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DEMOCRATIE OU AUTOCRATIE EN RDC ?

(Albert KISUKIDI)

Les organisateurs de notre rencontre, dans le cadre de la commémoration du 47 ème anniversaire de l'indépendance de notre pays, la République démocratique du Congo (RDC), nous ont demandé de mener une réflexion , susceptible de nous interroger sur la nature de régime qui s'installe actuellement chez nous en RDC.

S'il ne nous sera pas nécessairement aisé d'être complet et / ou de puiser toute la question, il n'en demeure pas moins que celle-ci a la mérite d'avoir été posée avec clarté.

Serions-nous en régime de démocratie ou en régime d'autocratie ?

C'est en pleine situation d'un pays avec à sa tête un Président, un Gouvernement formé et dont le Premier Ministre sont élus démocratiquement que les massacres dans le Bas-Congo, l'insécurité dans l'Est du pays et l'occupation de Kahemba ont eu lieu et continuent d' y avoir lieu . Fracassants actes pour une entrée en fonction d'un gouvernement élu démocratiquement !

Une possibilité existe de pouvoir juger la nature d'un régime politique à partir de décisions prises par ce régime et des mécanismes qui conduisent à les prendre. Avec des limites que cela peut imposer.

Mais, à partir d'un constat aussi récent et d'actualité, il serait facile, en effet de procéder par des illustrations - à conditions que nous en connaissions des milliers - pour que chacun de nous trouve la réponse qui conviendrait de donner à cette question….Cependant, nous ne pouvons si allègrement aller vite en besogne et de nous contenter de cela, sans qu'au préalable, définir ce que l'on entend par démocratie et par l'autocratie.

Et subsidiairement, il nous sera indispensable de visiter dans l'ensemble les acteurs et la nature de leurs partis politiques et leur détermination censés mettre en pratique cette démocratie et/ou leur faiblesse susceptible de les conduire vers la tentation autocratique qui pourrait nous menacer.

Vous nos auditeurs participant à cette journée, ici présents, vous n'avez pas attendu notre rencontre pour nous rappeler que la démocratie est entendue comme « gouvernement par le demos, le peuple » dans l'esprit de l'antiquité grecque.

Cependant entre cette définition lapidaire qui nous vient de la Grèce antique jusqu' à un Abraham LINCOLN qui nous apprend que la démocratie est le «gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple », de nombreux lettrés, philosophes (Aristote, Socrate…..) et autres érudits comme Montesquieu «  L'esprit des lois  » et Rousseau «  le Contrat social  » y avaient mis leur grain de sel

A partir de là tous les néologismes pour qualifier de nombreux régimes politiques sur notre terre devenaient possibles et il suffirait d'observer, mais nous n'allons pas les énumérer ici, sauf comme nous le verrons, en ce qui concerne notre pays, à partir de l'observation et de l'esprit fertile du peuple congolais lui-même…...

Mais pour continuer, la première question comme préalable nous vient à l'esprit et c'est de se demander si, en RDC avons-nous déjà connu la démocratie et/ou l'autocratie ?

LA DEMOCRATIE EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

Son existence et sa disparition

En République démocratique du Congo, le mot démocratie existe bien avant que le pays entame sa lutte pour l'indépendance et ce mot a continué à faire florès aux premiers jours de l'indépendance, disons dans les cinq premières années de l'indépendance du Congo Léopoldville, de 1960 à 1965.

En 1957, le mot démocratie avait fait irruption dans la vie des sujets congolais du roi des Belges, Beaudouin 1 er , lors des élections municipales organisées dans quelques grandes agglomérations de la colonie belge comme Léopoldville (KINSASA) ou Elisabethville (LUBUMBASHI).

Retenons qu'à Léopoldville, un des 10 bourgmestres élus, (les maires en français) fut Joseph KASA-VUBU, et comme président de l'ABAKO qui, grâce à cette onction d'élu du peuple qui lui donna la liberté de parole, il haussait le ton en réclamant la démocratie pour tout le pays et un programme de gouvernement du Congo, lors de sa prise de fonction comme Bourgmestre de la Commune de Dendale (actuelle Commune Kasa-Vubu).

Ce faisant KASA-VUBU donnait une sorte de contenu à sa réplique de « CONTRE-MANIFESTE de la Conscience Africaine  » de l'année 1956 en parlant de l'Indépendance immédiate et inconditionnelle du Congo (la réaction de l'Administration coloniale fut immédiate et Kasa-Vubu fut suspendu un temps, comme Bourgmestre).

Bref, quand la République du Congo arrive à l'indépendance le 30 juin en 1960, parmi les députés démocratiquement élus à l'Assemblée Nationale, au suffrage universel direct l'on dénombre Joseph KASA-VUBU et Patrice Emery. LUMUMBA.

LUMUMBA, président du Mouvement National Congolais (MNC), parti majoritaire (majorité relative) est Premier Ministre d'un gouvernement de coalition. Joseph KASA-VUBU est élu Président de la République , au suffrage universel indirect, c'est-à-dire par le Parlement réuni en Congrès (Assemblée + Sénat). Il est clair que la République du Congo-Kinsasa naissait sur un fond baptismal démocratique. L'on peut donc observer qu'avec la Constitution de l'époque, la « Loi Fondamentale », la démocratie fonctionna à plein régime.

Quand le Lieutenant Général Joseph Désiré MOBUTU fait son coup d'Etat militaire en Novembre 1965, le Parlement en présence était issu d'une élection au suffrage universel direct pour l'Assemblée nationale et d'une élection au suffrage universel indirect pour le Sénat, sous une Constitution dite de Luluabourg et de type fédéral qui n'en disait pas mot.

L'on attendait l'élection présidentielle au suffrage universel indirect et dont les prétendants- candidats furent Joseph KASA-VUBU, Moïse TSHOMBE et Jean BOLIKANGO. Ici aussi l'on peut observer qua la démocratie en RDC prenait son véritable élan.

L'on peut donc considérer que c'est depuis ce coup d'Etat militaire du Lieutenant–Général MOBUTU que, dans sa pratique, le mot démocratie que les Congolais devenus Zaïrois en 1971 n'avaient jamais oublié, loin sen faut, commençait à poser interrogation quant au sens qu'on lui donnait et tel qu'on le vivait.

Ce bref rappel, dans le sens où il vient d'être mené, il n'a pas pour but de raconter l'Histoire de l'indépendance du Congo, mais il est destiné à ceux qui ont abondamment écrit depuis des lustres que les Congolais ne connaissaient rien de ce qu'on peut appeler démocratie.

Et cette assertion a été tellement insistante pendant la période de la dernière transition (2003-2006) qu'il devenait suspecte de la part des intentions des animateurs de cette transition qui  laissaient faire dire et faire écrire que c'était pour la première fois en 2006 que les Congolais étaient appelés à des élections démocratiques libres et transparentes…

Au cours du régime du président MOBUTU, le mot démocratie n'avait pas disparu non plus, mais, le Président MOBUTU l'avait fait comprendre qu'il fallait la vivre autour d'un Chef qui prévoit au bonheur de son peuple, à tout ce qu'il désire. Et le peuple devait y participer expressivement dès sa naissance par le biais du « parti unique-parti-Etat », le MPR, placé au-dessus de toutes les institutions de l'Etat, sauf l'institution Président de la République qui chapeautait tout !

Ce parti politique unique était évidemment dirigé par des dignitaires du régime tout-puissants en pouvoir et en avoir et choisis par le « président fondateur président de la République  » lui-même, parfois sur recommandation ou par cooptation par ceux qui étaient déjà en vue.

Tout se passait comme si tous ces dignitaires, chacun à son niveau, exerçait une parcelle de la même autorité absolue sans partage du président fondateur et en son nom.

Ainsi, le Président MOBUTU avait réussi l'exploit de faire d'un régime qu'il dirigeait et contrôlait tout seul, un véritable régime dirigé par quelques uns et qu'on peut qualifier d' « aristocratique » ou d'« oligarchique », un régime aux mains d'un petit groupe de personnes.

IL est évident que toute évocation des mots « aristocratie et/ou « oligarchie » fait penser à l'existence des personnes qui se seraient bien enrichis dans l'exercice du pouvoir (voir James HARRINGTON), mais qui doivent tout au Chef, monarque absolu et qui ne leur doit pratiquement rien.

En effet, tous ces puissants dignitaires du régime, bien perchés là-haut, exerçaient ce pouvoir, mais ils étaient constamment ramenés sur terre, soit par des révocations médiatiquement fracassantes, soit par envie, par le bon vouloir du Président de changer les têtes. En fin de compte, le Président Mobutu sans être un « monarque absolu de droit divin », mais il exerçait son pouvoir comme s'il en était un, tout seul !

Et tout système politique dans lequel le souverain dispose d'un pouvoir absolu est dit « autocratique ».

Est-ce nos compatriotes zaïrois en avaient conscience ? C'est la question !

Et pourtant, le président Mobutu était bel et bien un pur dirigeant autocratique !

Nous pouvons donc conclure sur ce passé éloigné et récent à la fois que, oui, la RDC a connu aussi bien un régime démocratique (1960-1965) qu'un régime autocratique (1965-1997), entre 1960 et 1997, avec il faut le reconnaître, une ponctuation faite d'un intermède de libération de la parole et de l'écrit entre 1990-1997, avec la Conférence Nationale Souveraine (CNS).

ET AUJOURDHUI, SOMMES-NOUS EN DEMOCRATIE, EN AUTOCRATIE  ?

A tord ou à raison, il était de bon ton, au moment où Laurent Désiré KABILA mettait fin au régime de la IIè République de considérer qu'il mettait fin en même temps à la « kleptomanie » qui gangrenait la gestion de la République du Zaïre où des dignitaires du régime pouvaient être à la fois brasseurs d'affaires qui puisaient dans les caisses de l'Etat et/ou faiseurs et exécutants de lois de la République (ce que redoutait un Rousseau pour qui « le Contrat social » devait donner des gouvernements soumis à des contrôles permanents grâce à des organes ad hoc , évitant le mélange des genres,!).

La kleptomanie étant une pulsion pathologique à pousser certaines personnes à voler et si de nombreux kleptomanes devenaient de personnes respectables et respectées jusqu'à s'accaparer ou, les rentes de situation aidant à leur confier « démocratiquement » le gouvernement de la Nation , alors là nous vivrions dans un régime politique que nous pourrions qualifier de « kleptocratie»

Nous pouvons ainsi, logiquement avancer que la « kleptocratie » est le « gouvernement des voleurs, par les voleurs et pour les voleurs ».

Et si l'on considère que d'anciens voleurs impunis peuvent devenir par les rentes de situation de vrais riches intouchables, anciens membres de l'oligarchie passée et que par bonheur une opportunité s'offrait à eux d'accéder au pouvoir pour former un gouvernement, nous tombons dans un régime de « ploutocratie », le «  gouvernement des riches, par les riches et pour les riches ».

Et si, par malheur pour certains, anciens ou nouveaux, que cette richesse a été acquise en versant du sang de leurs compatriotes et que ce petit monde des riches sanguinaires prenait le commandement de ce gouvernement, nous voilà avec « un  gouvernement des sanguinaires, par des sanguinaires et pour des sanguinaires ».

L'année dernière, le peuple congolais a élu démocratiquement ses représentants, c'est-à-dire, députés et sénateurs au parlement.

A ces élections, le peuple congolais a envoyés à l'Assemblées nationale quelques personnes nouvelles n'ayant participé auparavant de près ou de loin à aucune gestion antérieure du pays et à aucune de ces rébellions dont notre pays s'est fait une réputation.

Hormis ces derniers, dans l'ensemble, le parlement congolais est composé des mandataires qu'on peut classer dans les trois catégories décrites ci-dessus, kleptomanes, sanguinaires et les deux se fondant dans une troisième catégorie de ploutocrates

Passant outre la distinction qui avait cours et classifiant les acteurs de la transition, en 3 ex-belligérants, à savoir , les deux mouvements de rébellion et le gouvernement en place à KINSASA, l'opposition politique non armée et la société civile, l'origine politique des élus dans ce parlement, peut se répartir ainsi.

Il y a les partisans du Président Kabila regroupé au sein de l'AMP, parti majoritaire en nombre d'élus aussi bien à l'Assemblée Nationale qu'au Sénat, les partisans de JP BEMBA regroupé au sein de l'UNION pour la NATION , voulant jouer leur rôle d'opposants républicains.

Mais à l'intérieur de ces deux groupes donnant l'impression d'une bipolarisation de la vie politique en RDC, se trouvent bien confortablement à l'aise des partis politiques et des indépendants aux proclamations des foi, difficilement discernables, idéologiquement parlant et qui de temps en temps changent d'un camps pour un autre au gré de l'évolution de la situation politique du pays, comme ce le fut avec le RCD de Monsieur RUBERWA.

Un fait qu'il faudrait noter que les représentants du peuple Congolais, Président de la République , députés et Sénateurs, ont dû y aller de leur poche pour concourir à ces mandats et les places étaient chères, la caution non remboursable. Nos lecteurs de CONGO VISION et de « NGONGA EBETI » se souviendront sans doute de ma sortie ante élections dénonçant « la démocratie censitaire en RDC ».

Se trouvent ainsi au Parlement congolais, les acteurs de la transition, cités–ci haut et qui avaient pu réunir facilement assez de dollars pour se payer la caution, des riches indépendants, des citoyens sans passé politique connue mais appréciés par les habitants qui ont adhéré à des partis politiques « riches » et qui leur ont payé leurs cautions.

Dans la mesure où les élections présidentielles et législatives s'étaient déroulées pour les premières au suffrage universel direct et au scrutin uninominal à deux tours ( les présidentielles) et pour les secondes au suffrage universel direct et au scrutin uninominal mais à un tour (les législatives), l'on a pu noter que les anciens dignitaires du régime du Président Mobutu n' y brillèrent pas, sauf BEMBA, mais comme un ancien belligérant chef du puissant et riche parti rebelle MLC, ainsi que Nzanga Mobutu qui bénéficia lui d'une équation personnelle de « légaliste » et surtout chargé, on ne peu le nier, d'une relative aura nostalgique liée au nom de Mobutu.

Cependant, pour les élections sénatoriales se déroulant au suffrage universel indirect, un nombre assez important d'anciens dignitaires du régime du Président MOBUTU s' y sont fait élire. Les moyens de propagande (les mauvaises langues disent « moyens sonnants et trébuchants ») ils en avaient. Ils en avaient tels que le président du Sénat se retrouve parmi eux, alors que la majorité au Sénat est l'AMP. Et même, le Vice-président du Sénat bien qu'il se comptabilise dans le camps de l'AMP, il sort du lot d'anciens dignitaires du régime de la IIème République , avec cet exploit remarquable d'appartenir tous les deux à la Province de l'Equateur.

Le peuple congolais qui a voté, il l'a fait avec la conviction et l'enthousiasme de quelqu'un recevant une chose promise depuis longtemps, la démocratie. Et cela, malgré tout ce qu'on a avancé concernant les irrégularités et fraudes.

Le tout est de savoir maintenant, comment ses représentants élus sous des programmes divers se comportent-ils ?

Et c'est ici où l'on a assisté et où l'on risque de continuer à assister à des comportements étranges.

Alors qu'on se trouvait devant une majorité et une opposition clairement dessinées,

- est-ce par atavisme, les membres de la minorité commençaient-ils à être tentés à réclamer des négociations pour une sorte de formation de gouvernement d'Union nationale ?

- où alors pour certains représentants de l'opposition à tenter de rejoindre la  majorité ?

A l'opposé et c'est le plus cocasse, au moment où l'on commençait à remettre en question les gardes militaires attachés aux deux anciens ex-belligérants rebelles et anciens Vice-présidents du Système « 1+4 », le dirigeant du RCD, Monsieur RUBERWA quittait le camps majoritaire près l'AMP.

Et ces incohérences se sont fait sentir, au moment de l'élection du Bureau du Sénat où un membre censé faire partie de l'opposition minoritaire UN est élu Président du Sénat, mais qu'aussitôt, il se proclame indépendant et donc n'appartenant plus ni à la majorité ni à la minorité…

N'est-ce pas là les relents du mobutisme « majorité pembeni, minorité pembeni » (loin de la majorité et loin de la minorité) ?

Et fait frappant, dans cette élection est que, certains membres de la majorité, par l'on ne saurait quel retournement instinctif ont permis l'élection d'un Président censé ne pas appartenir à la majorité et pourtant susceptible d'occuper temporairement la fonction de Président de la République en cas d'absence imprévue en cours de le législature. Inouï, comme moeurs politiques, pour ne pas dire, comme légèretés politiques !

Alors, un tel comportement d'acteurs censés faire fonctionner la démocratie dans le faits, appartenant à des partis politiques ayant exprimé de positionnement clair et certaines proclamations de foi idéologiques, pas nécessairement au sens classique gauche droite que nous connaissons, ne pourrait que poser d'interrogations et ne s'expliquer qu'en partie, que les adhésions aux partis se seraient faites en fonction de la richesse de ces derniers, de copinage et des liens régionaux et/ou familiaux. Pareil comportement, si l'on n'y prenait garde ferait que la démocratie en RDC n'est pas à l'abri de dévoiement possible.

Quant au comportement de l'exécutif majoritaire à agir dans certains actes sans se soucier du contrôle parlementaire a posteriori et/ou en faciliter l'annonce a priori, comme dans les deux cas du massacre du Bas-Congo ou de l'occupation du territoire de KAHEMBA par les troupes angolaises n'est pas fait pour aider à une bonne lecture de la pratique démocratique en RDC.

Une constitution expressément décentralisée encadrerait normalement la gestion démocratique de la RDC. L 'importance accordée au Ministre de l'intérieur et en charge de la décentralisation demeure une curiosité, dans la mesure où la constitution congolaise est née décentralisée.

Moi qui ai participé à des séminaires à l'Université de Poitiers pour apprendre la mise en place de la décentralisation en France, j'ai observé que l'existence d'un Ministère de l'Intérieur et de la Décentralisation s'imposait en France, dans la mesure où la Constitution de la Vème République était jacobine et centralisée et qu'il fallait préparer d'abord une révision constitutionnelle, pour y inscrire le volet de la décentralisation et en faciliter l'élaboration de lois des « Libertés des collectivités locales » et celles des « Transferts des Compétences ». D'ailleurs, une fois le travail accompli, le Ministère de la Décentralisation disparaissait en France.

L'on nous explique que le constitutionnaliste congolais avait envoyé expressément ce volet pratique de la décentralisation au parlement élu démocratiquement. Surprenante perte du temps et surprenant aussi que cette sagesse n'ait été de mise lors de l'élaboration de la lois sur la nationalité congolaise par les parlementaires de la transition lesquels s'étaient appliqués avec détermination, à déchoir de leur nationalité d'origine, les Congolais ayant acquis une nationalité étrangère, sans se soucier du statut qu'accordent les pays d'origines des étrangers naturalisés Congolais. Et, surtout, sans faire cas des supplications lancées par les Congolais de la diaspora de renvoyer la « loi sur la nation alité » au parlement élu démocratiquement, c'est-à-dire, l'actuel.

Or, contrairement à la Constitution de la Vè République française, notre Constitution à nous est d'essence et de naissance décentralisée où tout en principe aurait dû être fait pour que dès la mise en place des institutions provinciales (Assemblée et l'exécutif), la décentralisation se mettait en route.

Cependant, quand on apprend que les 40 % des recettes à prélever à la source par les Provinces seraient ramenées à 20 %, même provisoirement, l'on ne peut que comprendre a posteriori les motivations des parlementaires et de l'exécutif de la transition du système « 1+4 » et, ainsi l'on ne peut empêcher un observateur de craindre la reprise en mains, par grignotage, avant même leur fonctionnement, des appareils décentralisés par l'Etat central.

Cette crainte n'est pas d'ailleurs passée inaperçue aux yeux des Assemblées provinciales.

L'on peut facilement fantasmer sans apporter des preuves ou se cacher sans se faire prendre les mains dans le sac, sur des tricheries et des fraudes électorales, mais il dévient difficile de le faire avec une Constitution démocratique scrupuleusement respectée par les citoyens et les dirigeants et sévèrement contrôlée par les organes ad hoc.

Et toutes fraudes et tricheries ou toutes libéralités répétitives sur la constitution, ailleurs et pour d'autres raisons, on les a appelées « coups d'Etat permanents ».

Quant au « coup d'Etat permanent », il ne peut se faire, au finish, qu'au profit d'une seule personne, celle qui tient les rênes de la République au sommet. Et en Afrique en général et la RDC ne faisant pas exception en la matière, aucune démocratie naissante ou renaissante n'est à l'abri de toute dérive autocratique.

La RDC , quoi qu'on en dise a toujours eu des constitutions démocratiques bien élaborées avec des organes ad hoc, Parlement élu, une justice digne d'un Etat de droit, la tête de l'exécutif élue au suffrage universel direct, des organes de contrôle démocratique qui vont bien avec. La Constitution de la IIIè République ne pèche donc pas en la matière, du moins sur le papier.

Cependant, dans notre pays, rarement constitution aura résisté aux conflits des pouvoirs et aux dérives autocratiques des individus pour en faire un habit taillé à leurs mesures.

Ainsi, la situation en RDC, malgré le progrès qu'on serait en droit d'attendre , grâce aux dernières élections, resterait finalement tributaire du comportement des acteurs, dans un paysage politique bipolarisé par une logique , d'un côté « un vainqueur qui prend tout » et qui veut décider de tout jusqu'à écorner les dispositions constitutionnelles et de l'autre côté, une opposition n'obéissant qu'à la logique de tendre systématiquement les embûches à la majorité quand lui échappe la possibilité d'une union nationale de gestion commune du pays, comme à l'habitude !

Qu'à cela ne tienne, une expression « néologiste » serait en train d'occuper les sites congolais, c'est la « DEMOCRATURE » où le Congolais s'interrogerait s'il serait maintenant, à la fois en démocratie et en dictature ?

Ce qui signifierait qu'avec un peuple doté d'une aussi fertilité imaginative, tout n'est pas encore totalement perdu, si d'un côté les parlementaires congolais remplissent leur rôle des premiers élus démocratiques depuis 40 ans et si de l'autre côté les provinces s'accrochent aux libertés et aux compétences que leur confère la constitution décentralisée et l'Etat central à garantir ces libertés, ainsi que dans les cadre de ses fonctions régaliennes, la sécurité des personnes, des biens, du pays et de son intégrité territoriale .

C'est à ces conditions qu'en RDC l'on pourrait sauver la DEMOCRATIE et éviter d'éventuelles dérives AUTOCRATIQUES.

En ligne sur CONGO VISION et périodiquement dans le Trimestriel « NGONGA EBETI », j'ai l'habitude de terminer parfois mes éditoriaux par cette observation :

- L'on dit souvent que les peuples ont les dirigeants qu'ils méritent, mais il serait temps en RDC, que les Dirigeants congolais méritent le PEUPLE CONGOLAIS.

Car, en fait, ce peuple, aux dernières échéances électorales a été d'une maturité politique indéniable.

Que vive le peuple congolais, que vive la République Démocratique du Congo.

Je vous remercie de votre attention. 

Albert KISUKIDI

Paris, le 1 er juillet 2007

Congo Vision


 

 
 
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