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La démocratie en déroute au Congo-Kinshasa !

Les dernières élections dites démocratiques étaient sensées conduire notre pays vers la démocratie, comme système idéal de bonne gouvernance. Les changements sociopolitiques et géostratégiques intervenus dans ce pays depuis la guerre de l'AFDL devraient rendre caduque le clivage pouvoir-opposition dans le paysage politique congolais.

Que constatons-nous ? Nous constatons qu' à chaque fois qu'il y a un grand rendez-vous avec l'histoire, le comportement d'une frange de la classe politique congolaise tend plus à s'ériger en « opposants » du pouvoir en lieu et place d'émettre des critiques constructives pour sortir le pays de sa gestion décadente héritée de donneurs actuels des leçons dans le cadre d'une opposition démocratique.

Nous remarquons dans le vocable de la classe politique l'usage littéral des termes tels que « l'opposition » ou « la majorité ». Dans un système démocratique, ces termes devraient constituer une réelle dynamique de la gestion du pouvoir, où la majorité gouverne et où la minorité surveille et contrôle la gestion du pouvoir par la majorité. Malheureusement, dans notre pays nous remarquons que pour chaque grand dossier, ceux qui se disent de l'opposition usent de leur position pour sortir du politique et s'installer dans la politique comme « opposants » de tout ce qui est du « gouvernement ». Cette frange de la classe politique congolaise aime s'éloigner du politique, qui est l'ensemble des structures sociales, des concepts, et des principes qui organisent la vie de la Cité, d'un Etat. Cette classe politique aime s'enfoncer dans la politique, qui est l'ensemble des habilités nécessaires au bon fonctionnement du système politique dans lequel on vient s'inscrire. Même dans leur zèle de s'enfoncer dans la politique, cette classe politique oublie tout simplement d'agir comme hommes d'Etat. Car un homme d'Etat est sensé avoir des qualités qui s'articulent entre le pouvoir du politique, le savoir et les savoir-faire de la politique. Il n'est pas surprenant de voir cette classe politique vilipender a la longueur de la journée, le Premier ministre Antoine Gizenga, qui, pour eux, a été leur bête noire, dans leur quête d'accéder au pouvoir suprême a travers le MLC de Jean Pierre Bemba. Personne n'oublie que leur stratégie électorale s'était articulé autour du slogan : «Tout Sauf Kabila». Comme leur objectif n'était pas atteint, ils choisissent d'user de leurs positions au sein du Parlement pour des attaques personnelles envers Antoine Gizenga.

Alors que dans le cadre démocratique, la politique ne devait être autre que l'art de savoir prendre les bonnes décisions et de faire voter les bonnes lois dans l'intérêt de l'État et de tous les citoyens, notre frange de la classe politique ne se sent pas obligé de représenter effectivement les intérêts des districts qui les ont élus pour les représenter au parlement national.

La politique au Congo-Kinshasa devrait s'articuler harmonieusement au politique si l'homme d'Etat Congolais pouvait définir d'une façon harmonieuse ce qui maintient la collectivité (ou l'Etat) dans sa cohérence et de ce qui permet à cette collectivité (ou Etat) d'agir et d'avoir du pouvoir sur elle-même. Ainsi par exemple, l'acharnement contre le gouvernement Gizenga remanié n'allait avoir aucune raison d'être s'il y avait une loi promulguée par le Parlement qui mandaterait le Premier Ministre de proposer les ministres au Président qui, à son tour, enverrait les nominés au Parlement (Chambre Haute) pour confirmation dans leurs postes. Ainsi faisant, les têtes bien faites nominées par la majorité au pouvoir représenteraient les intérêts du peuple au sein du Gouvernement. C'est donc l'art de faire voter des bonnes lois qui fait défaut dans le chef de la classe politique dans notre pays. Par conséquent, la frange de la classe politique de l'Opposition, tout en étant au pouvoir, a l'illusion d'être exclu de la gestion de la chose publique. Cette illusion se traduit en frustration telle que celle présentée par le professeur Lunda Bululu dans son intervention à la radio RFI quand il dit que « le gouvernement Gizenga remanié ne fera pas mieux car notre Mathusalem politique ne semble pas avoir en mains tous les atouts pour animer un gouvernement ». Ce que le professeur Bululu oublie, ce qu'il est au Senat, non pas pour faire des critiques acerbes mais plutôt pour dénicher les carences juridiques dans la gestion du pouvoir et les combler en légiférant.

C'est aussi le cas du Secrétaire General du MLC, M. François Mwamba et toute sa bande composée de Kiakwama Kia Kizitu et autres. En lieu et place de rejeter le budget du gouvernement Gizenga pour l'année fiscale 2008, la bande à « UN » devrait en principe offrir les amendements si pas un budget alternatif, qui cadrerait avec la philosophie politique de la minorité (dit Opposition) au pouvoir. Il n'est un secret pour personne que tous ceux qui se disent dans l'Opposition sont en fait au pouvoir. Ils sont simplement en minorité pour la gestion commune du pouvoir pendant les cinq ans du mandat actuel. Malgré qu'ils sont en minorité, ces parlementaires sont sensés légiférer afin d'imprimer leurs apports à la reconstruction de leurs districts électoraux et partant à celle de la nation toute entière. Ces apports devraient en principe être reflétés dans le budget national. C'est ainsi que beaucoup des analystes de la politique du Congo pensent, à tord ou à raison, que l'agitation que fait montre la minorité au pouvoir (l'Opposition) est plus due au fait que la main ne leur a pas été tendue pour faire partie du gouvernement Gizenga II. La question est de savoir pourquoi cette frange de la classe politique s'acharne à entrer dans un gouvernement dont le crédit de la reconstruction du pays ira à la majorité au pouvoir à la fin de son mandat ? Y a-t-il donc anguille sous roche ? Ou simplement, est ce le fait d'avoir fonctionné pendant longtemps sous une « culture » politique corrompue, qui agite et retarde le changement de mentalité dans le chef de cette frange de la classe politique ?

Certes, ce manque de changement de mentalité est à l'origine du manque de savoir et savoirs faire qui prend notre pays en otage permanent. Cette façon de se comporter n'est pas limitée à la minorité au pouvoir. Il y a également une frange de la majorité au pouvoir qui baigne dans la même léthargie de la gestion du pouvoir. L'immobilisme dont est accusé le gouvernement n'est qu'une résultante de cet imbroglio politique due aux multiplicités de centres de prises des décisions rendant incohérente l'action gouvernementale. Il y a difficulté manifeste de se départir des comportements de la vieille époque mobutiste où les politiciens usant de leur position d'influence s'immisçaient dans la gestion journalière de la chose publique aux conséquences néfastes que notre pays ressent jusqu' à ce jour.

Que faire ? Nous savons que l''action politique ne s'improvise pas. La classe politique Congolaise doit se ressaisir pour mettre l'intérêt du peuple Congolais au dessus de leurs intérêts personnels. La première action doit être celle de sauver la démocratie qui est en déroute en définissant clairement ses principes fondamentaux. Ceci ne peut se faire qu'en tenant compte de ce que le peuple Congolais veut. Ce peuple veut  vivre dans un pays souverain et démocratique; un Congo uni, indivisible, debout et fière de sa diversité culturelle et ses valeurs et trouvant en lui-même les ressources spirituelles et matérielles pour aborder l'avenir. Le Congo veut être de nouveau une Nation. Une nation qui vit en paix avec nos voisins sans perdre pour cela notre âme. Le Congo veut vivre dans une Démocratie basée sur la responsabilité de chacun à l'égard de tous.

Pourquoi ? Parce qu'à l'allure où vont les choses, il y a beaucoup des risques qui se manifestent déjà avec l'effondrement du sens des responsabilités, le manque du sens civique et de la solidarité, retour du tribalisme et des conflits ethniques, et la persistance de la guerre économique qui pourrait déboucher, par réaction, à un retour au totalitarisme oligarchique dans notre pays. Personne n'oublie les dossiers Bundu-dia-Kongo et Kahemba ou le crash de Kingasani ou le cas Nkundabatware. Notre pays n'a jamais été dans un état aussi précaire qu'il se trouve aujourd'hui. L'espoir du peuple se moue en désespoir chaque jour qui passe et si l'on ni prend garde, la déroute de la démocratie sera totale. Il est un fait que la démocratie ne peut pas se construire d'une façon efficace dans un pays où la majorité de son peuple baigne dans la pauvreté totale. L'économie ne peut pas être redressée si une grande partie du territoire national n'est pas sous contrôle de l'Etat. Le recouvrement de la paix et la réunification des familles déplacées à l'Est devraient être le souci primaire du Parlement et du Gouvernement.

Le peuple Congolais est politiquement aguerri. Le comportement d'une frange de la classe politique de l'Opposition prouve bien à ce peuple où résident les intérêts de ceux l à même qui les représentent. La souveraineté populaire ne peut pas exister sans une nation ; par conséquent, une démocratie sans nation est un non-sens. Il faut que notre république retrouve sa souveraineté sans laquelle le théâtre politique continuera à faire de notre pays une république bananière. Nous ne pouvons conseiller à notre classe politique toute entière que de sauver d'abord la République et de revenir à vos vieilles querelles sous la bannière d'une république réellement démocratique au Congo-Kinshasa.

Dr. Claver Lumana Pashi
Pashil@aol.com
Cincinnati, Ohio USA

Le 5/12/2007

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