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Balkanisation de la RDC : échec et mat !


( Le Potentiel 04/07/2011)

Il est temps que les Congolais prennent conscience du lea dership continental de leur pays. L'un des grands prophètes de l'effondrement de la RDC, Jacques Attali, vient de faire un revirement spectaculaire. Lui qui, hier encore, prédisait la disparition du Congo en 2020 dans «Une brève histoire de l'avenir, publié aux éditions Fayard, 2006», considère aujourd'hui que ‘'la constitution d'un Etat en RDC est la clé de l'avenir de l'Afrique toute entière''. Que ceux qui pensaient comme lui, tant au pays qu'à l'étranger, comprennent que la RDC n'est ni à vendre ni à effacer sur la carte du monde. Le plan de balkanisation est en train de subir un grand revers ; autrement dit : échec et mat.

Jacques Attali est un écrivain et penseur français dont les prises de position sur la RDC sont connues. Dans une interview sur la chaîne de l'Assemblée nationale française, il jette un véritable pavé dans la mare. Lui qui, il y a un temps, prédisait la disparition en 2020 de la République démocratique du Congo en tant qu'Etat, est revenu à la charge en révélant que « l'avenir de l'Afrique » se joue en RDC. Il rappelle tout l'intérêt pour l'Afrique de sauver la RDC du naufrage, pour autant, estime-t-il, que ce pays est le centre névralgique du développement du continent noir.

Son mea culpa est sans pareil. Il pense qu'en ce qui concerne la RDC « tout ce que l'aide internationale peut apporter devrait d'abord se concentrer autour de la constitution d'un Etat ». Aussi, estime-t-il que « La constitution d'un Etat en RDC est la clé de l'avenir de l'Afrique toute entière ». Cette prise de position rappelle celle du Martiniquais Franz Fanon qui, en son temps, a déclaré que l'Afrique avait la forme d'un revolver dont la gâchette se trouvait en RDC. Sa prophétie est en train de prendre corps.

Dans les milieux occidentaux, le langage a complètement changé. Ainsi, même si Jacques Attali reconnaît qu'en RDC l'Etat est « inexistant », un « trou noir au milieu de l'Afrique », il se félicite néanmoins de ce désir du peuple congolais à se reconstituer une identité. « Pour l'instant, c'est un non pays. Mais il y a une nouvelle jeunesse qui a envie de se structurer », souligne l'analyste français. « Il faut beaucoup de choses à faire », pense-t-il, pour que la RDC joue véritablement son rôle. Le plus important, selon lui, est de parvenir d'abord à réunir les attributs d'un Etat. « Tout le monde sait ce qu'il faut faire : il faut d'abord qu'il y ait un Etat dans ce pays ».

Que l'un des grands penseurs de l'effondrement de l'ex-Colonie belge se rétracte aussi publiquement sous-entend que le plan de balkanisation de la RDC est voué à l'échec. Toutefois, le peuple congolais devrait demeurer vigilant et ne pas baisser garde car, les ténors de la partition du pays ne pourraient pas désarmer aussi facilement.

Dans ce cas, l'élite congolaise se trouve interpellée. Elle doit s'assumer, refaire l'identité congolaise en vue de la refondation de l'Etat congolais. Cela passe par plusieurs canons dont la musique. L'écrivain français est d'avis que cet élément culturel demeure un atout nécessaire dans cette grande entreprise de refondations de l'Etat congolais pour avoir su jusqu'à présent sauver l'unité congolaise.

Par ailleurs, Jacques Attali avise que maintenir la RDC dans son statu quo de « trou noir », équivaudrait à hypothéquer le développement de l'Afrique. Aux dirigeants congolais de savoir lire les signes de temps.

En encadré, l'interview de Jacques Attali.

En 2011, vont avoir lieu en République démocratique du Congo la présidentielle et les législatives. Quel sera le principal enjeu de ces élections dans ce pays qui, finalement, est le théâtre des guerres interminables depuis 1990 ?

Depuis même son indépendance en 1960. C'est un pays pas comme les autres. Il est absolument fondamental. On dit souvent que l'Afrique a un avenir très prometteur. Mais, en effet, l'avenir de ce continent dépend entièrement de celui du Congo. Si le Congo reste ce pays, comme disent certains, au milieu de la carte de l'Afrique, ce trou noir au milieu de l'Afrique, ce continent ne pourra se développer parce que le développement de l'Afrique du Nord et de l'Afrique australe ne pourrait pas se joindre par le milieu. Le développement du Nigeria et de la RDC permettra à toute l'Afrique de se développer. C'est absolument central. D'autre part, le Congo est un pays qui, en effet, a tout pour se développer. Ce qui est un enjeu considérable. C'est un pays de cocagne en termes agricole et miniers, à travers le cobalt, l'uranium, le pétrole, le cuivre et des métaux extrêmement rares et précieux comme le coltan, minerai très particulier sans lequel on ne peut pas fabriquer le téléphone portable. Très peu de pays dans le monde produisent ce minerai. Un autre minerai recherché, c'est le diamant qu'on retrouve dans l'Est du pays. La RDC a un potentiel de développement gigantesque. C'est un pays qui a une population élevée, entre 65 et 70 millions d'habitants. En réalité, c'est un non pays qui connaît un désastre : il n'y a pas d'Etat, pas d'armée ou très peu, pas de police ou très peu, pas de règle au point qu'à l'heure où nous parlons, ce pays a un niveau de vie par habitant de 150 Usd par an, moins de 0,50 Usd/jour. 80% de la population congolaise vivent avec moins de 2 Usd/jour. C'est le pays le plus pauvre de la planète alors qu'il est potentiellement le plus riche.

La RDC est un pays qui connaît un taux de mortalité gigantesque et dans lequel une femme a au moins six enfants et le taux de croissance de la population est de 8% par an. Malgré le faible taux de mortalité, c'est un pays où la moitié de la population a moins de 14 ans et où l'espérance de vie est de 55 ans.

Peut-on compter, à l'avenir, sur cette jeune génération pour mener le pays à devenir ce qu'avait promis le président Kabila quand il avait été élu en 2006, la locomotive de l'Afrique centrale et des Grands Lacs. A-t-il les moyens de le faire ?

Pour ça, il faut beaucoup de choses à faire. Tout le monde sait ce qu'il faut faire : il faut d'abord qu'il y ait un Etat dans ce pays.

Il n'y a pas un Etat de droit ?

Non. Il n'y en a pas. Bah ! Il y a une tentative. Il n'y a pas d'Etat dans le sens de la normalité, c'est-à-dire avoir un système judiciaire, la police, l'armée, etc. Ces deux corps sont tout à fait instables et ne sont pas du tout en situation d'avoir le pouvoir sur des guerres civiles innombrables qui continuent, en particulier dans l'Est du pays, comme les dernières ondes de choc, d'après la tragédie du Rwanda où les Hutus et Tutsi ont continué à s'entre-massacrer.

Après avoir commis le génocide sur les Tutsi, les Hutu se sont réfugiés au Zaïre où ils ont été, à leur tour, massacrés …

Ils ont été pourchassés et massacrés par des milices zaïroises. Par la suite, ils ont été entretenus et aidés par les vainqueurs du régime de M. Kagamé au Rwanda. Tout est mis en place pour la guerre civile qui a déjà fait entre quatre et cinq millions de morts continue et qu'on connaisse des massacres des militaires qui s'accompagnent de ceux de femmes qui sont également violées et d'enfants. Une situation qui entraîne de millions d'orphelins dans la rue et de centaines de milliers d'enfants soldats. La RDC est un non pays qui connaît un désordre extrême.

L'armée n'est-elle pas tenue par le pouvoir en place ?

Si. Mais elle n'est pas encore solide. Chacun sait très bien ce qu'il faudra faire. Les Coréens, les Chinois, les Européens ont fait leurs Plans. Mais, en réalité, …

Mais Joseph Kabila avait mis en place un programme de reconstruction qui ne conduit pas vers …

Le Congo est un pays dont l'héritage de la colonisation belge a été un épouvantail. Elle n'a rien laissé : aucune école, aucune administration, etc. Le pays a d'abord été pillé par le roi des Belges à titre personnel, ensuite par les Belges à titre collectif, puis par les successeurs des Belges de toute nature dans les provinces riche en ressources minières. C'est un pays qui n'a rien : il n'y a pas de routes, pas de chemins de fer, pas d'hôpitaux, pas d'écoles, même si une grande partie de la population est scolarisée, mieux sait lire et écrire. Le taux de la mortalité infantile est extrêmement élevé.

Qui s'approchera du Congo pour financer ces infrastructures puisque ce pays n'a pas les moyens de le faire ?

Le Congo aurait les moyens s'il n'y avait pas de pertes en ligne dans le régime minier. En plus, il paie le prix très lourd du régime précédent. Le malheur a voulu qu'après la colonisation belge, il y a eu un dictateur pillant tout pendant longtemps, qui s'appelait Mobutu, et qui, en mourant, a laissé le Zaïre avec des dettes qu'on continue à réclamer au nouveau pays qui a changé de nom. L'Occident est lui-même coincé par l'exigence de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) de rembourser les dettes de l'ancien régime par ce qu'on appelle le Consensus de Washington, c'est-à-dire les exigences des institutions internationales sont très lourdes et interdisent au pays de repartir sur de nouvelles bases. Ce qui est en train de paraître est très intéressant. A côté du Consensus de Washington, nous avons le Consensus de Pékin, c'est-à-dire le fait que les Chinois, qui ont beaucoup d'argent, n'imposent absolument pas les mêmes contraintes de remise en ordre des finances publiques au pays qu'ils aident mais ils imposent tout simplement de pouvoir bénéficier, piller, diraient certains, des ressources qu'ils achètent en échange de financement d'infrastructures qui aujourd'hui sont, semble-t-il, lancées lors des accords assez confidentiels entre les Chinois et les Congolais. Ce sont de grands projets d'infrastructures tout à fait nécessaires, en particulier les chemins de fer…

Construits par les Chinois ou par les Congolais avec le financement chinois?

Construits essentiellement par les entreprises chinoises, sans doute aussi avec le personnel chinois qui vient sur place construire des chemins de fer, des écoles, des routes, des hôpitaux, tout ce qui est évidemment vital pour que ce pays puisse utiliser d'une façon décente ses matières premières. Car l'avenir du Congo passe par une modernisation de l'agriculture et une intégration du système informel. On pense que 80 % de l'économie congolaise est une économie informelle. On est dans une économie de troc, une économie illégale et criminelle. C'est aussi un pays qui est un grand producteur de cannabis pour la consommation intérieure.

Très largement, c'est vraiment un pays qui connaît de très grandes difficultés mais en même temps un pays extraordinairement prometteur comme l'est le Nigeria. Comme vous le savez, quand on regarde l'avenir, moi, je regarde très souvent la démographie. Le Congo, avec 60 ou 65 millions d'habitants, a une population très jeune et une très forte croissance. Mais il y a un autre secteur que je regarde quand je suis les émissions pour essayer de comprendre l'avenir : c'est la musique. Elle nous dit beaucoup sur l'avenir du Brésil et nous dit aussi beaucoup de choses sur l'avenir du Congo. Car, c'est un pays dans lequel la musique a une vitalité extraordinaire et si on veut comprendre l'avenir du Congo, il faut voir le film qui est déjà visible en France et qui s'appelle « Benda Bilili » qui montre comment les mendiants paraplégiques liés à la maladie de la poliomyélite dans le bas-fond de Kinshasa sont progressivement devenus des musiciens internationalement connus, simplement par leur entraide et leur passion. Cela dit beaucoup sur l'extraordinaire optimisme de ce peuple composé de 700 différentes nationalités, pratiquement autant de langues qui sont parlées en RDC dont le français est la langue officielle. La musique est donc l'un des éléments qui conduisent à être optimistes sur l'avenir du Congo.

Dans ce cas, la musique fait preuve de résilience. Mais pourra-t-elle être utile à tous ces gens qui, en RDC, sont victimes non seulement de violences liées à la guerre mais aussi de maladies dont le Sida qui touche pratiquement 4% de la population ? Ce qui est énorme. Y a-t-il des programmes humanitaires qui sont pris en charge par la communauté internationale pour aider ce pays ?

Il y a des programmes qui sont très importants car, outre la mortalité infantile, il faut ajouter le Sida. La mortalité de jeunes adultes est considérable et détruit les rares élites qui peuvent se constituer mais qui meurent. Il s'agit de jeunes médecins, infirmiers et autres instituteurs. C'est dire qu'il y a un besoin fondamental d'infrastructures de santé et de remise en état, en particulier des femmes. Il n'y a pas d'avenir d'un pays sans les femmes. Or celles-ci sont les grandes traumatisés de ce pays parce qu'elles ont été et sont encore victimes de viol collectif des bandes armées qui circulent un peu partout dans le pays. Donc, remettre l'ordre est la condition sine qua non pour mettre la RDC sur le chemin de développement. Sinon, le Congo va rester plus encore – c'est pour cela que les élections prochaines sont importantes – un non pays dans lequel chacun ira puiser les ressources naturelles.

Les Congolais peuvent-ils défendre leur territoire et demeurer dans une Nation unie dans les conditions dont nous venons de parler ?

Pour l'instant, c'est un non pays. Mais il y a une nouvelle jeunesse qui a envie de se structurer. Le pays a failli exploser en différentes parties à plusieurs reprises quand le Katanga a déclaré son indépendance dans les années 60. Je pense qu'aujourd'hui, son identité est établie.

Un jour, à l'avenir, le Congo pourra-t-il établir une justice ?

Je disais tout à l'heure qu'il faut une justice pour juger …

Pour reconnaître, peut-être, qu'il y a eu un génocide ?

Reconnaître, effectivement, qu'il y a eu des génocides et des massacres divers et mettre en place des tribunaux. Pour qu'il y ait une justice, il faut un tribunal, une police, la prison. Il faut toute une série de choses qui fondent un Etat. Mais on est très loin d'avoir un Etat au Congo. Le système fiscal n'existe pratiquement pas, les ressources publiques quasi inexistantes et la dette publique demeure gigantesque, considérable malgré les richesses dont regorge le pays.

Donc, tout ce que l'aide internationale peut apporter devrait d'abord se concentrer autour de la constitution d'un Etat. La constitution d'un Etat au Congo est la clé de l'avenir de l'Afrique toute entière

© Copyright Le Potentiel

Congo Vision

04/07/2011


Célébration du 235ème anniversaire de l'indépendance américaine: l'ambassadeur des USA note «des signes de développement économique» en RDC


( Le Potentiel 04/07/2011)

L'atteinte du point d'achèvement est l'aboutissement d'une gestion conséquente de finances publiques. L'impulsion donnée par le chef de l'Etat sous la coordination du Premier ministre, avec le point focal des institutions de Bretton Woods, Matata Ponyo, a démontré que la confiance est retrouvée.

Depuis 2010, la ligne droite pour l'effacement de près de 14 milliards USD de dette est un processus qui a consacré la crédibilité de la gestion des finances publiques en RDC.

Jusqu'à ce jour, les pays comme la France, les Etats-Unis, la Belgique… le Japon ont annulé effectivement leurs créances sur la RDC. La satisfaction du gouvernement américain à l'égard de Kinshasa, par la bouche de son ambassadeur en RDC, est amplement justifiée. La bonne tenue des finances publiques, le maintien au vert des paramètres macro-économique, la croissance positive, …, sont des signes évidents de développement économique».

Lors de la célébration du 235ème anniversaire de l'indépendance des Etats-Unis à Kinshasa, l'ambassadeur James F. Entwistle a dit toute la satisfaction de l'administration Obama sur les avancées significatives enregistrées.

La consolidation de «la stabilité du pays et le bien-être des Congolais» est l'élément déterminant pour le développement économique du pays.

Ces avancées enregistrées en quelques années, l'histoire vieille de plus de deux siècles (235 ans) des USA renseignent, à en croire l'ambassadeur des USA en RDC, son pays a mis pas moins de trente ans pour voir le bout du tunnel après les guerres. Il note des similitudes entre cette période aux USA et l'actuel processus démocratique en RDC. Il déclare : « Il a fallu près de trente ans après la Déclaration d'indépendance pour que cette structure fondamentale prenne forme. Et souvenons-nous que cette structure a favorisé l'existence de l'esclavage aux Etats-Unis. Aussi, souvenons-nous, la nation créée par ce long processus a été presque déchirée par une guerre civile sanglante quatre-vingt-dix ans après la Déclaration d'indépendance. Ainsi, les Américains sont profondément conscients de combien il est difficile de construire une démocratie forte et durable, et c'est pourquoi nous sommes avec le peuple congolais dans leur lutte pour construire la leur».

Le 17ème ambassadeur des USA en RDC, citant le président Obama dans son message à son homologue Kabila à l'occasion de la célébration du 51ème anniversaire de l'indépendance de la RDC, a d'abord salué le «partenariat solide entre les Etats-Unis et la RDC». Il poursuit : «Les Etats-Unis assistent activement le gouvernement et le peuple congolais pendant qu'ils améliorent la stabilité du pays et le bien-être des Congolais. Cinquante et un ans après son indépendance, nous pouvons voir que la République démocratique du Congo fait des progrès. Le pays est en paix avec ses voisins, il y a des signes de développement économique, l'Etat travaille de plus en plus à asseoir son autorité et apporter des avantages au peuple, et il y a un dialogue politique actif». Des signes qui poussent à l'optimisme.

«Les Etats-Unis se sont tenus épaule contre épaule aux côtés de nos amis congolais. Nous fournissons une aide significative se concentrant dans des domaines essentiels tels que la santé, l'éducation, le maintien de la paix, la sécurité, la bonne gouvernante, les droits de l'Homme, l'environnement, et la lutte contre les fléaux de la violence sexuelle et du recrutement des enfants par les groupes armés. Et nous travaillons avec vous pour soutenir les élections directement. Nous nous sommes investis dans des programmes d'éducation civique, dans la formation des observateurs électoraux et continuons à apporter du soutien logistique à la Monusco. Toutes ces activités visent à renforcer le cadre établi par les autorités congolaises, en accord avec les aspirations du peuple congolais», relève le diplomate.

DES INTERROGATIONS

James F. Entwistle s'est ensuite lancé dans une série d'interrogations pour scruter l'avenir politique de la RDC. A la publication des résultats électoraux, tous se poseront des questions suivantes : «Le processus était-il transparent ? Les candidats aux élections étaient-ils permis de faire la campagne sans intimidation ? La sécurité était-elle adéquate pour assurer un processus pacifique? Les principaux candidats ont-ils tous bénéficié d'un accès équitable aux médias d'Etat ? Les journalistes étaient-ils autorisés à faire leur travail et à informer le public sur les questions importantes ? Les autorités qui ont dirigé les élections et les médias sont-elles restées indépendantes ? Les femmes y ont-elles participé au même titre que les hommes ? Les Congolais ont-ils eu accès aux lieux de vote et leurs votes ont-ils été comptés correctement? Tous les candidats et les partis ont respecté les résultats et ont adressé toutes contestations par le biais des structures juridiques établies ?»

Se référant à tout ce qu'il a observé jusqu'à présent, y compris les interrogations ci-haut évoquées, l'ambassadeur américain est «optimiste que nous verrons ici des élections qui répondent aux aspirations du peuple congolais». Une invitation est lancée à l'ensemble de la classe politique congolaise et au peuple : «Je vous invite à me donner raison et de montrer au monde que la liberté et la démocratie sont bel et bien vivantes en RDC. Les Etats-Unis croient que la République démocratique du Congo a un bel avenir en tant que cœur chaud de l'Afrique. Nous sommes prêts à soutenir, comme l'hymne national de ce pays le dit : - un pays plus beau qu'avant dans la paix-».


Par BIENVENU MARIE BAKUMANYA

© Copyright Le Potentiel


RD Congo : 51 années d'immobilisme

( Congo Libre 04/07/2011)

«Joseph Kabila» a présidé jeudi 30 juin à Lubumbashi une impressionnante parade militaire à l'occasion de la célébration du 51ème anniversaire de la proclamation de l'indépendance du Congo. L'épithète «impressionnante» pourrait surprendre alors que des bandes armées continuent - depuis plus d'une décennie - à faire couler du sang et des larmes dans les deux provinces du Kivu et dans la Province Orientale. Uniformes impeccables, bottes en cuir bien cirées, fusil automatique AK 47 pimpant neuf. Les soldats des FARDC ont la réputation de ne faire preuve de "bravoure" que lors des parades. Et non pour assurer la défense du territoire national.

La célébration d'un anniversaire est toujours l'occasion d'évaluer le chemin parcouru. Investi le 6 décembre 2006, «Joseph Kabila» a fait son autoévaluation. Dans son allocution à la nation, il s'est félicité du «bilan à mi-parcours» ( ?) des réalisations du programme dit «cinq chantiers du chef de l'Etat». Mi-parcours? Voilà un terme impropre à quelques six mois de la fin de la législature dont la durée est de cinq ans.

Il faut dire que «Kabila», à l'instar de ses prédécesseurs, a fait beaucoup de promesses. Il avait même promis de faire du Congo «la Chine de 2011». Il avait sorti de son chapeau, tel un prestidigitateur, le programme dit «cinq chantiers» : créer des emplois, moderniser les infrastructures de base et les secteurs de l'éducation et de la santé. Sans oublier l'eau courante et l'électricité et le logement. Qu'en est-il des réalisations? Si quelques routes ont certes été réhabilitées grâce notamment aux financements de la Banque mondiale et de l'Union européenne, les secteurs ayant un impact social ont été oubliés. C'est le cas de l'eau et de l'électricité mais aussi de la santé et de l'éducation. Par ailleurs, les Congolais continuent à importer tout ce qu'ils consomment.

Le président sortant qui vit décidément dans un autre monde parle des «progrès notables» réalisés au niveau de la «réhabilitation et la construction des infrastructures de base, notamment dans les secteurs des routes, de la santé, de l'éducation, de l'économie, de l'agriculture et des mines.» Comme à son habitude, il a mis aussitôt un bémol en reconnaissant «qu'un effort reste à fournir en vue de l'amélioration du secteur de l'eau et de l'électricité».

Pour faire diversion, "Joseph" a annoncé quelques projets à réaliser. Des projets dont le coût n'est guère chiffré. L'origine du financement reste inconnu. C'est le cas de la «construction prochaine» d'une deuxième ligne à haute tension du barrage hydroélectrique d'Inga, au Bas-Congo, à Kinshasa et l'érection des centrales de Zongo II (Bas-Congo), de Kakobola (Bandundu) et de Katende (Kasaï Occidental). Pour les naïfs, ces annonces sonnent comment des réalisations.

Dans son discours, «Kabila» qui se contente de lire les textes préparés par ses collaborateurs parle de «l'augmentation de 7 % du taux de croissance». Peut-on parler de croissance véritable dans un pays qui ne produit rien, n'exporte rien sauf quelques tonnes de matières premières et dont la grande majorité de la population vit dans la précarité avec moins d'un dollar US par jour?

Plus inquiétant, «Joseph» continue à soutenir, en dépit de l'évidence, que «la paix et la tranquillité règnent sur toute l'étendue du territoire national grâce à l'armée, à la police et aux services de sécurité». Les viols de femmes dans les provinces du Kivu, les attaques des rebelles ougandais de Joseph Kony dans les districts des Uélés, Province Orientale, seraient donc des faits imaginaires.

Cinquante et une années après l'accession du Congo à l'indépendance, rien n'a vraiment changé tant au niveau de la conception du pouvoir d'Etat qu'au niveau des rapports entre le pouvoir politique et le citoyen.

Depuis le 30 juin 1960 à ce jour, la RD Congo patauge dans un immobilisme sans fin. L'arrivée de «Joseph Kabila» au sommet de l'Etat n'a pas apporté la rupture escomptée par les partisans d'un «renouvellement du personnel politique» comme si le "mal congolais" n'était qu'une question de "conflit des générations".

Deux raisons majeures peuvent expliquer cet immobilisme. Primo : le pouvoir d'Etat continue à être considéré non pas comme un service à rendre à la collectivité mais comme une «machine à sous». Un gagne-pain. Le pouvoir politique devient ainsi un droit personnel et non une charge. Les réjouissances organisées par les ressortissants de tel ou tel autre coin du pays pour «fêter» la nomination d'un des leurs en témoignent.

Secundo : contrairement aux discours prononcés depuis le 30 juin 1960 à ce jour, l'homme reste le principal oublié. La grande masse de la population continue à être traitée avec le plus grand mépris par les puissants du moment. Les besoins essentiels de la population ne sont pas rencontrés. L'absence de souci social est totale au niveau des gouvernants. A Lubumbashi, «Joseph Kabila» n'a pas dérogé à cette «règle» non écrite en mettant l'accent sur ses «réalisations» au niveau des infrastructures. Pendant que la population peine à avoir de l'eau courante et de l'électricité, la Présidence de la République rêve d'un projet pharaonique consistant à ériger une nouvelle ville de Kinshasa. Une sorte d'Abuja congolaise.

Au total, depuis le 30 juin 1960 à ce jour, le Congo souffre des mêmes maux : la privatisation de l'Etat, l'injustice, l'arbitraire, la corruption, l'impunité, le tribalisme et le régionalisme. Depuis le 1er avril 2011, la Belgique a un nouveau gouverneur de la Banque nationale. Il s'agit de Luc Coene. Il remplace à ce poste Guy Quaden qui a accompli deux mandats de cinq ans. Depuis 1997 à ce jour, la Banque centrale du Congo (BCC) est dirigée par Jean-Claude Masangu Mulongo. Lors du lancement du Franc congolais en 1998, le dollar américain était échangé contre 1,32 fc. Treize années après, pour acheter le même billet vert, la ménagère congolaise doit débourser plus de 900 francs. Au moment où la terre entière parle de la bonne gouvernance consistant notamment à exiger aux gestionnaires "de rendre compte", le même gouverneur de la BCC continue à garder son poste. Est-ce pour son expertise ou pour des considérations très peu avouables?

A quelques mois de la fin de la législature (2006-2011), le besoin de Changement reste vivace au sein de la population congolaise. La population congolaise se considère à juste titre comme abandonnée à son triste sort par des dirigeants irresponsables. Egoïstes. Des dirigeants dénués de tout sens du respect de la vie et de la dignité de la personne humaine. Les affaires Chebeya, Bazana et Tungulu sont encore fraîches en mémoire. La population appelle de tous ses voeux l'avènement des gouvernants sensibles à leur aspiration à une meilleure qualité de la vie. Des gouvernants qui donnent priorité à la sécurité des personnes et des biens, au progrès économique et social par une politique d'abondance et la promotion d'une réelle vie démocratique.

Candidat à sa propre succession, le président sortant «Joseph Kabila» semble refuser de regarder la vérité en face pour constater qu'il ne fait plus illusion dans sa capacité à donner de l'espérance. Il ne fait plus «rêver» que les membres de la petite oligarchie et autres courtisans qui gravitent autour de sa personne. «Kabila» aurait tort d'utiliser la ruse ou les moyens de coercition de l'Etat pour s'imposer à un peuple qui désire ardemment un autrement avenir. Un peuple qui veut fendre l'armure de l'immobilisme qui l'emprisonne depuis un demi-siècle.

Baudouin Amba Wetshi
© Congoindépendant 2003-2011



 
 
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