TRAVAIL ET DIALOGUE
Page d'accueil
A propos de nous
Correspondance et Retrouvailles
Interviews, Entrevues...
Musique
Forum
Emploi
Notes de lecture
Liens

  MISSION PERMANENTE DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

AUPRES DE L'ORGANISATION DES NATIONS UNIES

INTERVENTION DE SON EXCELLENCE

MONSIEUR ILEKA ATOKI

REPRESENTANT PERMANENT
DEVANT LE CONSEIL DE SECURITE

 SITUATION EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

New York, le 16 octobre 2009

 

Monsieur le Président ,

Je souhaiterais d 'abord, au seuil de mon propos, vous dire toute la joie que j'éprouve de vous voir présider le Conseil de pour ce mois d'octobre.

Je voudrais par la même occasion me faire l'écho de l'unanimité avec laquelle la Présidence américaine du mois passé a été saluée.

Je voudrais enfin, reconnaître le caractère essentiel du 29 ème rapport du Secrétaire général sur la Mission de l'Organisation des Nations Unies en République Démocratique du Congo. Je l'en remercie, de même que j'exprime mon appréciation de la présentation et du compte-rendu que vient de faire son Représentant spécial.

Monsieur le Président ,

Je limiterais mes remarques à deux aspects qui sont d'importance pour la République Démocratique du Congo.

1.- MONUC .

Pour toutes choses, il y a un commencement et une fin. Nous les êtres humains, nous naissons et nous mourrons. C'est ainsi que Dieu l'a voulu, c'est la Loi de la Nature. L'essentiel est de réussir sa vie.

La MONUC se doit de réussir au Congo. Nos générations futures doivent s'en souvenir comme ayant été à un moment de l'Histoire, la plus large opération de maintien de la paix de l'Organisation des Nations Unies; Celle qui par son déploiement a permis de mettre un terme à la première guerre mondiale africaine; Celle qui, avec succès, a supervisé un long processus de désengagement; Celle qui a géré une difficile transition politique; Celle qui a aidé à l'organisation d'élections libres et démocratiques; Et, enfin, celle qui a jeté les bases du renouveau de la République Démocratique du Congo.

C'est vous dire que pour être une complète réussite, la MONUC se doit impérativement de réussir sa sortie.

Nous sommes heureux que la communauté internationale ait enfin daigné, même avec une année de retard, donner suite à la requête du Secrétaire général d'augmentation temporaire des effectifs du personnel militaire et des unités de police de la MONUC. Cela est important, afin de renforcer la capacité de la MONUC de réellement protéger la population civile congolaise et de s'engager plus fermement qu'elle ne le fait aujourd'hui aux côtés de l 'Armée congolaise dans la lutte contre les groupes armés résiduels qui pullulent encore à l'Est de mon pays.

Il convient, en effet, de réduire de manière significative, voire d'annihiler, la capacité de nuisance de ces groupes armés pour concrétiser la paix. Le retour de cette paix que le peuple congolais appelle de tous ses vœux sera de nature à favoriser une réflexion saine et dépassionnée sur le devenir de la présence onusienne au Congo.

Je voudrais être très clair. Le peuple congolais ne souhaite pas un retrait précipité de la MONUC. De même, le peuple congolais ne souhaite pas que celle-ci s'y éternise.

Il nous revient donc de prendre avec vous les décisions stratégiques multidimensionnelles, comprenant des mesures militaires et non militaires, visant entre autres à permettre au Gouvernement congolais d'assurer et d'assumer la sécurité, l'autorité de l'Etat sur l'ensemble du territoire national, la bonne gouvernance, la consolidation de l'Etat de droit et le développement économique du pays.

Pour ce faire, nous avons l'obligation de travailler ensemble tant au niveau du Siège que sur le terrain, à la définition de paramètres visant l'élaboration non seulement particulièrement du calendrier de désengagement de troupes onusiennes allant de pair avec la formation de l'armée congolaise, mais aussi, plus généralement d'une feuille de route qui consacrerait le passage d'une opération de maintien de la paix, à celle d'une opération de consolidation de la paix et une opération de soutien à la stabilité d'un ensemble qui pourrait être plus large que le Congo.

A ce sujet, j'ai déjà eu un échange de correspondances avec le secrétariat sur la création d'un Bureau des Nations Unies pour l'Afrique centrale. Une fois créé, la simple logique serait que ce Bureau soit localisé dans ce pays qui symbolise l'Afrique centrale dont la Capitale est Kinshasa.

Monsieur le Président ,

2.- VIOLENCES SEXUELLES .

Le 10 janvier 2000, le Conseiller d'Ambassade que j'étais entretenait le Conseil de sécurité sur le thème de A L'impact du SIDA sur la paix et la sécurité en Afrique. Je saisissais l'occasion notamment pour attirer l'attention du Conseil sur les traitements inhumains et dégradants, ainsi que les violences que subissaient les chefs de famille congolaises, - donc essentiellement des hommes -, victimes de la situation de guerre.

J'attirais aussi l'attention de la communauté internationale sur le lourd tribut que payaient les femmes, les enfants et particulièrement les petites filles des provinces orientales, victimes de viols systématiques de la part des occupants, mettant en évidence l'utilisation de soldats séropositifs.

Aujourd'hui encore, le taux de prévalence du SIDA dans la Province Orientale, ainsi que celles du Nord et du Sud KIVU, est le quadruple de la moyenne nationale.

Je demeure convaincu que si à l'époque le Conseil avait daigné prendre ses responsabilités, ce virus de la violence sexuelle, que la République Démocratique du Congo a hérité, ne se serait pas propagé. Il n'aurait pas contaminé avec autant d'ampleur les différents groupes armés, les forces armées congolaises et les soldats de maintien de la paix.

Je n'éprouve aucune fierté, aucun honneur, dix ans après, à être devant vous abordant la pratiquement même question, à continuer à vous faire part de ces violations massives des droits de l'Homme, plus particulièrement les violences faites aux femmes et aux enfants.

Avec le temps, la grande majorité de ceux qui avaient commis des atrocités au début des hostilités passera au travers des mailles de la justice. Mais leurs chefs et commanditaires sont connus. Il est important que ceux dont les soldats et éléments sont convaincus d'avoir commis des violences sexuelles soient poursuivis devant la justice de leurs pays respectifs. Au demeurant, l'on pourrait toujours imaginer et élaborer un mécanisme pour qu'une justice internationale soit correctement rendue.

S'agissant des actions de mon Gouvernement, vous avez tous entendu le Chef de ma délégation vous affirmer lors du Débat général de la 64 ème session ordinaire de l'Assemblée générale que A les violences sexuelles faites aux femmes et aux filles à l'Est de la République Démocratique du Congo, constituent à nos yeux des crimes les plus honteux et les plus graves que l'humanité ait jamais connu en ce 21 ème Siècle .

Le Ministre des Affaires Etrangères vous assurait de la ferme détermination de Son Excellence Monsieur le Président Joseph KABILA KABANGE de mettre un terme à l = impunité des auteurs de ces crimes odieux.

Il vous informait que plusieurs officiers des forces armées congolaises, ainsi que bon nombre de civils, responsables de ces crimes odieux, sont déférés devant la justice nationale.

La communauté internationale représentée au Congo doit aussi se montrer irréprochable Parfois son comportement laisse à désirer.

J'en veux pour preuve ce nième cas de déviation sexuelle dont se sont rendus coupables des casques bleus dans la nuit du 31 juillet au 01 août à l'aéroport international de N'Djili. Alors que toutes les parties concernées ne nient pas l 'existence d 'un acte que je juge répréhensible, un porte-parole de la MONUC a cru bon déclarer, au sujet de la plainte d'une femme de 18 ans concernant un viol collectif commis cette nuit là, qu'il n'y pas de preuves pour continuer l'enquête.

Si la décision de renoncer aux charges émane de la justice congolaise, je ne la commenterais pas. Mais, le citoyen congolais que je suis, estime avoir le droit des savoir comment l'on est arrivé à cette conclusion.

Si cette décision est onusienne, probablement suite à un quelconque arrangement, je le regretterais et le Conseil de sécurité devrait se sentir interpellé.

Car, enfin de compte pour ce cas précis, qu'il y ait eu effectivement viol collectif ou non, est-ce qu' au motif qu' ils aient eu affaire à une péripatéticienne présumée, ces casques bleus onusiens avaient-il le droit de transformer l'aéroport international de N'Djili en baisodrome et ne subir aucune sanction et aucune réprimande? C'est choquant . Ou en sommes nous avec la politique de tolérance zéro décrété en 2005?

En matière de violences sexuelles, il est important que nous tous, ensemble, nous lancions le bon message. Peut-être que le poste à créer de Représentant spécial du Secrétaire général pour les violences sexuelles dans les conflits armées constitue une réponse. Encore que, pour être franc et candide, je dois vous avouer que l'on ne comprendrait que difficilement que ce poste puisse échapper à une femme. Et encore moins à une femme d'une région affectée par ce fléau des violences sexuelles.

Pour conclure, Monsieur le Président , je manquerai à un devoir si dans la foulée de l' Ambassadeur du Royaume-Uni, John SAWERS , dont je vais regretter le départ, je ne reconnaissais les efforts de toutes celles et tous ceux qui ont porté à cœur les souffrances indicibles et le joug des femmes congolaises. A la liste énumérée le 30 septembre dernier par le Représentant permanent britannique, je voudrais en plus associer à ce mérite les diplomates de la Mission américaine aux Nations Unies et, surtout , ce groupe associatif informel dénommé United Nations Women of All Nations , UNWAN, en sigle, dont l'action a été déterminante pour que le sort des congolaises ne tombe pas dans l'oubli.

Voilà, Monsieur le Président , J'ai dit et je vous remercie.

18 octobre 2009

© Congo Vision


 

 
 
Copyright © 2008 Congo Vision. Tous droits réservés.