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La conférence de Goma: Kabila vient de jeter de l'huile sur le feu!

J.-P. Mbelu

"Les fous de l'Internet" Congolais et leurs alliés doivent avoir lu sur le site d'Africatime que le président congolais est arrivé "incognito" hier (mardi 15 janvier) à Goma. Se confiant à l'agence Reuters, Joseph Kabila a affirmé que "personne ne va inviter Nkunda ici parce qu'il a des problèmes avec la justice". Et selon cette même agance, "le gouvernement a d'ailleurs transmis à Interpol, l'organisation internationale de police, un mandat d'arrêt congolais visant Nkunda". Il se pourrait que ces informations soient démenties par les gouvernants Congolais. Dans le cas contraire, ils vont donner raison aux compatriotes ayant vu dans la conférence de Goma "un cinéma " de mauvais goût.

I. Entendre les revendications du CNDP sans Nkunda?

Tenez. Avant le début de cette conférence, le président de l'Assemblée nationale et l'un des coordinateurs de ladite conférence, Vital Kamerhe, avait dit haut et fort après la débâcle de Mushake: " Nous ne pouvons négocier qu'avec ceux qui ont pris des armes." Mais peut-on négocier avec le CNDP sans Nkunda, lui qui n'a pas honte de dire pourquoi il a pris les armes? En fait, en dehors de Nkunda, une délégation du CNDP est présente à la conférence de Goma. Elle y a formulé 8 revendications dont celle-ci: " Le CNDP apprend par les médias que les mandats d'arrêt auraient été émis contre certains parmi ses Chefs militaires. Elle les déclare sans fondements et demande leur retrait pur et simple . Il exige en outre, la libération sans conditions, de tous les prisonniers politiques et de toutes les personnes détenues illégalement dans des conditions inhumaines et soumises à des traitements cruels et dégradants au simple motif de collaboration et/ou de sympathie envers le CNDP."

A lire l'agence Reuters, c'est encore une fois par les médias que le CNDP va apprendre que l'un de ses Chefs militaires " a des problèmes avec la justice". Comment va-t-il réagir? Cela d'autant plus qu'il a entendu affirmer du haut de la tribune de la conférence de Goma "que les présentes assises n'auraient pas le mandat d'apporter des solutions durables aux questions de fond que se posent au pays, mais qu'elles se contenteraient de faire des propositions aux Institutions de la République qui jugeraient de la nécessité ou non de leur mise en œuvre." Les membres du gouvernement congolais présents aux assises de Goma pourront-ils présenter, en bonne et due forme, à leurs participants, "le mandat d'arrêt congolais visant Nkunda" dont parle l'agence Reuters?

S'il est vrai qu'un mandat d'arrêt est lancé contre Nkunda, le gouvernement congolais répondrait à l'une des attentes des Maï Maï de Fizi qui, condamnant le fait que ce gouvernement ait toléré la présence de multiples groupes armées dans les zones sensibles de l'Est de la RDC tel que "Laurent Nkundabatware au Nord-Kivu" réclament, dans leurs recommandations, son arrestation afin qu'il réponde de ses actes. La situation de Nkunda est l'une de celles auxquelles le manque de solution inciterait les Maï Maï à ne pas quitter le maquis. Kabila et son gouvernement vont-ils, cette fois-ci, tenir leur parole?

Et pourtant, il semble, à en croire Grands-Lacs Confidentiel, qu'à Goma, dans les coulisses de l'équipe de Laurent Nkundabatware, "avant la réunion (de Goma), une délégation de Laurent Nkundabatware a rencontré en toute discrétion Joseph Kabila avec des revendications. Celui-ci les aurait acceptées. C'est pourquoi, il a convoqué la conférence afin que la population congolaise décide." Alors, à quoi jouerait Kabila en soufflant le chaud et le froid? Selon Grands-Lacs Confidentiel, "Joseph Kabila est conscient que s'il signe des accords avec Nkundabatware sans l'approbation de la population, il y aura certainement une insurrection populaire et une guerre qui pourra déborder les calculs des stratèges." D'où l'option qu'il aurait prise de peser "dans la balance pour que soient nommées trois personnalités originaires du grand Kivu: l'Abbé Apollinaire Malu-Malu, Vital Kamerhe et Jean-Luc Kuye Ndondo Wa Mulumera, avec pour mission de convaincre les populations du Nord et du Sud-Kivu de se joindre à l'initiative. "

Encore une tactique de diversion?

Dans ce contexte, il se pourrait que les déclarations médiatiques de Joseph Kabila (non suivies d'actes) soient une énième tactique de diversion. Cela dans la mesure où Nkunda poursuit la mission que le RCD n'a pas pu mener à bon port et pour laquelle Joseph Kabila a été imposé aux Congolais(es) : forcer Kinshasa à reconduire les accords de Lemera après "la trahison" de Laurent-Désiré Kabila. Voilà pourquoi, "le Rwanda et l'Ouganda avouent ouvertement leur appui à Nkundabatware. Quelles que soient les conditions, les parrains de Nkundabatware ne sont pas prêts à lâcher leur homme car l'échec de ce dernier au Congo signifie l'échec du Rwanda et de l'Ouganda. Ces deux pays sont déçus: Laurent-Désiré Kabila les a déjoués. Les ententes que le Rwanda et l'Ouganda avaient déjà signées avec les puissances impérialistes (Etats-Unis, Angleterre, Belgique, Allemagne, Afrique du Sud) sont restées lettre morte." (Lire Grands-Lacs Confidentiel du 10 janvier 2008).

Dans ce contexte, sacrifier un pion de l'impérialisme ne poserait pas tellement de problème: les nombreux pions sont interchangeables. En effet, les vrais enjeux de Goma sont ailleurs. Les mises en scène de Kabila couvrent le nerf de la guerre: l'accès aux richesses naturelles des Kivu. Gustave Lobunda, rédacteur en chef de l'Agence catholique de presse à Kinshasa estime qu'"avec cette conférence de Goma, les Congolais ont fait leur part du travail. La communauté internationale devrait aussi faire la sienne en mettant d'accord lors d'une conférence internationale toutes les puissances économiques qui veulent exploiter le Congo. Il y a de la place pour tout le monde. Il ne faut plus que les forces extérieures manipulent les minorités. Sinon il n'y aura jamais de paix." (Lire Le Temps.ch du 16 janvier 208).

Or, pour ceux et celles qui savent que, pour la communauté dite internationale, la guerre est une tactique commerciale, croire qu'elle en arrive un jour à couper la branche sur laquelle elle est assise relève de la naïveté pure et simple. Face aux intérêts "trahis" de la communauté dite internationale, plusieurs scénarios sont envisageables chez nous. Le premier est celui d'un éventuel état d'urgence à décréter après des pillages fabriqués de toutes pièces. Cet état d'urgence neutralisant le Parlement permettrait à l'un des alliés du désordre néolibéral, Joseph Kabila, d'imposer les décisions prises à Goma avec le soutien de ses "zorro de service". (Lire Alerte aux Sénateurs et Parlementaires de la RDC: Kabila veut décréter l'état d'urgence , dans L'œil du patriote du 15 janvier 2008).

Un autre scénario serait celui de la mise en commun des recommandations du "cinéma" de Goma et de la Conférence Nationale organisée à Kinshasa par la Société Civile Nationale et la mise sur pied d'un comité de suivi chargé de faire pression pour la mise en pratique de ces recommandations par les institutions de la troisième République. Ce scénario  aurait trop peu de chance d'aboutir dans la mesure où il sera senti par "le raïs", ayant été pris au dépourvu par la Conférence de Kinshasa, comme un défi à sa "toute-puissance imaginaire". Un autre scénario serait que les forces de l'opposition et de la résistance congolaises intègrent les différentes recommandations de ces deux conférences dans les instruments de leur lutte pour la libération du Congo du joug de l'impérialisme capitaliste par les supplétifs interposés. Les deux conférences serviraient  à l'approfondissement de l'enjeu congolais, à l'identification de véritables patriotes congolais, à la prise en compte du sens de leur lutte et à l'affûtage  "des armes de destruction massive" du nouveau désordre néolibéral mondial.

J.-P. Mbelu

© Congo Vision


Kabila à la conférence de Goma, Nkunda pas convié

(Reuters 16/01/2008)

GOMA, Congo démocratique (Reuters) - Le président congolais Joseph Kabila s'est rendu mardi à la conférence de paix de Goma, destinée à mettre fin à des années d'affrontements dans l'est de la République démocratique du Congo.

Mais le chef de l'Etat a fait savoir que le général Laurent Nkunda, qui a pris le maquis pour défendre les Tutsis congolais de l'est de la RDC, ne serait pas invité à Goma. "Personne ne va inviter Nkunda ici parce qu'il a des problèmes avec la justice", a confié à Reuters Kabila.

Le gouvernement a d'ailleurs transmis à Interpol, l'organisation internationale de police, un mandat d'arrêt congolais visant Nkunda.

Le général rebelle s'était pourtant déclaré prêt à se rendre lui aussi à la conférence s'il est invité. "Si je suis invité, j'irai. Je n'ai pas reçu d'invitation personnelle", avait-il dit par téléphone à Reuters de son bastion dans les montagnes de l'est du pays.

"Une rencontre avec le chef de l'Etat serait une bonne chose. Ça irait dans le sens d'un rapprochement (...) Quand les gens se parlent de loin, ils se méfient. Quand ils se parlent de près, ils se disent des choses", avait-il ajouté.

"Je viens pour m'impliquer personnellement dans la recherche d'une solution", a dit à Reuters le président Kabila avant de quitter Kinshasa pour la capitale du Nord-Kivu.

La venue de Kabila est un signe encourageant pour l'issue de cette conférence de paix, qui s'est ouverte le 6 janvier mais a peiné à entrer dans le vif du sujet.

La délégation du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), le mouvement de Nkunda, a salué la venue du président congolais à la table des négociations.

"Nous pensons que la participation de Kabila donnera un nouvel élan aux discussions, apportera une nouvelle vision. Sa participation est absolument nécessaire", a déclaré Kambasu Ngeve, le chef de cette délégation.

"UN NOUVEL ÉLAN"

Celle-ci avait réclamé dimanche des négociations directes avec le gouvernement et le retour au Congo de tous les exilés, notamment du grand rival de Kabila, l'ancien vice-président Jean-Pierre Bemba, battu lors de l'élection présidentielle de 2006 et qui vit au Portugal.

Le nouveau chef de la Monuc, la mission de paix des Nations unies en RDC, Alan Doss, s'est également rendu mardi à Goma avec plusieurs responsables civils et militaires onusiens. Il y a actuellement quelque 17.000 casques bleus dans le pays.

"La violence au Nord-Kivu et au Sud-Kivu n'a pas cessé alors que le reste du Congo bénéficie du retour de la paix et du début d'un énorme travail de reconstruction", a déclaré Doss aux délégués.

"Il est temps que vous preniez place autour d'une table pour discuter avec franchise et sérénité de tous ces problèmes afin de trouver des solutions durables et les meilleures possibles", a-t-il ajouté.

Plus de 400.000 habitants de la province du Nord-Kivu ont dû fuir leurs foyers l'an dernier en raison des combats entre les soldats gouvernementaux, les fidèles de Nkunda, les miliciens Maï-Maï et les rebelles rwandais, séquelles de la guerre civile qui a ravagé l'ex-Zaïre entre 1998 et 2003.

Plusieurs efforts de médiation et campagnes militaires n'ont pas réussi à mettre fin à des années d'affrontements dans la région, où la présence de combattants hutus rwandais accusés d'avoir mené le génocide de 1994 au Rwanda a provoqué régulièrement des conflits.

Par Lubunga Bya'Ombe
Avec Joe Bavier à Kinshasa, version française Guy Kerivel et Jean-Loup FIévet

© Copyright Reuters


Conférence de Goma: Vieux conflits, nouveaux rebondissements

Ouverte à Goma le 6 janvier 2008 après des travaux préparatoires conduits à partir du 27 décembre 2007 dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, la Conférence pour la Paix , la Sécurité et le Développement des Provinces du Nord et du Sud-Kivu qui réunit actuellement à Goma, les communautés locales et d'autres organes de la société, suscite des inquiétudes quant à l'avenir de la paix dans cette partie de la République démocratique du Congo.

Pressentie par les autorités congolaises comme une voie de sortie de la crise interethnique qui maintient les populations locales dans une situation d'insécurité et de troubles permanents depuis bientôt deux décennies, cette conférence apparaît curieusement, et à quelques jours seulement de sa clôture officielle, comme un glissement dangereux vers l'accentuation des tensions et l'embrasement d'une région à la stabilité déjà précaire.

Loin de chercher un terrain de rapprochement entre les communautés, ces assises réveillent les velléités separationnistes de plusieurs communautés et présagent une intensification des affrontements interethniques dans les deux Kivu, qui ont d'ailleurs déjà fait, depuis 1993, plus d'un million de morts et, depuis fin 2004, près d'un million de déplacés. Alors que certains délégués et leurs structures d'accompagnement (mutuelles tribales, milices,...) réclament la création pure et simple de provinces monoethniques et que d'autres revendiquent des portions du territoire congolais, plusieurs leaders des communautés autochtones évoquent l'histoire du peuplement de ces deux provinces pour réclamer la préservation de l'intégrité territoriale du pays et rappellent les obligations des immigrés récents et des réfugiés accusés au passage d'abuser de l'hospitalité leur accordée pour aliéner des portions du territoire congolais à leur propre profit.

Pointé du doigt pour avoir créé une confusion en adoptant une attitude complaisante dans le suivi des déplacements des réfugiés dans la Sous-région des Grands-Lacs, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) est accusé de complicité avec certains leaders de communautés réfugiées et immigrées qui livrent une bataille farouche aux tribus autochtones. L'existence, au Rwanda, de camps abritant des réfugiés à la nationalité contestée ("Réellement Congolais?") et les pressions de certaines délégations pour le "retour" de ceux-ci au Congo sont perçues comme une tentative d'aliénation des provinces de l'Est du Congo au profit de certains réfugiés et immigrés implantés au Congo et commandités notamment par le Rwanda, accusé de manifester de l'intérêt pour les deux Kivu, en raison notamment des terrains miniers et des pâturages dont regorge cette partie du Congo.

La relecture de l'histoire du peuplement du Nord et du Sud-Kivu renseigne sur les conflits qui ont toujours accompagné l'arrivée d'immigrés (ouvriers agricoles et miniers amenés par le colonisateur belge) et des réfugiés en provenance du Rwanda. Les preuves documentaires présentées lors et en marge de la conférence dans des débats citoyens relatent les violences qui ont entouré l'arrivée (notamment en 1957, 1959 et 1995) des citoyens Rwandais fuyant la persécution ou les contraintes climatiques (sécheresse) du Rwanda et accusés par les tribus trouvées sur place de nourrir de visées conquérantes.

L'accompagnement de ces vagues migratoires (par le colonisateur belge avant 1960 et par les Nations unies comme en 1994), n'a, selon toutes les apparences, pas pris en compte les retombées promises par un déversement de populations nécessiteuses dans la région. L'apparition puis l'intensification des conflits a, dès lors, entraîné des affrontements sanglants et le désespoir dans cette région jadis prospère.

La menace perçue aujourd'hui dans les groupes armés arrivés comme réfugiés et les alliances militaires de certains immigrés est au cœur des préoccupations des leaders communautaires autochtones qui prennent part à la conférence. Leurs réclamations, relayées par la société civile, témoignent de la lassitude et du désemparement des populations congolaises face à la volonté manifeste de certains candidats à l'intégration nationale (réfugiés et immigrés) d'accaparer une partie vitale de la République démocratique du Congo.

L'association des jeunes ADECOP est très inquiète devant la tournure dangereuse que prennent ces assises et dénonce la passivité des autorités congolaises face à la menace sérieuse de complication d'un processus de réconciliation nationale déjà problématique. Elle condamne en particulier la sélection des participants qui a éloigné de la table de dialogue les leaders clés de la dynamique du rapprochement responsable des communautés, préférant à ceux-ci des individus au discours incendiaire et apparemment, peu soucieux de l'avenir de la paix dans la région. Quand est-ce que la solution de la crise des deux Kivu recevra-t-elle toute l'attention qu'elle mérite? Quand est-ce que les populations congolaises se verront-elles enfin reconnaître leur droit à la paix et à la sécurité?

Goma, le 15 janvier 2008

Guelord Mbaenda
Directeur exécutif

ADECOP asbl
Action des jeunes pour le Développement Communautaire et la Paix
01/2, avenue des Ecoles, Commune de Goma
BP 117 Goma, Province du Nord-Kivu
République démocratique du Congo
Téléphone: +243 81 256 0135
E-mail: contact@adecop. kabissa.org
Website: http://www.adecop. kabissa.org

© Congo Vision


La conférence sur la paix au Kivu, est une victoire pour Laurent NKunda.

Il ya longtemps que le congrès national pour la défense du peuple (CNDP), mouvement politico-militaire de Laurent NKunda qui mène la guerre contre le gouvernement Kabila, réclamait les négociations, mais Kabila avait négligé ce temps là, la force de Nkunda.

Aujourd'hui le président Kabila a accepté ces fameuses négociations sans conditions avec Nkunda qui a un mandat d'arrêt international. Elle sera organisée mais sous forme de conférence de paix, en vue de masquer le public que l'initiative vient du président Kabila.

Deux questions à se poser :

  1. Pourquoi cette conférence-négociation a été accepté par Kabila et organisée dans la précipitation ?
  2. Les 4 revendications du CNDP sont-elles réellement fondées ou Nkunda a un autre agenda caché ?

1. Pourquoi cette conférence-négociation a été accepté par Kabila et organisée dans la précipitation ?

Il semblerait que la conférence sur la paix, la sécurité et le développement du Kivu qui sera organisée à Goma, a été initié par Kabila sous la pression de la communauté internationale. Il parait que suite à la diplomatie et lobbying des hommes de Nkunda, l'occident (dont particulièrement les américains et les belges) a obligé Kabila d'ouvrir des négociations directes avec les Nkudistes.

Un gouvernement congolais aux ordres des étrangers n'a-t-il aucune raison d'être, dit-on ?

Aussi Kabila a été contraint d'accepter cette conférence-négociation suite à l'échec cuisant de l'armée congolaise sur le terrain. La coalition de 25 000 militaires de l'armée congolaise, 4 500 casques bleus et peut être 5000 FDLR ne parvient pas à déloger les 4000 soldats de Nkunda ! Est-ce vrai ou c'est une mise en scène ?!il ya de quoi à s'inquiéter !

Ce qui est déplorable dans cette guerre est que le bilan s'annonce lourd au point que les organisations humanitaires dénoncent une catastrophe humanitaire. Plus de 800 000 personnes sont de déplacés internes, plus de 40 000 filles et femmes violés avec le risque de transmission du VIH, de milliers de refugiés ont fouis le pays, de centaines de morts et le pillage de ressources du pays continue.

Nous pleurons le calvaire de nos compatriotes du Kivu pendant que le gouvernement congolais prend plaisir dans le luxe à Kinshasa.

Et c'est regrettable que les 17 000 casques bleus de l'ONU déployés en RDC n'ont pas pu les épargner de cette horreur; par contre ils contribuent à celle-ci, car ils sont aussi accusés d'avoir participé dans le viol de filles et femmes congolaises et dans le trafic de minerais congolais.

Nos sœurs et frères au Kivu sont tués et violés impunément, cela révolte la conscience et doit interpeller tous.

Si Kabila qui a été élu à la tête du pays grâce à la population essentiellement de l'est et sur une base d'une promesse de paix, n'est pas en mesure de restaurer l'autorité de l'Etat, assurer la paix et une justice équitable à tous, alors il devrait démissionner avant qu'il ne soit tard.

C'est inacceptable que la RDC soit un pays de vie pour les uns et un pays de mort pour les autres.

Cette conférence-négociation prévue au 27 décembre jusqu'au 6 janvier 2007serait d'importance capitale s'elle est bien organisée pour plus de chances de réussite.

Mais malheureusement elle est organisée dans la précipitation, avant même d'obtenir le cessez le feu. Alors on se demande comme on a toujours vécu des aventures en RDC, si Nkunda prenait les conférenciers en otage, à qui serait la faute?

On se demande vraiment si une semaine suffira, vu l'ampleur des questions sensibles et utiles à traiter dans cette conférence d'importance nationale?

Aussi la période choisie n'est pas appropriée, vu les préoccupations de grande fêtes de Noël et du Nouvel an.  

Les noms de participants et l'agenda de la conférence ne sont pas encore connus alors que les travaux de la conférence démarrent ce 27 décembre 07, s'elle n'est pas du moins reportée.

Les Kivutiens (la société civile) qui souffrent des affres de cette guerre sont mal représentés, alors qu'on parle que la conférence sera majoritairement dominée d'une part, par le PPRD de Kabila et d'autre part, par le CNDP de Nkunda et le RCD de Ruberwa qui le soutient, cela pour soutenir la thèse de négociation.

Une forte représentation de la communauté internationale comme si la solution à ce problème viendra de l'extérieur. C'est ca l'erreur de congolais de croire que les étrangers sont la clef de solution à leurs problèmes.

C'est dommage que la diaspora congolaise, voir même les déplacés internes, le FDLR, le Rwanda et l'Uganda ne sont pas invités à participer à cette conférence-négociation qui les concerne tous directement ou indirectement.

La situation qui prévaut au Kivu concerne tout le monde, et pour que ce dialogue réussisse, il fallait donner une chance à tout le monde d'y participer sans beaucoup compter au per-diem.

Plus de 2 millions de dollars seront dépensés dans cette conférence, alors que la population congolaise croupisse dans la misère la plus noire, particulièrement les déplacés de cette guerre qui dorment à belle étoile et n'ont jamais bénéficié de l'assistance de leur gouvernement.

N'est ce pas là la négligence et l'égoïsme de membres du gouvernement congolais, quand on sait qu'ils sont payés en millier des dollars par mois ?

Pouvons-nous espérer à une quelconque stabilité quand le pays est ruiné par la mauvaise gouvernance, la corruption et l'impunité ?

2. Les 4 revendications du CNDP sont-elles réellement fondées ou Nkunda a un autre agenda caché ?

Le CNDP revendique: -le rapatriement de refugiés congolais-Tutsi vivant dans le pays voisins, -la neutralisation et le rapatriement de FDLR au Rwanda, -la levée du mandat d'arrêt international lancé à Nkunda, et enfin -le mixage (brassage) de forces de Laurent Nkunda dans l'armée nationale.

Concernant la 1ere revendication de Nkunda, on se demande pourquoi le CNDP qui prétend regrouper à son sein des congolais (es) de différentes origines, plaide pour le rapatriement uniquement de 45 000 refugiés Banyamulenge, alors qu'il ya plus de 400 000 refugiés congolais vivant à l'extérieur suite à la guerre qui a ravagé leur pays.

N'est ce pas là une discrimination ethnique interdite par la constitution congolaise ?

Faut-il aussi rappeler que la RDC est constituée de plus de 450 groupes ethniques, les unes aussi minoritaires que les autres ? Par conséquent, on se demande pourquoi Nkunda et/ou le Rwanda peut se substituer à l'Etat congolais pour protéger uniquement l'ethnie Tutsi du Congo ?

La 2eme revendication de Nkunda consiste à demander à la RDC de neutraliser et renvoyer les forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), inclus Interahamwe et ex-FAR chez eux au Rwanda.

Le FDLR estimés aujourd'hui à plus de 5000 personnes sont de refugiés rwandais hutus qui sont venus au Zaïre (RDC) en 1994 lors de la chute du régime Habyarimana caractérisé par le génocide rwandais. Le régime de Kagame les traite généralement des génocidaires et pourtant bon nombre d'eux étaient des enfants au moment du génocide.

Je pense sincèrement que le gouvernement de Kinshasa n'a pas jusque là la capacité de neutraliser et renvoyer le FDLR au Rwanda, et même avec l'appui de la Monuc.

La preuve est que 25 000 militaires de la RDC, plus de 4 500 casques bleus de L'ONU et 4000 hommes de Nkunda tentent toujours de déloger le FDLR, mais sans succès.

Le FDLR c'est une force bien organisée qui lutte pour leur survie politique.

Le Rwanda et le RCD-Goma qui ont occupé l'est de la RDC pour plus de 5 ans, n'a pas pu les neutraliser.

Voilà que la vérité finit par triompher, en 1997 les congolais avaient réclamé l'intervention de l'ONU pour stopper le carnage du Rwanda contre les refugiés hutu au Zaïre où plus de 400 000 refugiés ont péri dans un complot international. Mais le Rwanda s'était totalement opposé, en déclarant que tous les refugiés rwandais qui se trouvaient au Zaïre sont déjà rentrés au Rwanda, dans le but de couvrir ce carnage.

La solution durable au problème de FDLR serait de demander à la communauté internationale de faire le screening de tous les FDLR, pour que les présumés criminels soient traduits en justice internationale.

Ensuite cette communauté internationale qui les a amener en RDC devrait exiger à Kagame qu'au lieu de gouverner le pays ‘'en fait en accompli''qu'il faut partager le pouvoir avec l'opposition politique pour promouvoir la démocratie, la paix et la réconciliation nationale.

La communauté internationale (particulièrement l'occident) devrait accorder l'asile aux membres de FDLR et leurs familles qui ne veulent pas rentrer au Rwanda.

Quant à la 3 eme revendication de Nkunda, est de levée le mandat d'arrêt international lancé par le gouvernement de Kabila contre lui. Peut être, ce mandat d'arrêt international sera levée avant de débuter ces négociations, car c'est illogique de lancer un mandat d'arrêt contre quelqu'un et à même temps négocier la paix avec lui ! Vraiment la honte ne tue pas !

Ce mandat n'est-il pas injuste et discriminatoire quand on sait que Nkunda ne pas le seul criminel dans la guerre qui a ruiné et endeuillé le pays avec plus de 4 million des morts ?

Cela prouve que la justice en RDC n'est pas fonctionnelle et reste au service du pouvoir.

La quatrième revendication consiste à mixer les hommes de Nkunda dans l'armée nationale congolaise. Nkunda parle du mixage et non brassage de ses troupes comme proposé par le gouvernement congolais. Nkunda ne veut pas que ses hommes soient brassés dans l'armée nationale et éloignés de son fief qui est le Kivu. Il exige par contre le mixage de ses hommes avec l'armée congolaise et qu'ils soient uniquement affectés au Kivu, une stratégie de point. Cette revendication de Nkunda semble être acceptée, comme Nkunda est actuellement en possession de force, d'où il s'avère que Nkunda sera le maitre de la conférence. Ce ne plus le moment où il était au point d'accepter l'asile politique accordée par les USA.

Devant la coalition de 25 000 soldats de la RDC, 4 500 casques bleus de l'ONU et peut être 5000 FDLR, comment Nkunda résiste et réoccupe ses anciennes positions. Est-ce vrai ou c'est une mise en scène ?

Mais pourquoi Kabila ne veut pas désarmer Laurent Nkunda et/ou Azarias Ruberwa de leurs milices, alors qu'il l'a fait à Jean Pierre Bemba avec de conséquences incalculables que nous déplorons tous aujourd'hui ? N'est ce pas là un favoritisme qui n'honore pas un chef de l'Etat ?

Eh bien, le gouvernement congolais ignore que Nkunda a un agenda caché. A vrai dire le CNDP de Nkunda regroupe bon nombre de mécontents du régime Kabila. Cette conférence de Goma reste une occasion propice pour eux, pour espérer revenir aux affaires, en partageant le pouvoir avec le gouvernement Kabila, comme tous leurs collègues seigneurs de guerre qui sont aujourd'hui repris dans les institutions de la république. Et satisfaire Nkunda seul, ne pas une solution durable au problème, car le CNDP a en son sein une centaine de cadres qui exigent de postes.

Le Kivu reste la province la plus ravagée par les guerres qui ont endeuillé et détruit la RDC. Pour prétendre restaurer une paix durable et promouvoir une réconciliation ethnique au Kivu, il faut à tout prix, panser ces plaies béantes en traduisant les criminels en justice (tribunal pénal international pour la RDC), dédommageant les familles victimes et enfin en allouant un fond de développement et de reconstruction du Kivu.

En bref, il n'y aura pas la paix durable en RDC tant qu'on ne pratiquera pas la bonne gouvernance et éradiquera pas corruption et la culture de l'impunité. Sinon, un autre Nkunda risquera de surgir tôt ou tard.

Georges Z. Nalenga
Activiste de droits de l'homme
En exil en Norvège
zibige@yahoo.com

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