Quid de la nomination des mandataires des entreprises publiques ! En RDC, craint-on le ridicule ?
L'annonce par le gouvernement d'une procédure scrupuleuse pour la sélection des mandataires des entreprises publiques a suscité d'énormes espoirs dans le chef de la population congolaise. Cela d'autant plus que le gouvernement congolais, par la ministre du portefeuille, Madame Jeannine Mabunda, a pris l'audacieuse option de vouloir moderniser le secteur des entreprises publiques.
L'implication du Comité de pilotage pour la réforme des entreprises publiques (COPIREP) mis en place par le gouvernement ainsi que le cadre retenu pour ce test (l'Université Protestante du Congo) ont eu l'effet de crédibiliser ce processus. Que plus de 6.000 candidats enregistrés initialement soient soumis à un test de sélection démontrait une démarcation radicale avec les vieilles méthodes de la deuxième république fondées sur le tribalisme, le régionalisme, le népotisme, le clientélisme, le trafic d'influence, etc. Le peuple congolais a cru peut-être naïvement voir une rupture avec un passé assez récent où les alliances politiques, les affinités ethniques, claniques, linguistiques, régionalistes… régnaient en maître.
A en croire les messages publiés par la presse nationale, la ministre du portefeuille a juré de respecter un certain profil de mandataires basé sur la probité morale, les aptitudes scientifiques et techniques, les capacités intellectuelles, l'expérience démontrée, et la connaissance de modes de gestion des entreprises. Car il est ici question de placer l'homme qu'il faut à la place qu'il faut.
Mais seulement voilà ! A la lecture des noms des heureux nominés, on se rend vite compte que le président de la république, le premier ministre, et la ministre du portefeuille viennent de louper l'occasion de prouver au peuple c ongolais que le changement de mentalités dont ils parlent n'est pas un simple creux slogan pour le gouvernement. Mais qu'il est plutôt question d'un mode de vie caractéristique de la troisième république qui la différencierait positivement de trois décennies de la mégestion chronique de la deuxième république.
Sinon, comment expliquer que beaucoup de nominés ne soient pas à leur place ? Est-ce l'occasion de se remplir les poches ? Est-ce l'occasion de placer les siens pour préparer les échéances électorales futures ? Ou c'est tout simplement une réintroduction de tares des anciens régimes ?
En effet , comment par exemple expliquer le fait que Eugène Serufuli, ancien gouverneur du Nord-Kivu pendant la rébellion conduite par le mouvement politico-militaire, le RCD-Goma, et pendant la transition post- Dialogue Inter congolais , a été nommé président du Conseil d'administration de la Société Nationale d'Electricité (SNEL).
D'après les récits biographiques cités par la presse, Eugène Serufuli serait un infirmier de formation. L'entreprise qu'il est appelé à gérer connaît d'énormes difficultés sur le plan opérationnel. Nous n'ayons aucun doute sur ses compétences en art et pratiques infirmières mais la SNEL n'a-t-elle pas besoin , en ce moment précis, d'un technocrate, d'un stratège, d'un concepteur qui maîtrise les mécanismes de fonctionnement d'une compagnie hautement technique sensée approvisionner le territoire national en courant électrique ? Peut-on nous faire croire qu'au sein de la SNEL, à l'intérieur du pays comme dans la diaspora, il n'y a pas un meilleur candidat avec le savoir et l'expérience requise pour présider à la tête d'une telle compagnie ? Eugène Serufuli a-t-il participé au test de recrutement ? Si oui, a-t-il réussi mieux que les autres candidats ?
Qui plus est, Eugène Serufuli est un ancien collaborateur de Nkunda Batware. Ne serait-il pas capable de saboter le circuit d'électricité de Goma et de Bukavu pour aider son collaborateur Nkunda à occuper militairement ces villes en cas de besoin ? On a encore le souvenir frais du sabotage de la Centrale Hydro-Electrique d'Inga dont ont été victimes la ville de Kinshasa et ses environs lors de la mésaventure de Kabarebe, des ougandais et des rwandais pour s'emparer du pouvoir au Congo, une mésaventure qui a coûté la vie aux milliers d'innocents enfants, femmes et hommes congolais. A-t-on projeté les conséquences de la possibilité d'un sabotage du circuit électrique de Goma et de Bukavu ?
Bien plus, La troisième république semble décidément encrée dans la politique d'encourager l'impunité. Plutôt que de sanctionner l'avocat Kisimba Ngoy Honorius pour s'être discrédité dans le dossier du ministre fictif Kasongo, on le récompense en le bombardant au poste de président du conseil d'administration de l'OGEDEP, Office de G estion de la D ette P ublique. Tout comme le fameux ministre qui a fait chicoter les journalistes et s'est vu accorder un autre poste ministériel ! Quel enseignement doit-on tirer de cette impunité ? Quel type de modernisation de l'OGEDEP la ministre Jeannine Mabunda attend d'un Kisimba Ngoy Honorius malhonnête? A l'allure où vont les choses, l'on ne sera pas du tout étonné qu'un jour le grand rebelle Nkunda soit non seulement amnistié, mais aussi et surtout hissé à la tête de l'Armée nationale congolaise ! Quel enseignement doit-on tirer de cette impunité ?
Aussi, ce pays n'a-t-il vraiment pas d'autres fils dignes que des acteurs politiques tels que Banza Mukalay, Henri Mova Sakanyi, Benjamin Mukulungu, Diambwana Nestor ,… ?
Et que dire du sénateur Kakudji Gaëtan Emmanuel nommé administrateur de la Régie des Voies Aériennes? Soyons sérieux, madame la ministre ! Où sont passés les notions de séparation de pouvoirs, de l'indépendance organique et fonctionnelle des institutions, de conflit d'intérêts, etc.?
La ministre du portefeuille entend-t-elle serieusement vouloir révolutionner ou moderniser la RVA avec le sénateur Kakudji Gaëtan ! Savez-vous combien de Congolais spécialistes en aviation aérienne il y a au pays, ou à travers le monde , qui ont l'expérience requise et le savoir nécessaire pour aider la RVA ? Au fait, n'y a-t-il pas un conflit d'intérêts entre la fonction de sénateur et celle d'administrateur d'une entreprise ? Comment un sénateur-administrateur pourra-t-il enquêter honnêtement et efficacement sur cette entreprise ?
Qu'on se le dise, le chef de l'état a fait un mauvais usage de son pouvoir discrétionnaire pour désigner qui il voulait aux postes dits « passifs ». Les affinités politiques semblent avoir prévalu sur les capacités techniques et intellectuelles, et l'équilibre géopolitique a été largement bafouée. Organiser un cirque de tests avec pompe simplement pour manipuler l'opinion nationale et internationale est une grave insulte à notre peuple. Au Congo, on est encore loin de la culture méritocratique ! La notion managériale de l'homme qu'il faut à la place qu'il faut demeure une illusion.