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Problématique de la tenue d'une conférence sur la paix au Nord-Kivu et au Sud-Kivu dans un contexte de statu quo militaire

I. Introduction

La République Démocratique du Congo organise du 6 au 14 janvier 2008 à Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, une conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Convoquée à l'initiative du président de la République Joseph Kabila, cette conférence intervient dans un contexte militaire pour le moins complexe.

Il nous est un devoir patriotique de réfléchir sur l'utilité et/ou l'inutilité d'une telle conférence en ce moment critique de l'histoire de notre pays. Notre réflexion portera sept volets. Le premier volet tentera d'esquisser l'utilité d'une telle conférence. Contrairement au premier volet, le second établira, quant à lui, l'inutilité de ladite conférence. Le troisième volet tentera de répondre à la question de savoir: qui est Nkunda Mihigo ? Complétant cette question, le quatrième volet répondra à la question de savoir: que veut Nkunda Mihigo ? Le cinquième volet abordera le rôle de la MONUC dans ce statu quo militaire au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Le sixième volet se penchera sur un petit examen critique des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). Le dernier volet de notre communication proposera quelques recommandations concrètes aux autorités Congolaises pour mettre définitivement et une fois pour toute un terme à la crise et à l'insécurité qui ont élu domicile dans le Grand Kivu.

II. De l'Utilité de cette Conférence.

Depuis la première invasion de la République Démocratique du Congo, alors Zaïre, en octobre 1996, jusqu'à ces jours, le président ougandais, Yoweri Kaguta Museveni et son homologue Rwandais, Paul Kagame, ont toujours clamé haut et fort qu'ils avaient déployé leurs troupes, loin à l'intérieur des territoires Congolais, pour de raisons de sécurité. 

Par raisons de sécurité, ces deux chefs d'état, anciens chefs militaires ont toujours fait allusion aux rebelles ougandais rassemblés au sein de "Allied Democratic Forces" (ADF), aux maquisards de l'ex-Forces Armées Rwandaises (FAR), aux Interhamwes qui ont largement contribué au génocide rwandais de 1994, et aux rebelles Burundais rassemblés dans le Conseil National Pour la Défense de la Démocratie, et Forces pour la Défense de la Démocratie, NCDD–FDD).  

D'après Museveni et Kagame, tous ces groupes armés utilisaient et continuent d'utiliser le territoire Congolais comme leur base arrière pour militairement déstabiliser l'Ouganda, le Rwanda, et le Burundi. A cette raison, le président rwandais, Paul Kagame, le RCD-Goma de Mrs Azarias Ruberwa, Moise Nyrungambo, et Bizimana Karahamweto (le mouvement pro-rwandais), et le CNDP de Nkunda Batware Mihigo viennent d'ajouter une nouvelle trouvaille: la protection des "Banyamulenge" (c-à-d Tutsi vivant au Congo) menacés d'extermination et/ou d'un second Génocide ! 

La validation de la thèse de « raisons de sécurité » de l'Ouganda, du Rwanda, et du Burundi; doublée de celle dite " de la protection des minorités Tutsi vivant au Congo menacées d'extermination, ou du second génocide ", a jusque là contribué à l'holocauste de plus de 4 millions d'innocents Congolais, généré le déplacement de plus de 2 millions, et a mis en péril la vie de plus de 16 millions de paisibles citoyens Congolais. Et cela sans compter d'innombrables cas de vol, viol, pillage, etc.

Quatre millions d'innocents Congolais tués ! Toutes proportions gardées, ce chiffre est 8 fois plus élevé que celui du génocide rwandais de 1994. Un génocide qui du reste risque de se reproduire à grande échelle tant que le Tribunal Pénal International sur le Rwanda basé à Arusha, en Tanzanie, évitera et/ou refusera de clarifier la responsabilité et/ou la non responsabilité directe et/ou indirecte du président ougandais, Yoweri Kaguta Museveni; et son cousin germain, le président Rwandais, Paul Kagamé, audit génocide; et tant que ce tribunal sera incapable de procéder aux "enquêtes spéciales" pour mettre en lumière les massacres commis par les soldats du Front Patriotique Rwandais dirigé par l'actuel président rwandais Paul Kagamé.

Comme la République Démocratique du Congo ne dispose pas encore d'une armée dissuasive digne de son nom, la diplomatie demeure la seule arme de choix, et l'unique option réaliste dont le peuple congolais dispose pour défendre la souveraineté, l'intégrité territoriale, et l'indépendance politique de leur pays.

C'est sous cet angle qu'il faut situer et comprendre la signature de l'Accord Global et Inclusif, de l'accord de paix entre le Congo et le Rwanda, signé à Pretoria, en Afrique du Sud, le 30 juillet 2002, de l'accord de Paix entre le Congo et l'Ouganda au Luanda, en Angola, le 06 septembre 2002, la conclusion, sous l'égide des Etats-Unis, en août dernier, de l'accord tripartite entre le Rwanda, l'Ouganda et le Congo, la mise en place des mécanismes conjoints de vérification signés par le Congo et le Rwanda le 22 septembre 2004 à New York, la signature de l'accord de paix entre 11 chefs d'Etats de la région, le 20 novembre 2004, à Dar es -Salaam, en Tanzanie, sous l'égide de l'ONU, ainsi que toute une litanie d'autres traités et/ou accords de paix et stabilité politique signés par les autorités congolaises.

La MONUC et le CIAT, structures militaires et diplomatiques, dont la Communauté internationale a adjoint au Congo, pour y assurer son administration, ont été mis sur pied pour palier à la défaillance militaire congolaise, et ainsi, s'assurer que les efforts diplomatiques entrepris jusque là produisent des effets escomptés.

La paix et la stabilité politique relativement louables dont 9 des 11 Provinces que compte le Congo-Kinshasa jouissent sont en partie attribuable à la présence de la Monuc et du CIAT au Congo. Nous le disons en partie parce que si cette paix et cette stabilité politique étaient entièrement liées à la présence de la MONUC et du CIAT, l e Nord-Kivu et le Sud-Kivu seraient les provinces les plus stables du Congo. Car, c'est dans ces deux provinces où est déployé le gros lot de 16,661 troupes de la MONUC, de ses 735 observateurs militaires, de ses 1,011 unités de police, de ses 931 personnels civils internationaux, et ses 2,062 personnels civils locaux et ses 585 Volontaires.

Tel n'est, cependant, pas le cas. Mais pourquoi ? Parce que, contrairement aux autres provinces du Congo, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu demeurent les cibles privilégiées des ambitions territoriales, économiques, et hégémoniques des extrémistes Tutsi et leurs commanditaires.

Bien plus, contrairement aux autres provinces du Congo qui ne partagent pas de frontières communes avec l'Ouganda, le Rwanda, et le Burundi, la proximité du Nord-Kivu et du Sud-Kivu à ces pays fait que lesdites provinces ne connaîtront pas facilement de paix et de stabilité politique relatives dont jouissent d'autres provinces du Congo. Dans la mesure où cette proximité, non seulement minimise sensiblement les coûts des excursions militaires Ougando-Rwando-Burundaises, mais aussi et surtout, facilite les mouvements de leurs troupes . De l'analyse de ces deux raisons émerge l'inutilité de cette conférence en ce moment-ci.

III. De l'Inutilité de cette Conférence

Comme toutes les conférences qui l'ont précédé, celle –ci risque, elle aussi, de tomber dans le piège de la validation des thèses erronées des raisons de sécurité de l'Ouganda, du Rwanda, et du Burundi; Et la protection des minorités Tutsi vivant au Congo menacées d'extermination.

Ceci parce que, comme nous n'avons jamais cessé de le répéter: l'objectif visé par les commanditaires de deux guerres d 'invasion et d'occupation dont le Congo est victime depuis octobre 1996, via les deux dictateurs de la région de Grands Lacs qu'ils utilisent, entendu: Yoweri Kaguta Museveni, le président de l'Ouganda, et Paul Kagame, le président du Rwanda, n'était autre que celui d'obtenir la balkanisation/la kosovisation et/ou le démembrement du Congo-Kinshasa.

Bien que les acteurs du conflit Congolais n'aient jamais eu le courage et l'honnêteté de le reconnaitre froidement et officiellement, c'est pourtant la balkanisation du Congo qui est la vraie raison d'interminables conflits dans le Kivu. La balkanisation, la yougoslavisation, et/ou la Kosovisation du Congo-Kinshasa: telles sont les vraies raisons, la motivation réelle de la tenue de la litanie de conférences, accords et/ou traités de paix ci-haut énumérés.

Ainsi, pendant que Museveni excelle dans les ruses visant à abuser et à utiliser les Hema pour obtenir la sécession et l'incorporation de la Sous-région de l'Ituri à l'Ouganda; Kagamé, lui, s'illustre dans les ruses visant à abuser et à utiliser les Banyamulenge pour provoquer la sécession et l'incorporation du Nord-Kivu, Sud-Kivu et le Maniema au petit Rwanda.

M. Herman Cohen, ancien sous-secrétaire d'Etat américain chargé de l'Afrique, avait abond é dans le même sens lorsqu'il avait stigmatisé que: Rwanda is waging "a war by proxy," wants Kivus for itself (http://www.newcongo.net/EditorChoiceDRC101502.html). Bien avant Herman Cohen, Ray Ellen, avait déjà éveill é nos consciences lorsqu'il nous faisait observer que:

“Most recently the Times, while never openly endorsing partition, has lauded the "relative stability" of the current division of Congo and has opined that the main mission of the U.N. peacekeeping force will be to “provide security in relatively stable zones”. It is not unlikely that the boundaries of a two-Congo Africa have already been set-imposed yet again by the western powers (see, Ray Ellen, “U.S. Military and Corporate Recolonization of the Congo ”, Covert Action Quarterly, Spring / Summer 2000).

Selon Ray, le jeu que joue et/ou devra jouer le UN peacekeeping force dans cette entreprise macabre de la balkanisation de Congo-Kinshasa est de: “ Provide security in relatively stable zones .”

Parallèlement aux propos de Ray Ellen , qui n'est pas au courant des ambitions visant le dépeçage du Congo-Kinshasa, avancées par Kagame dans l'interview qu'il avait accordée à Los Angeles Times le dimanche 18 mars 2001? En guise de rappel, voici comment Kagame répondait aux questions lui posées par Robin Wright, journaliste à Los Angeles Times, le dimanche 18 mars 2001.

Question : " Central Africa is facing the most serious set of crises since the European colonial rulers in the 1960s, problems underscored by the assassination in January of President Laurent Kabila. Congo has armies from five nations occupying its land. Will it ever be controlled by one government again?"

Kagame's Answer : "May be one government, one man sitting in Kinshasa , does not fully address the problems of people who are living in a huge country with the poorest infrastructure on the continent. May be the Congo would be better off with a federal government, with some provinces having some autonomy to govern themselves, rather than always tying them to the central government in Kinshasa. [ But for the moment ] it's one country, at least in terms of geographic interpretation, [ and ] the countries that are in the Congo have not claimed any piece of territory."

Question : "How important is it for the rest of Africa to keep Congo together?"

Kagame's Answer : " Rwanda today is different from what it was 100 years ago. It used to be bigger than it is. It was dismembered and nothing happened."

La deuxième réponse de M. Kagame met, si besoin était, en lumière son intention manifeste de procéder à la balkanisation de Congo-Kinshasa. D'après Kagame, comme il y a 100 ans, l'on avait démembré le Rwanda, et rien ne s'était passé; Aujourd'hui, l'on peut aussi démembrer le Congo-Kinshasa, et rien ne se passera.

En plus de l'interview de M. Kagame , qui n'est pas au courant des revendications du gouvernement Rwandais visant la convocation d'une deuxième conférence de Berlin pour réviser les frontières du Rwanda d'avec celles du Congo-Kinshasa avec l'intention manifeste d'incorporer, une partie et/ou la totalité du Nord Kivu, du Sud Kivu, et du Maniema au petit Rwanda?

Le RCD/Goma d'Azarias Ruberwa, Moise Nyarungabo, et Bizimana Karahamweto, et la rébellion dirigée par le " général " déchu nommé Nkunda Batware sont tous des instruments montés de toutes pièces par le président rwandais Paul Kagamé et les siens pour atteindre cet objectif.

Ainsi, au lieu de continuer de se laisser infiniment distraire par des thèses erronées de raisons de sécurité de l'Ouganda, du Rwanda, et du Burundi; et de la protection des minorités Tutsi menacées d'extermination, cette conférence devra poser la problématique de la paix, la sécurité et le développement du Nord-Kivu et le Sud-Kivu en termes des ambitions territoriales, économiques, et hégémoniques des extrémistes Tutsi au pouvoir au Rwanda et leurs commanditaires. Faute de quoi, les Congolais auront du mal à étendre l'autorité de l'Etat sur le Nord-Kivu et Sud-Kivu.

En d'autres termes, peu importe l'organisation de centaines ou de milliers de tables rondes et de conférences; peu importe la tenue des élections libres, démocratiques, et transparentes; Il n'y aura jamais de paix durable dans l'Est du Congo tant que le gouvernement congolais ne sera pas en mesure de poser la problématique de la paix, la sécurité et le développement du Nord-Kivu et le Sud-Kivu en termes des ambitions territoriales, économiques, et hégémoniques des extrémistes Tutsi et leurs commanditaires; Et par delà, identifier, arrêter, traduire en justice, et neutraliser les espions et/ou agents de Museveni et Kagamé qui opèrent à ciel ouvert au Congo pour obtenir sa partition de fait. Nkunda Mihigo doit donc être arrêté, traduit en justice, et neutralisé.

IV. Qui est Nkunda Batware Mihigo?


Nkunda en tenue de l'armée rwandaise

De son vrai nom Mihigo, ce rebelle est un ancien officier de l'armée rwandaise, membre du Front Patriotique Rwandais (FPR) vers le début des années 1990. Mihigo a vécu au Rwanda, en Ouganda et en République Démocratique du Congo avant de rejoindre le FPR de Paul Kagamé. Il a combattu aux côtés du président Kagamé au Rwanda et a donc contribué au génocide qui a eu lieu dans ce pays. Il a ensuite été membre de l'armée patriotique rwandaise de 1994 jusqu'au moment où il a été envoyé au Congo en compagnie de son compatriote James Kabarebe pour d'abord expulser les extrémistes Hutus rwandais de l'Est du Congo et ensuite chasser le président Mobutu du pouvoir au profit du président Laurent Désiré Kabila.

Comme l'ancien vice-président Asarias Ruberwa, ce rwandais avait brièvement séjourné au Congo où il avait fait quelques études. Il est étonnant que même la presse congolaise le présente comme " Tutsi congolais " . Tout le monde qui a connu ce monsieur au Rwanda sait qu'il est rwandais. Et il reconnaît lui-même qu'il était un ancien officier de l'armée patriotique rwandaise. Le président Kagamé l'a utilisé pour appuyer la rébellion contre le président Laurent Désiré Kabila qui a débuté le 2 août 1998. Il a ainsi fait partie de la branche armée du RCD-Goma.

Au profit du dialogue inter-congolais, il a été intégré aux nouvelles Forces Armées de la République Démocratique du Congo. La nouvelle armée congolaise a naïvement recruté au nom de la réconciliation nationale plusieurs militaires rwandais qui avaient combattu pour le compte du RCD-Goma. Mihigo a non sans surprise refusé de faire partie d'une armée dans laquelle il ne se retrouvait pas. Etre basé à Kinshasa était hors de question pour lui.

Après la fin de la guerre en 2003 et pendant la période de transition à la troisième république, le Nord-Kivu était sous la direction militaire et politique du RCD-Goma. Le président Kagamé et le vice-président Ruberwa lui confirent la mission secrète d'organiser un mouvement d'insurrection au Nord-Kivu qui ferait pression au FDLR et qui conduirait éventuellement à la formation d'un Tutsiland au Congo.

En retirant ses troupes de la RDC, le Rwanda y a laissé plus de deux bataillons pour appuyer Mihigo. Depuis sa rébellion contre le gouvernement du Congo, le Rwanda lui envoie un appui militaire et logistique. Laurent Nkunda est donc une création du Rwanda.

Les Congolais se rappellent-ils que le président Laurent Désiré Kabila avait demandé à James Kabarebe de rester au Congo après le départ des troupes Rwandaises en 1998 et de prendre la nationalité congolaise ?

Si ce dernier avait accepté cette offre comme l'avaient fait Bizima Karahamweto et Moise Nyarungabo… aujourd'hui la presse locale et la presse internationale le présenteraient comme Tutsi congolais. Quelle naïveté ? Depuis 1996, il est devenu trop facile pour les rwandais de se faire passer pour des Congolais. Beaucoup de Rwandais du hier se font passer pour des Congolais aujourd'hui mais témoignent leur allégeance au gouvernement Rwandais. Nos sources rwandaises ont confirmé que Mihigo est rwandais à 100% même s'il s'attèle à insister qu'il est né dans le territoire de Rutshuru (sans préciser la ville ou le village).

V. Que veut Nkunda Mihigo?

L'agenda de Nkundabatware Mihigo n'est autre que celui du gouvernement rwandais. En effet, le gouvernement rwandais croit réussir dans sa mission d'instrumentaliser Nkunda Mihigo pour avoir par la voie des armes ce qu'il n'a pu avoir pendant les deux guerres d'invasion qu'il a menées en République Démocratique du Congo. Mihigo est donc un pion dont le rôle est de faciliter l'annexion d'une partie du Kivu au Rwanda. Les revendications de son mouvement le prouvent clairement.

Quelles sont ses revendications ? Que le gouvernement congolais renvoie tous les Hutus, y compris ceux des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) chez-eux au Rwanda.

L'ironie réside au fait que, depuis Octobre 1996 jusqu'à la fin de la formule 1+4; Paul Kagamé, via son RCD/Goma que dirigeait Azarias Ruberua, contrôlait tout l'est du Congo. Pendant ce temps, il pouvait totalement en finir avec les maquisards de l'ex-Forces Armées Rwandaises (FAR) et les Interhamwes. Il ne l'a pas fait. Au contraire, il faisait plutôt sortir les Interhamwes des prisons au Rwanda et les envoyait creuser du Coltan au Kivu.

Bien plus, alors que le CNDP exige le retour des Hutus rwandais vivant au Congo au Rwanda, ce mouvement rebelle désire voir rapatriés au Congo des réfugiés Tutsis qui se trouveraient au Rwanda, au Burundi, en Tanzanie, et en Ouganda! Quelle ironie ? Ce mouvement estime à 40.000 le nombre de ces Tutsis qui n'ont jamais été dénombrés par des organismes internationaux indépendants et crédibles! Mais ni ce mouvement ni son parrain le Rwanda ne donne le chiffre exact des refugies hutus rwandais au Congo ou à l'extérieur du Congo. Ils les assimilent tous aux interhamwes.

A travers la rébellion de Mihigo, le gouvernement rwandais actuel veut créer une colonie de peuplement et d'exploitation pour les Tutsis au Congo. Pire, il exige aussi que le gouvernement décentralise le pays. Ce qui, à la lumière de l'interview que Kagamé avait accordé à Los Angeles Times le dimanche 18 mars 2001, cache mal le désir d'une sécession pure et simple du Nord-Kivu, en faveur du Rwanda.

La tenue d'une telle conférence aurait de sens que si les rapports de force militaire étaient en faveur des FARDC. Car négocier en position de faiblesse exposerait le gouvernement aux compromis humiliants qui ne refléteront jamais la volonté du peuple congolais dans son ensemble. C'est ici que le rôle d'une forte diplomatie est plus que nécessaire. Le feu président Laurent Désiré Kabila a pu avoir l'appui militaire des pays du SADEC et du Tchad. Pourquoi le Congo est-il aujourd'hui incapable de se faire soutenir militairement par les pays Africains ?

On ne le dira jamais assez: la politique de la chaise vide n'a jamais payé . Le président congolais, Joseph Kabila Kabange, a commis des erreurs politiques monumentales en boycottant plusieurs rencontres de haut niveau, singulièrement celle tenue en Tanzanie, chapeautée par la Secrétaire d'Etat américain, Dr Condoleeza Rice. De ces erreurs aux conséquences incalculables, organiser maintenant une conférence après la perte de Mushake et autres territoires, et surtout, après la promesse par le chef de l'état de donner la chicotte au rebelle Nkunda, a tout l'air d'une capitulation de mauvais goût.

VI. Le rôle de la MONUC dans ce statu quo militaire

Le Conseil de Sécurité des Nations Unies a confié une mission claire à la MONUC. La MONUC a reçu mandat d' utiliser tous les moyens nécessaires « pour appuyer les brigades intégrées des FARDC en vue de désarmer les groupes armés étrangers et congolais récalcitrants ». De l'analyse des actes de la MONUC sur terrain, il s'avère plutôt que la MONUC joue un double jeu dangereux qui semble viser sans le savoir ni le vouloir peut-etre le maintien du statu quo en RDC. Et partant, elle favorise indirectement la balkanisation du Congo-Kinshasa à laquelle Ray Ellen faisait allusion dans son article “U.S. Military and Corporate Recolonization of the Congo”, Covert Action Quarterly, Spring/Summer 2000.

Le maintien du statu quo militaire a aussi l'avantage de sécuriser l'emploi des agents de la MONUC et de continuer à leur permettre d'exploiter illégalement les ressources minières du Congo. La rébellion du « général » déchu Nkunda paraît donc être une bonne aubaine pour eux.

Sinon, comment comprendre que les agents de la MONUC soient les premiers à donner les nouvelles du front aux organes de presse pour décourager les FARDC ? La MONUC qui est sensée appuyer les FARDC communique des informations sensibles aux médias dans le seul but inavoué de décourager moralement les FARDC. "Nous pouvons vous avouer que telle ville est déjà tombée" quand elle ne l'est pas encore, "Les FARDC ont évacué leurs positions… ", "Nous pouvons confirmer que les troupes de Nkunda ont repris les positions des FARDC… " A notre humble avis, ces déclarations sont en contradiction avec le rôle et la mission dévolus à la MONUC au Congo.

Comment la MONUC peut-elle expliquer aux Congolais qu'en dépit de sa logistique et de ses équipements de reconnaissance (night vision goggles, avions de reconnaissance, heat/motion detection sensors, aerial reconnaissance cameras, fixed and mobile satellite services, un système de navigation et de positionnement terrestre par satellite (SMNS), reconnaissance satellites, etc.), les troupes de Nkunda pouvaient avancer à Mushake sans se faire détecter, et lancer une "attaque surprise"?

La complicité de la MONUC est plus qu'évidente. Le silence de la MONUC sur l'avancée des troupes est une raison évidente de son double jeu. Au moment où elle prétendait offrir un soutien logistique et matériel aux FARDC, elle offrait l'intelligence tactique aux troupes de Nkunda pour rétablir l'équilibre. La MONUC garde un mutisme troublant sur les mouvements des troupes rwandaises et des civils rwandais recrutés par Nkunda aux frontières du Congo.

La MONUC déclare haut et fort qu'elle est prête à appuyer militairement les FARDC, mais continue à jouer à l'observateur. Et, les agents de la MONUC suivent plus les injonctions de leurs gouvernements que de l'ONU qui débourse mensuellement de milliards de dollars américains pour assurer leur payement ?

Ainsi, nous demandons aux étudiants Congolais et à toutes les forces vives de la nation de secouer sans violence la MONUC comme ils l'ont fait lorsque les troupes de Nkunda avaient investi la ville de Bukavu. Il faut un mouvement de masse pour marquer la désapprobation du peuple Congolais. Certains agents de la MONUC travaillent pour le Rwanda et les compagnies étrangères qui pillent le Congo. La MONUC ne cessera de prendre les Congolais pour des naïfs que lorsque qu'elle recevra de ceux-ci une grande pression chaque fois qu'elle se démarquera de sa mission.

Vu l'ampleur du désastre humanitaire au Nord-Kivu et au Sud-Kivu (plus de 800.000 de déplacés, ce qui est deux fois plus élevé qu'au Darfur), vu les cas de violence sexuelle perpétrée sur la population civile, vu les atrocités commises sur la population civile, l'on se demande ce qu'attend la MONUC pour agir efficacement dans le cadre de sa mission.

VII. Les FARDC sont bien capables de vaincre les insurgés

Il est vrai que les Forces Armées de République Démocratique du Congo (FARDC) ont l'ultime devoir d'assurer la souveraineté, l'intégrité territoriale, et l'indépendance politique de leur pays ; et par delà, assurer la paix et la sécurité sur toute l'étendue du territoire de la République démocratique du Congo. Et ceci dans le respect de l'état de droit, des droits de l'homme, et du droit international humanitaire. Ils sont donc les premiers responsables de la sécurité du pays.

Cette armée n'est pas aussi jeune qu'on le croit. Elle comprend en son sein plusieurs milliers de militaires bien formés dans plusieurs académies militaires de grande renommée par l'ancien régime du président Mobutu. Les anciens kadogo font partie de l'armée depuis 1996 (donc au moins 11 ans). Beaucoup de soldats du MLC de Bemba sont des anciens des FAZ. Aussi, les Maï Maï , par delà leur formation formelle accélérée, connaissent mieux les montagnes du Kivu que quiconque et ont l'expérience d'avoir combattu le RCD-Goma et le CNDP depuis plusieurs années.

Ainsi, disons-le à haute voix : ce qui fait défaut aux FARDC, c'est l'absence d'une stratégie cohérente de guerre, la jalousie et le tribalisme qui règnent au sein de l'armée, les vieilles alliances avec les rebelles, et les acteurs qui dirigent les opérations militaires sur terrain.

Par exemple, comment comprendre que les anciens amis de Nkunda Mihigo continuent à jouer un rôle de premier plan au front et qu'une partie de la logistique militaire soit gérée par des compagnons de lutte de Nkunda ? Logiquement, les anciens compatriotes de Nkunda devraient jouer un rôle de second plan et non de premier plan lors de l'offensive. La logistique militaire ne devrait pas être gérée par un ancien compagnon de lutte de Nkunda.

Il y a eu donc beaucoup d'erreurs commises lors de l'offensive des FARDC. Par exemple, l'on a vu plusieurs officiers assis à ciel ouvert entrain de lire une carte. Et si on bombardait le lieu ? L'on a vu des militaires regagner Goma avec leurs équipements militaires après la prise de Mushake par les FARDC (comme si la guerre était finie). C'est vrai qu'ils se faisaient applaudir par la population civile, mais quel message cela donne à l'ennemi ? L'on a vu les images de FARDC non loin de Kingi…les officiers semblaient adorer la camera exposant ainsi les positions et le type d'artillerie utilisée.

Les FARDC et le gouvernement demeurent toujours inactifs sur le plan de la propagande médiatique. Ils ne montrent pas à la presse les images de la guerre. Les FARDC disent par exemple détenir des images qui montrent des militaires rwandais gisant au sol, des armes et des munitions abandonnées dans le Rutshuru mais ne savent pas mettre ces images à la disposition du public à la télévision, sur Internet, etc.

Les FARDC réagissent aux provocations de Nkunda plutôt que de prendre l'initiative de mettre Nkunda à la défensive. Ainsi, Nkunda déclare un cessez-le-feu et attaque le même jour. Les FARDC comptent plusieurs officiers militaires bien formés qui n'ont pas de peine à infliger une défaite cuisante aux troupes de CNDP.

VIII. Que faire?

Il est vrai qu'avec la décentralisation, chaque province du Congo a besoin d'un regroupement de ses citoyens pour discuter de la voie à suivre pour faire face aux défis de son développement. Certes que la situation sécuritaire au Sud-Kivu et au Nord-Kivu en appelle à une solution peu orthodoxe vu sa particularité: plus de 800.000 déplacés de guerre, une insécurité permanente, des cas de vol, de viol, d'assassinats récurrents, etc.

L'idée du retour rapide de la paix et de la sécurité dans ces régions tourmentées de la République a tout son sens et justifie peut-être la tenue d'une conférence sur la paix. Mais dans quel contexte ? Et avec quels acteurs ? Y a-t-on associé tous les acteurs, y compris le FDLR ?

Puisque la conférence finira par avoir lieu en dépit de nombreux appels au boycott, les participants à cette dernière doivent insister sur les points ci-dessous:

1. Le Grand-Kivu est une agglomération de plus au moins 30 groupes ethniques, tous minoritaires par rapport à la somme des autres. Bien plus, pris séparément, il y a une dizaine d'entre-eux (i.e. les Amba (Hamba), Bhele (Ebhele), Hunde (Kobi, Rukobi), Mvuba, Nyanga (Banyanga), Talinga-bwisi (Bwissi, Mabwissi), Tembo (Chitembo, Nyabungu), Joba (Vira), Lega-Mwenga (Shile, Rega), Bangobango, Nkutu (Nkuchu, Bankutu), Songoora (Songola, Binja), Zimba (Bazimba), etc.) qui sont plus minoritaires que les Banyarwanda (c.-à-d. Tutsi et Hutu compris) qui forment environs 0.60% de la population total du Congo.

2. Ces différents groupes ethniques ne sont pas en guerre les uns contre les autres. Au contraire, ils vivent en paix et en parfaite harmonie.

3. La vérité est que ces différents groupes ethniques sont en train de subir une guerre d'invasion et d'occupation que le gouvernement rwandais leur impose par le RCD-Goma de Me Azarias Ruberua, Moise Nyrungabo, et Bizimana Karahamweto; et le CNDP de Nkunda Mihigo interposés, pour créer un Tutsiland au Congo. Notez que Me Azarias Ruberwa est le chantre politique du CNDP. Tentant de justifier la raison d'être du CNDP aux Etats-Unis, il a insulté le gouvernement Américain en soutenant sans froid aux yeux que les tutsi sont traités au Congo comme les noirs aux Etats-Unis.

4. Ainsi, derrière Kunda Mihigo, les FARDC ont affaire à plusieurs bataillons de l'armée Rwandaise bien équipée et bien formée dont le chiffre est amplement supérieur au chiffre de 4.000 tant médiatisé. Ce n'est pas pour rien que le CNDP a préféré le mixage au brassage car, 90% de troupes de Mihigo sont des soldats rwandais. Il faut donc une stratégie cohérente de guerre et une meilleure coordination de la direction des opérations militaire.

5. L'Angola, la Sierra Leone, le Liberia n'ont connu de paix qu'après la disparition de leurs leaders de rébellion. Si Nkunda ne veut entendre raison, qu'on le force à accepter la civilisation de paix. Ainsi, la MONUC qui a reçu mandat d'utiliser tous les moyens nécessaires "pour appuyer les brigades intégrées des FARDC en vue de désarmer les groupes armés étrangers et congolais récalcitrants" doit résolument s'engager à arrêter Nkunda au lieu de continuer à l'observer jouer infiniment le jeu du gouvernement rwandais.

6. Vu le double jeu de la Monuc, le gouvernement congolais devrait demander aux Etats-Unis et à ses alliés occidentaux que de la même manière qu'ils avaient intimé l'ordre aux armées étrangères de se retirer complètement et définitivement du territoire Congolais, ils doivent de nouveau intimer l'ordre au Rwanda pour que celui-ci cesse illico d'armer Nkunda Mihigo et de l'instrumentaliser, et effectivement aider la jeune armée congolaise à venir au bout du FDLR, du LRA, et autres groupes étrangers basés sur son sol. N'oublions jamais que si le Congo se trouve embourbée aujourd'hui dans cette crise à l'est de son territoire, c'est parce qu'il a montré sa bonne volonté d'accepter l'injonction de la communauté internationale à travers la France d'ouvrir ses frontières à des milliers de refugiés hutus qui fuyaient les combats au Rwanda.

7. Comme il est établi qu'il n'y aura jamais de Tutsiland au Congo; Aussi, comme le Nord-Kivu et Sud-Kivu ne seront jamais transformées en colonies de peuplement et d'exploitation de l'Ouganda, du Rwanda, et du Burundi, les gouvernements ougandais, rwandais, et burundais ont tout intérêt à s'investir pour la paix au Congo au lieu de continuer à y attiser le feu de la guerre.

8. Bien plus, le gouvernement rwandais devrait plus s'engager au processus de réconciliation entre rwandais au Rwanda. En effet, on ne le dira jamais assez : la sécurité de l'Ouganda, du Rwanda, et du Burundi repose sur:

  1. L'adoption et la mise en oeuvre d'une démocratie constitutionnelle en Ouganda, au Rwanda, et au Burundi;
  2. La responsabilisation conjointe de ceux qui ont été les auteurs de l'abattage de l'avion du Président Habyarimana et ceux qui sont responsables du cercle vicieux de violence en Ouganda, au Rwanda, et au Burundi;
  3. L'adoption et la mise en oeuvre d'innovations technologiques dans les secteurs de l'agriculture, la production industrielle et le secteur des services en Ouganda, au Rwanda, et au Burundi ;
  4. La promotion de «  Family Planning Programs » en Ouganda, au Rwanda, et au Burundi.

9. Il faut que le gouvernement lutte pour que l'embargo militaire qui le frappe soit définitivement levé. Il n'est pas normal que l'ONU déclare la fin de cet embargo mais que l'Union Européenne continue à bloquer l'envoi des armes au Congo. Il faut dénoncer ouvertement et à haute voix tout gouvernement Européen qui empêchera l'acquisition des armes par la RDC.

10. Toute conférence qui tombera dans le piège de la validation des thèses erronées des raisons de sécurité de l'Ouganda, du Rwanda, et du Burundi; Et la protection des minorités Tutsi vivant au Congo menacées d'extermination ne permettra jamais au gouvernement Congolais d'étendre son autorité sur l'ensemble du territoire national. Elle doit reconnaître que la vraie raison  d'interminables conflits dans le Kivu est le désir des gouvernements rwandais, ougandais et burundais de transformer le Kivu en colonies de peuplement. Il nous faut absolument lutter contre la balkanisation, la yougoslavisation, et/ou la Kosovisation du Congo-Kinshasa.

11. Relever les défis de la paix au Kivu, c'est aussi agir et ne pas capituler. La sécurité du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ne doit plus être laissée à la MONUC. Il faut repartir à la conquête des territoires tenus par le Rwanda au Congo à travers Nkunda Mihigo. De la paix dans le Grand Kivu dépendra la survie de la République Démocratique du Congo en tant que nation. L'heure est grave ; il faut agir et non réagir.

Sylvestre Ngoma, MS.
En collaboration avec Sloj, S. Litofe, Ph.D.
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Publié le 6 janvier 2008