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RENCONTRE KABILA-SARKOZY A PARIS : KABILA TIRE-T-IL LA LANGUE A LA BELGIQUE? S'INTERROGE LE PROFESSEUR JOHN FRANCIS MBALA

Et pourquoi la RD Congo par l'entremise de son chef d'Etat ne tirerai t-il pas la langue à la Belgique ? Quand l'on sait que les entorses aux usages diplomatiques réalisées avec répétition par le ministre des affaires étrangères belge Karel De Gucht à l'égard de la RD Congo n'ont pas été dénoncées fermement et officiellement par la Belgique. La rencontre des présidents Joseph Kabila et Nicolas Sarkozy à Paris le 16 juillet 2008, mieux le succès de la percée diplomatique congolaise montre à l'évidence que la Belgique a minimisé l'intérêt de présenter officiellement des excuses et/ou effectué un méa culpa. Cependant, il convient d'emblée de ne pas tomber dans le piège d'un individu, Karel De Gucht, en ne confondant pas le peuple belge et les propos déplacés d'une voix autorisée mais qui en a abusé et ce au mépris de la realpolitik qui caractérise les règles du jeu sur la scène internationale. Vu sous un autre angle, la France marque un point et prend une longueur d'avance par ce réchauffement diplomatique illustré par la rencontre chaleureuse et sympathique entre le Président Joseph Kabila et le président Nicolas Sarkozy.

Nous allons ici nous livrer à un exercice d'analyse politique de cette rencontre au sommet à travers plusieurs angle d'attaque et/ou thématiques axés sur la diplomatie active du Président Joseph Kabila dans la perspective de la réalisation des cinq chantiers pour la reconstruction de la RD Congo.

I. Tout d'abord, il apparaît judicieux de relater brièvement les étapes de la visite officielle du Président Kabila à l'invitation de son homologue Nicolas Sarkozy

II. Ensuite, nous allons nous appesantir sur une analyse et/ou la lecture que nous pouvons avoir des enjeux qui se pointent à l'horizon et ce en s'appuyant sur cette rencontre officielle

  1. La France dame le pion à la Belgique à travers l'accueil chaleureux réservé au Président Kabila
  2. Quelles retombées politico-économiques et sociales pour les Cinq chantiers ?
  3. Au-delà de la Chine, Quel apport de la diaspora congolaise pour la reconstruction ?

III. Enfin, dépassant l'analyse à l'adresse du grand public il s'agira d'évoquer l'approche socio-historique puis d'effectuer une projection : Quelle diplomatie congolaise du XXIème siècle ?

I.  La France déroule le tapis rouge : Succès de la diplomatie du Président Joseph Kabila

Prévue de longues dates, puis incessamment reportée la rencontre entre les Présidents Nicolas Sarkozy et Joseph Kabila a enfin eu lieu et ce à l'invitation officielle du Président français. Le 15 juillet 2008, les compatriotes congolais de France et la forte délégation qui avaient précédé le Chef de l'Etat de la RD Congo ont accueilli Joseph Kabila à l'aéroport d'Orly. Accueilli comme cela se doit dans le cadre d'une visite officielle par une personnalité, pour la circonstance le ministre français Jean-Marie Bockel avec hymnes nationaux, Debout congolais suivis de la Marseillaise, le Président Joseph Kabila a salué dans le salon d'honneur les officiels et les compatriotes parmi lesquels je figurais. Au sortir de ce salon, il s'est dirigé spontanément vers la foule venu l'accueillir et a été ovationné. Sous escortes et sirènes, le cortège officiel s'est dirigé vers le prestigieux hôtel Le Ritz Place Vendôme à Paris. La France, n'a pas lésiné sur les moyens pour accueillir avec faste et honneur le Président d'un pays sous-continent, riche et aux multiples potentialités. Le lendemain, soit le 16 juillet 2008, le Président Joseph Kabila a été reçu au Palais de l'Elysée par son homologue Nicolas Sarkozy qui l'a accueilli chaleureusement. Nous n'allons pas ici donner d'avantages de détails eu égard à l'effort de concision et cependant nous pouvons relever que l'entretien fut cordial, sympathique. Au cours de l'entretien qu'ils ont eu le Chef de l'Etat de la RD Congo a été félicité par son homologue Nicolas Sarkozy pour avoir remporté en 2006 la première élection au suffrage universel direct en RD Congo. Le Président Joseph Kabila a à son tour invité le Chef d'Etat français venir en visite officielle en RD Congo. Il a sollicité lors de ces échanges fructueux l'appui de la France auprès du Fond monétaire international (FMI) pour obtenir pour obtenir un allègement de la dette ; l'aide de la France est également souhaitée par le Chef d'Etat congolais pour la formation de la police et de l'armée. Le Président français s'est montré très favorable à ces sollicitations allant jusqu'à annoncé le versement d'une aide pour l'organisation des élections locales qui devraient intervenir l'année prochaine soit en 2009. Dans la soirée du 16 juillet, le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner a reçu le Président Joseph Kabila et la forte délégation au Quai d'Orsay pour un dîner officiel en son honneur. Lors de ce partage de l'art culinaire français le ministre des affaires étrangères congolais à émis le vœu et réitéré le souhait de la RD Congo de recevoir à Kinshasa le prochain sommet de la Francophonie.

Le lendemain, soit le 17 juillet le Président Kabila a rencontré des représentants du Medef le patronat français, le Président du Sénat Christian Poncelet mais aussi Anne Lauvergeon, la Présidente d'Areva, le groupe industriel spécialiste de l'énergie nucléaire. Mais il a rencontré aussi Jean-Louis Borloo, le ministre français de l'écologie. Quand l'on sait les débats autour du développement durable et la place qu'occupe le bassin du Congo, deuxième poumon de la planète, il va de soi que la place stratégique qu'occupe la RD Congo revêt une importance capitale. Notre propos ici n'a pas été de relater au même titre que les journalistes les étapes de la visite officielle du Président Kabila et ce avec précision d'où la brièveté de cette narration. Nous allons au contraire nous appesantir sur les conséquences de la visite officielle du Président Kabila et l'impact que recueille la France, ce au moment où la Belgique officielle semble bouder la RD Congo.

II . Lecture de la rencontre au sommet Kabila-Sarkozy

1. La France dame le pion à la Belgique à travers l'accueil chaleureux réservé au Président Kabila

Nous ne reviendrons pas à nouveau sur les propos du ministre des affaires étrangères belge car l'heure est à la fête et/ou au réjouissement eu égard au réchauffement diplomatique entre la RD Congo et la France mais rappelons nous brièvement que Karel de Gucht a jeté plus d'une fois le pavé dans la marre en disant en substance : il n y a pas d'Etat au Congo, qu'il y a un droit moral de la Belgique sur le Congo… Au jour d'aujourd'hui, d'un point de vue stratégique, la Belgique tend à perdre pied en RD Congo et l'invitation du Président Nicolas Sarkozy à son homologue Joseph Kabila apparaît comme un pied de nez à la Belgique. Celle-ci en dépit de ses relations pluriséculaires avec la RD Congo, n'a pas rompu complètement et définitivement avec des élans paternalistes car il faut peut être se souvenir de la rupture des relations belgo-congolaises sous le régime Mobutu. C'est d'ailleurs à cause des bouderies à répétition et de l'arrogance de la Belgique que sous le Président Giscard d'Estaing la France va « happer » le Zaïre de Mobutu dans son giron et en faire un des pays de son pré carré. D'où l'octroi des accords de coopération militaire, de construction ( la voix du Zaïre…) et Kolwezi etc. Au moment où la Belgique semblait se targuer d'aider la RD Congo, en 2007 la France a accordé une aide de 200 millions d'euros sur cinq ans dans divers secteurs : santé, éducation, environnement etc. Les entreprises françaises du Medef (le patronat français) qui seront reçues par le Président Joseph Kabila vont probablement rafler des marchés si elles sont mises en concurrence avec les entreprises belges. Ceci, pour souligner que la Belgique peut et doit se ressaisir dès lors qu'au-delà de ses crises politiques internes, elle semble ne pas réaliser les méfaits provoqués pas son ministre des affaires étrangères qui fait fi des règles et usages des rapports diplomatiques. Il va s'en dire que le Président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila a réagi en homme d'Etat et sort renforcé du bras de fer entamé avec la Belgique car toutes tendances confondues, la classe politique congolaise a dénoncé les propos paternalistes de Karel de Gucht. En outre, celui-ci a misé apparemment sur le fait que la Belgique officielle serait suivie par les autres pays de l'Union européenne. Or, là il peut réaliser qu'il a royalement échoué, le Président en exercice de l'Union européenne, en l'occurrence le Président Nicolas Sarkozy ayant invité officiellement et accueilli dans son pays le Président Joseph Kabila. Il s'agit là d'un désaveu de la diplomatie belge. Nuançons cependant ce qui précède en relevant qu'au sein même de la classe politique belge des personnalités telles que Louis Michel ont dénoncé la « dérive » du ministre Karel De Gucht.

2. Quelles retombées politico-économiques et sociales pour les Cinq chantiers ?

La coopération franco-congolaise existe déjà dans plusieurs domaines. Elle va s'en retrouver renforcée de par le rapprochement qui a eu lieu à la suite de la visite officielle du Président Joseph Kabila en France les 16 et 17 juillet. S'il apparaît prématuré d'en dégager les conséquences, nous pouvons néanmoins souligner que la France est un des pays leaders en matière de nouvelles technologies, concernant le domaine de la santé, des infrastructures et de ce point de vue la RD Congo bénéficiera d'une aide de qualité en comparaison avec ce que la Chine peut nous apporter, à savoir une aide quantitative mais aide pas forcément qualitative. Par ailleurs, quelle que soit l'aide, chinoise, française ou autre, la question de la bonne gouvernance notamment la lutte contre la corruption est déterminante car les dividendes de la visite officielle du Président Joseph Kabila pour la RD Congo risque d'être minimes sinon inexistantes si cette question de bonne gouvernance est traitée avec complaisance. Nous sommes confrontés à une difficulté majeure, à savoir au-delà de la question des ressources énergétiques, naturelles, humaines, la question des mentalités rétrogrades : corruption, paresse, clientélisme . A moins de vouloir pratiquer la politique de l'autruche, il faut regarder les problèmes en face et faire ce travail d'autocritique pour évoluer enfin. Faisons néanmoins le pari que tous ensemble, dans ce long cheminement vers la démocratie, chaque Congolais acceptera d'aller au-delà des polémiques pour envisager la réalisation des cinq chantiers. A ce propos, s'il demeure évident, voir certains que les Cinq chantiers ont été tracé par le chef de l'Etat, il convient de relever que certes il s'agit des cinq chantiers du chef de l'Etat parce qu'il en est l'initiateur mais d'une certaine manière il s'agit des chantiers de tous car chaque Congolais doit dépasser les polémiques et contribuer à leurs réalisations plutôt que de s'enfermer dans des critiques puériles véhiculées par de soi disant opposants de pacotilles à l'étranger. L'opposition institutionnelle voire extra parlementaire existe et le jeu politique se joue en RD Congo en dépit de ses imperfections tant le chemin est long, la voie est longue, celle qui mène à la démocratie.

3. Au-delà de la Chine, Quel apport de la diaspora congolaise pour la reconstruction 

Sans esquiver les controverses autour des « contrats chinois » il y a lieu de souhaiter que les représentants du souverain primaire, le peuple, les parlementaires soient vigilants tout en étant réalistes. S'il demeure des zones d'ombres sur ces contrats, une réalité est là, la Chine met l'argent sur la table, les machines et véhicules sont arrivés en RD Congo, du moins les premiers lots. Alors que le FMI pose des conditions drastiques, que l'aide des principaux bailleurs de fond tarde à être débloquée, faut-il renoncer à l'aide chinoise ? Ceci dit, il va de soi que puisque l'aide octroyée par la Chine engagera les générations futures, il conviendra d'apporter des éclairages sur certains aspects des contrats mais il faut à présent dépasser les tergiversations politiques et partisanes pour démarrer les travaux de reconstruction. Ceux qui souhaitent que la Chine ramène ses matériaux et véhicules vers l'Asie sont réfugiés à l'étranger dans ce qu'ils pensent être une vie confortable. Les Congolais pour la plupart vivant dans le territoire national sont enthousiasmés par les lots de matériels en provenance de Chine dès lors que des externalités positives vont être observées : sous-traitance, création d'emploi en somme dynamisation du circuit économique.

Au-delà de l'aide extérieur il convient cependant de poser la question de l'apport de la diaspora. En effet, comme nous le savons tous, il y a lieu de compter avant tout sur nous même. Ce qui est déjà le cas, les transferts d'argent de la diaspora congolaise vers la RD Congo pour aider les familles sont conséquentes tandis que les transports en commun, les produits pharmaceutiques voire les produits de premières nécessités sont envoyés bien souvent par la diaspora. Que la diaspora suspendent ces transferts d'argent ou l'envoi de matériels et divers produits, la Rd Congo peut agoniser car au bord de l'asphyxie. Ceci pour souligner que le chantier relatif à la diaspora est négligé voire laissé à l'abandon alors qu'il devrait retenir toute l'attention des autorités congolaises. S'il faut déplorer la politique de l'Etat d'Israël en Palestine, nous soutenons le fait que l'Etat d'Israël crée en 1948 doit demeurer et ce à côté d'un nouveau Etat palestinien. Ce préalable ou ce détour par des précisions pour éviter tous quiproquos. Nous voulons développer ici l'idée que Israël est une œuvre de la diaspora juive et encore de nos jours celle-ci joue un rôle capital. A l'instar des Juifs, la diaspora congolaise peut et doit s'organiser au-delà des tendances politiques. Au lendemain des élections présidentielles en 2006, j'ai présenté à la Présidence de la République à Kinshasa un projet intitulé Ministère des Congolais de l'extérieur et de l'Intégration régional (MCEIR). Ce projet a reçu l'aval du Chef de l'Etat d'où la création du Vice-ministère des Congolais de l'étranger au sein du ministère des Affaires étrangères. Pour satisfaire les alliés du Président élu au suffrage universel direct, la direction de cette structure a été confiée à un membre du parti politique Alliance pour le Renouveau du Congo. Le résultat et/ou le fonctionnement est plus que discutable. Détenir un livre de recettes de cuisine ne veut pas dire que l'on sait mélanger harmonieusement les ingrédients pour préparer et présenter un plat succulent. Nous proposons dès à présent que la gestion de la diaspora constitue une des priorités des cinq autres mais en symbiose et complémentarité. N'attendons donc pas tout de l'aide extérieure telle que celle en provenance de la Chine, comptons aussi sur nous même sans remettre en cause les liens diplomatiques.

III.  Quelle diplomatie congolaise du XXIème siècle ?

La diplomatie congolaise sort d'une mise en parenthèse. Elle a été mise en quarantaine entre 1990 et 1994 pour des raisons de conditionnalité politique, puis réhabilitée suite à l'opération Turquoise dans le contexte du génocide au Rwanda. Les guerres chroniques à partir de 1996 ont placé la diplomatie congolaise dans une sorte de parenthèse illustrée par sa léthargie criante. Durant la période dite de transition politique à partir de 2002, la diplomatie semble tituber. L'élection au suffrage universel direct du Président Joseph Kabila marque le début d'un processus de réhabilitation et de légitimité de la diplomatie congolaise sur la scène internationale de par l'intense activité diplomatique sur la scène internationale depuis l'année 2007. Nous n'allons pas ici à nouveau rappeler la (re)émergence de la diplomatie congolaise qui a à nouveau droit de cité. La diplomatie congolaise du XXIème siècle doit et peut se moderniser. Sans aucune exhaustivité nous pouvons dégager quelques points :

  • Meilleure lisibilité et réorganisation de l'organigramme au-delà des procédures de mise à niveau et de recrutement des agents
  • Modernisation des outils de communication et élaboration des réseaux appuyés sur les NTIC
  • Rationalisation et promotion des ressources culturelles, naturelles, humaines
  • Participation et valorisation de la diplomatie congolaise dans les lieux de rencontres internationales

Au moment où la France assure la présidence de l'Union européenne, la diplomatie congolaise par la visite officielle du Président Kabila à l'invitation de son homologue français Nicolas Sarkozy bénéficie d'une réhabilitation de plus. Qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, il faut reconnaître que le Président Josep Kabila a marqué des points ! Enfin le Président Nicolas Sarkozy a du flair en termes de perspectives. Il a vu juste en disant la RD Congo est « un géant en devenir » . J'ai dit !

Professeur John Francis Mbala
Docteur en Science politique (Ph.D)
Chercheur associé CURAPP-CNRS
Université de Picardie jules Verne (France)
Université protestante au Congo (RD Congo)

Toute réaction utile peut lui parvenir par l'e-mail suivant à johnfrancismbala@hotmail.com

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