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PRIÈRE
D’UN PETIT CONGOLAIS MALADE DE DÉPENDANCE
Sire Faites que cette fois-ci soit vraiment la bonne
Cinquante ans de dérive et de dépendance
De cris, de pleurs et de danses le ventre vide
Sire, ça suffit !
On nous dit que
Tu arrives
Et que
Tu nous l’amènes enfin
Pas l’épée à couper les mains de l’aïeul Léopold
Ni le si bien nommé portefeuilles de Moïse
Mais l’objet, Sire, de tous nos désirs aiguisés
On nous dit que
Tu vas dire enfin
Pas le Got Verdom des Colons acariâtres
Ni les Bokoliana de nos dinosaures entubés
Mais la formule magique inconnue de Ton Frère
Celle qui mettra fin à nos ténèbres tropicales
A nos chantiers de chantage et d’errance
A nos violences sadiques et phalliques
A nos mendicités de saltimbanques
Sire Faites que cesse enfin le cirque
Et que l’ombilical cordon soit scié
Que sans atermoiements funestes
Ni précipitations inconsidérées
Nos deux nations réconciliées
Célèbrent leur mutuelle indépendance
Charles
Djungu-Simba K.
djungu@hotmail.com
Kinshasa,
le 24 avril 2010
© Congo Vision
Haro
sur le lingala facile !
Le
concept de « lingala facile » est construit sur le modèle
de celui du « français facile ». Nous allons brièvement
montrer que, malheureusement, les deux concepts ne fonctionnent
pas de la même manière dans les deux langues et que le
concept de « lingala facile » est nuisible à l’image de
cette langue et à notre patriotisme linguistique, si l’on
me permet cette grandiloquence.
Radio
France Internationale diffuse périodiquement son journal
« en français facile ». Qu’est-ce à dire ? Cette expression
repose sur la réalité que chaque langue a plusieurs niveaux
d’expression ou registres. Il y a un registre disons savant,
peu accessible au grand nombre et un registre plus « soft
» (passez-moi cet anglicisme) et donc accessible au plus
grand nombre. Ces registres sont des réalités intralinguistiques.
Nous voulons dire que ces registres sont des réalités
identifiées ou à identifier à l’intérieur d’une langue
donnée. La même réalité, on peut l’exprimer de manière
simple, accessible à tout un chacun ou en recourant au
langage technique, plutôt opaque.
A
présent, donnez-vous la peine d’écouter le journaliste
qui diffuse sur internet les informations en « lingala
» soi-disant facile. Que constatez-vous ? Ce « lingala
soi-disant facile» consiste en un amalgame entre quelques
mots du lingala et des mots de la langue française. Autrement
dit, le lingala facile ne joue pas sur la réalité des
registres intralinguistiques auquel recourt le français
facile. Le lingala facile est basé sur une capitulation
linguistique, sur l’ignorance ou le sentiment exprimé
inconsciemment de l’absence de niveaux de langage en lingala
et sur l’incapacité de transmettre l’information en n’utilisant
que les seuls mots de cette langue. Cette pratique langagière
dénie le caractère d’omnipotence linguistique au lingala
(langue officielle au Congo depuis la Conférence Nationale
Souveraine).
L’omnipotence
linguistique est cette capacité intrinsèque à toute langue
naturelle comme le lingala. Cette caractéristique permet
« aux signifiés de s’appliquer par élasticité à des sens
toujours nouveaux » et se traduit par la « créativité
de parole », la « créativité métaphorique » sans cesse
renouvelée. En bref et pour être moins technique, chaque
langue a la capacité de traduire l’expérience de ses usagers
de manière quasi infinie. Autrement dit, grâce au lingala,
au kikongo, au ciluba ou au kiswahili, nous pouvons transmettre
toutes les informations de manière autonome et sans emprunter
aussi servilement comme le fait le « speaker » du lingala
facile. Il y a dans notre pays des spécialistes auxquels
on peut faire appel pour aider à élaborer un lingala autonome
et bouter dehors cette espèce de langue hybride qui choque
notre patriotisme linguistique profond. Les Kinois n’ont
aucun respect envers le lingala. Tous (musiciens, politiques,
hommes de la rue, Belgicains, etc.) s’expriment ainsi
et ne font aucun effort pour maîtriser le fond lexical
de cette langue qui est plus riche que ne le laissent
entendre quelques raccourcis infondés. Compatriotes, le
lingala facile est une honte.
Mwana
Mboka TEDANGA Ipota Bembela
tedanga@hotmail.com
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