pas encore connus alors que les travaux de la conférence démarrent ce 27 décembre 07, s'elle n'est pas du moins reportée.
Les Kivutiens (la société civile) qui souffrent des affres de cette guerre sont mal représentés, alors qu'on parle que la conférence sera majoritairement dominée d'une part, par le PPRD de Kabila et d'autre part, par le CNDP de Nkunda et le RCD de Ruberwa qui le soutient, cela pour soutenir la thèse de négociation.
Une forte représentation de la communauté internationale comme si la solution à ce problème viendra de l'extérieur. C'est ca l'erreur de congolais de croire que les étrangers sont la clef de solution à leurs problèmes.
C'est dommage que la diaspora congolaise, voir même les déplacés internes, le FDLR, le Rwanda et l'Uganda ne sont pas invités à participer à cette conférence-négociation qui les concerne tous directement ou indirectement.
La situation qui prévaut au Kivu concerne tout le monde, et pour que ce dialogue réussisse, il fallait donner une chance à tout le monde d'y participer sans beaucoup compter au per-diem.
Plus de 2 millions de dollars seront dépensés dans cette conférence, alors que la population congolaise croupisse dans la misère la plus noire, particulièrement les déplacés de cette guerre qui dorment à belle étoile et n'ont jamais bénéficié de l'assistance de leur gouvernement.
N'est ce pas là la négligence et l'égoïsme de membres du gouvernement congolais, quand on sait qu'ils sont payés en millier des dollars par mois ?
Pouvons-nous espérer à une quelconque stabilité quand le pays est ruiné par la mauvaise gouvernance, la corruption et l'impunité ?
2. Les 4 revendications du CNDP sont-elles réellement fondées ou Nkunda a un autre agenda caché ?
Le CNDP revendique: -le rapatriement de refugiés congolais-Tutsi vivant dans le pays voisins, -la neutralisation et le rapatriement de FDLR au Rwanda, -la levée du mandat d'arrêt international lancé à Nkunda, et enfin -le mixage (brassage) de forces de Laurent Nkunda dans l'armée nationale.
Concernant la 1ere revendication de Nkunda, on se demande pourquoi le CNDP qui prétend regrouper à son sein des congolais (es) de différentes origines, plaide pour le rapatriement uniquement de 45 000 refugiés Banyamulenge, alors qu'il ya plus de 400 000 refugiés congolais vivant à l'extérieur suite à la guerre qui a ravagé leur pays.
N'est ce pas là une discrimination ethnique interdite par la constitution congolaise ?
Faut-il aussi rappeler que la RDC est constituée de plus de 450 groupes ethniques, les unes aussi minoritaires que les autres ? Par conséquent, on se demande pourquoi Nkunda et/ou le Rwanda peut se substituer à l'Etat congolais pour protéger uniquement l'ethnie Tutsi du Congo ?
La 2eme revendication de Nkunda consiste à demander à la RDC de neutraliser et renvoyer les forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), inclus Interahamwe et ex-FAR chez eux au Rwanda.
Le FDLR estimés aujourd'hui à plus de 5000 personnes sont de refugiés rwandais hutus qui sont venus au Zaïre (RDC) en 1994 lors de la chute du régime Habyarimana caractérisé par le génocide rwandais. Le régime de Kagame les traite généralement des génocidaires et pourtant bon nombre d'eux étaient des enfants au moment du génocide.
Je pense sincèrement que le gouvernement de Kinshasa n'a pas jusque là la capacité de neutraliser et renvoyer le FDLR au Rwanda, et même avec l'appui de la Monuc.
La preuve est que 25 000 militaires de la RDC, plus de 4 500 casques bleus de L'ONU et 4000 hommes de Nkunda tentent toujours de déloger le FDLR, mais sans succès.
Le FDLR c'est une force bien organisée qui lutte pour leur survie politique.
Le Rwanda et le RCD-Goma qui ont occupé l'est de la RDC pour plus de 5 ans, n'a pas pu les neutraliser.
Voilà que la vérité finit par triompher, en 1997 les congolais avaient réclamé l'intervention de l'ONU pour stopper le carnage du Rwanda contre les refugiés hutu au Zaïre où plus de 400 000 refugiés ont péri dans un complot international. Mais le Rwanda s'était totalement opposé, en déclarant que tous les refugiés rwandais qui se trouvaient au Zaïre sont déjà rentrés au Rwanda, dans le but de couvrir ce carnage.
La solution durable au problème de FDLR serait de demander à la communauté internationale de faire le screening de tous les FDLR, pour que les présumés criminels soient traduits en justice internationale.
Ensuite cette communauté internationale qui les a amener en RDC devrait exiger à Kagame qu'au lieu de gouverner le pays ‘'en fait en accompli''qu'il faut partager le pouvoir avec l'opposition politique pour promouvoir la démocratie, la paix et la réconciliation nationale.
La communauté internationale (particulièrement l'occident) devrait accorder l'asile aux membres de FDLR et leurs familles qui ne veulent pas rentrer au Rwanda.
Quant à la 3 eme revendication de Nkunda, est de levée le mandat d'arrêt international lancé par le gouvernement de Kabila contre lui. Peut être, ce mandat d'arrêt international sera levée avant de débuter ces négociations, car c'est illogique de lancer un mandat d'arrêt contre quelqu'un et à même temps négocier la paix avec lui ! Vraiment la honte ne tue pas !
Ce mandat n'est-il pas injuste et discriminatoire quand on sait que Nkunda ne pas le seul criminel dans la guerre qui a ruiné et endeuillé le pays avec plus de 4 million des morts ?
Cela prouve que la justice en RDC n'est pas fonctionnelle et reste au service du pouvoir.
La quatrième revendication consiste à mixer les hommes de Nkunda dans l'armée nationale congolaise. Nkunda parle du mixage et non brassage de ses troupes comme proposé par le gouvernement congolais. Nkunda ne veut pas que ses hommes soient brassés dans l'armée nationale et éloignés de son fief qui est le Kivu. Il exige par contre le mixage de ses hommes avec l'armée congolaise et qu'ils soient uniquement affectés au Kivu, une stratégie de point. Cette revendication de Nkunda semble être acceptée, comme Nkunda est actuellement en possession de force, d'où il s'avère que Nkunda sera le maitre de la conférence. Ce ne plus le moment où il était au point d'accepter l'asile politique accordée par les USA.
Devant la coalition de 25 000 soldats de la RDC, 4 500 casques bleus de l'ONU et peut être 5000 FDLR, comment Nkunda résiste et réoccupe ses anciennes positions. Est-ce vrai ou c'est une mise en scène ?
Mais pourquoi Kabila ne veut pas désarmer Laurent Nkunda et/ou Azarias Ruberwa de leurs milices, alors qu'il l'a fait à Jean Pierre Bemba avec de conséquences incalculables que nous déplorons tous aujourd'hui ? N'est ce pas là un favoritisme qui n'honore pas un chef de l'Etat ?
Eh bien, le gouvernement congolais ignore que Nkunda a un agenda caché. A vrai dire le CNDP de Nkunda regroupe bon nombre de mécontents du régime Kabila. Cette conférence de Goma reste une occasion propice pour eux, pour espérer revenir aux affaires, en partageant le pouvoir avec le gouvernement Kabila, comme tous leurs collègues seigneurs de guerre qui sont aujourd'hui repris dans les institutions de la république. Et satisfaire Nkunda seul, ne pas une solution durable au problème, car le CNDP a en son sein une centaine de cadres qui exigent de postes.
Le Kivu reste la province la plus ravagée par les guerres qui ont endeuillé et détruit la RDC. Pour prétendre restaurer une paix durable et promouvoir une réconciliation ethnique au Kivu, il faut à tout prix, panser ces plaies béantes en traduisant les criminels en justice (tribunal pénal international pour la RDC), dédommageant les familles victimes et enfin en allouant un fond de développement et de reconstruction du Kivu.
En bref, il n'y aura pas la paix durable en RDC tant qu'on ne pratiquera pas la bonne gouvernance et éradiquera pas corruption et la culture de l'impunité. Sinon, un autre Nkunda risquera de surgir tôt ou tard.
Georges Z. Nalenga
Activiste de droits de l'homme
En exil en Norvège
zibige@yahoo.com