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Message d'Indépendance

Chers Congokazi et Congobalume,

Chers compatriotes,

Lors du 51e anniversaire de l'Indépendance de notre pays, je vous souhaite, au nom de Congokazi : L'Association des Femmes Congolaises, un bon anniversaire et vous invite à passer une journée de méditation sur la signification de la liberté et la nature de l'évolution de la femme congolaise depuis 1960. Au nom de Congokazi, je voudrais également saisir cette occasion pour remercier tous les amis et amies et supporters de Congokazi de leur réponse à notre campagne d'éducation lancée au mois de mars. Grâce à leur confiance et à leur générosité, nous allons encore une fois contribuer ensemble à l'instruction et à l'émancipation de la femme congolaise, qui veut être respectée et partenaire égale dans le développement du pays.

L'éducation de la femme congolaise doit être une de nos priorités nationales à la lumière de la chosification et de la violence perpétrées contre la femme congolaise, et cela malgré le respect dont elle a joui dans nos sociétés traditionnelles en tant que femme et même malgré le rôle joué par certaines figures féminines historiques, telles que Mbenza du village Vaku étant devenue Mabunu , Dona Béatrice Kimpa Vita , Mama Mafuta , les Mwamikazi (reines mères) de la région interlacustre, les Ruwej , Mwant Rukonkish et Nswaan Murund de la région du Katanga, etc. Cette femme, décrite, au 19 e siècle, par C. H. Castellani dans Les femmes congolaises (écrit publié dans les années 1900) comme « opprimée », « esclave », « exploitée » est «  généralement bien traitée ; malgré sa soi disante position d'infériorité, elle a même une voix délibérative dans les assemblées extraordinaires, où se discutent les intérêts généraux ». Pendant la colonisation les évolués ont cherché à la rehausser à leur niveau. A l'aube de l'indépendance, Patrice Lumumba mettra également l'accent sur l'infériorité de la femme congolaise dans son ouvrage posthume Le Congo, terre d'avenir, est-il menacé (1961) où il attribue cette infériorité aux enseignants, aux parents et aux maris. Selon lui, le statut inadéquat de la femme africaine empêchait cette dernière de se développer culturellement. Les parents craignant que leurs filles soient considérées comme des esclaves après un mariage religieux les empêchant de se marier à quelqu'un d'autre étaient réticents à envoyer leurs filles à l'école. Cette femme, écrit-il, était à la merci de l'homme congolais qui se considérait comme « maître » et « roi ». Ce « chef » et « autorité despotique », ce mari « oiseau nocturne » ne levait pas la main mais regardait la femme faire tout le travail. Cette femme, selon lui, était, cependant, un être humain ayant les mêmes droits que l'homme à la dignité. Si nous demandons, écrit-il, que nos employeurs nous donnent des responsabilités et nous accordent des droits qui sont essentiels pour la dignité humaine, pourquoi devrons-nous ne pas donner à nos épouses leurs responsabilités et spécialement leur droit naturel, puisque la gestion de la maison incombe à la femme ?

Suzanne Mikande-Vundowe, une des premières essayistes féministes congolaises, nota, dans « Féminisme congolais aujourd'hui » que la femme congolaise cherche à jouer un rôle nouveau dans son pays en plein changement. Toutefois, écrit-elle, cette femme, considérée par sa société comme inférieure et moins douée qu'un homme, est plutôt respectée pour ses fonctions biologiques. « On attend, dit-elle, qu'elle s'occupe seulement de la maison et qu'elle serve ainsi les membres de sa famille. A part cela elle doit seulement se taire » On créa des foyers sociaux pour lui apprendre à être une bonne ménagère mais on a « très peu essayé de mettre la femme au courant de ce qui se passe, au Congo, politiquement, économiquement, socialement ». Par contre, elle chercha, comme l'homme, à être respectée et cela surtout par son mari. Tout en étant reléguées à ces fonctions biologiques, elles écrivirent au sein d'associations féminines en 1965 une manifestation pour la paix et pour l'arrêt de la rébellion. A côté de Lumumba qui encouragea et a promu la femme congolaise, elle travailla dans la sécurité pour repérer les ennemis de ce dernier. Mêmement, la femme katangaise contribua à l'effort de la sécession en tant qu'agent de sécurité dans le régime de Tshombe.

Cette femme que certains voudraient inférieure, selon Lumumba, a, depuis 1960, accédé à l'éducation, est devenue ministre, ingénieur, professionnelle dans tous les domaines, femme d'affaires,etc. et continue à être femme travailleuse, femme paysanne, femme maraîchère, cultivatrice, porteuse de carcasse de viande de boucherie, etc. Toutefois, malgré l'émancipation mobutiste, elle continue à traîner derrière l'homme congolais. Comme le pays, elle est tour à tour respectée et maltraitée, promue et détruite. Alors qu'elle semble s'émanciper, elle continue à manquer le respect qu'elle cherche tant ; elle est invitée à se taire et est combattue par le même homme qui la veut émancipée. Elle est respectée comme maman et, par contre, chosifiée,tuée, souillée, mutilée, et sujette à une violence extrême de la part de l'homme congolais depuis la colonisation jusqu'aujourd'hui. Elle est le miroir de la masculinité des ennemis et de l'homme congolais.

L'homme congolais dénonce la violence que subit la femme congolaise sans toutefois faire une analyse critique de ses propres actions. La femme congolaise violée en 2011 est la double victime des étrangers et de l'homme congolais qui se dit son protecteur mais s'avère incapable de la défendre à la suite du traumatisme et de l'objectification du Congolais depuis la colonisation. Il est temps que l'homme congolais, comme nous conseilla Lumumba, devienne véritablement le protecteur éthique, l'ami respectueux, le compagnon respectueux qui respecte la femme en public aussi bien que chez lui. Malgré les viols continus, la femme congolaise forge son chemin, comme le pays, vers la liberté véritable. Mais cette liberté ne peut se matérialiser qu'avec la prise de conscience de la femme congolaise qu'elle est un être libre, sujet parlant et pensant et ayant droit à la dignité.

Notre chemin est long, notre condition complexe et agonisante comme prédira Lumumba. Nous devons toutefois rester calmes, comme il nous conseille, « équilibrées, avec des conduites correctes, mues par l'impartialité, l'objectivité, la justice, la patience, la persévérance, la foi constante et l'effort ainsi que l' action continus. » Seule notre foi dans notre pays et dans des Congolais au sens éthique et mues par le nationalisme et l'amour de la liberté et la justice pour tous nous permettra de sortir de notre labyrinthe et de notre marasme. Nous, femmes qui prenons acte de notre participation dans notre propre sujétion, avons foi dans l'avenir et notre vision politique, sociale, économique. Nous croyons que la femme congolaise qui aujourd'hui souffre des plaies qui lui ont été infligées participera, grâce à sa résilience, à sa détermination et au respect du corps et de la personne de la femme congolaise, à la création d'un Congo meilleur pour une génération future Nous croyons qu'elle participera à la création et au développement d'un Congo prospère.

Bonne fête d'indépendance et que vive le Congo

Pour Congokazi,

Ngwarsungu Chiwengo,
Présidente
Fait à Omaha, Nebraska, le 29 juin 2011

Congo Vision

02/07/2011

 
 
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