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J. Kabila et le diamant de Bena Tshiswaka : à quand la fin de la recréation et l'Ordre Nouveau promis?

Lors de la campagne du premier tour du scrutin présidentiel d'août 2006, le chef de l'État congolais avait promis de restituer le diamant de près de 822 carats appartenant au peuple de Bena Tshiswaka dans le grand Kasaï.

Près de 2 ans après, cette promesse apparaît clairement comme un simple présent de campagne électoral, plongeant  les Bena Tshiswaka dans une profonde déception et farouche méfiance à l'égard de la personne du Raïs congolais. Et pourtant, le Président congolais et Président en exercice de la CEEAC était jusque-là  perçu comme un « promise keepers » : l'homme qui tient ses promesses. Il avait en effet promis de terminer la guerre malgré encore aujourd'hui quelques poches de résistance dans les Kivu et de conduire le pays aux élections après 40 ans de régime dictatorial instauré par ses prédécesseurs, au cours de 46 ans d'indépendance du pays. What a man !

Mais aujourd'hui, après avoir proclamé "urbi et orbe" la fin de la recréation au Congo lors de sa prestation de serment, Joseph Kabila est en train de briller par une incurie sans précédent. Que d'argent et du temps perdu par les propriétaires de cette pierre ! Des pères des familles ont quitté leurs villages pour suivre l'évolution de ce dossier à Kinshasa pendant au moins 3 ans jour pour jour. En même temps, il y a manque à gagner car ceux-ci ne peuvent même plus surveiller leurs activités tant commerciales qu'agricoles.

Pendant qu'ils attendent toujours à Kinshasa la manifestation dans les faits de " l'Ordre Nouveau " du Raïs congolais, sur place dans leurs villages les familles se sont déstabilisées. Les enfants qui hier fréquentaient l'école, font maintenant l'école buissonnière. Les jeunes garçons s'organisent en bandes des gangsters au détriment du paisible citoyen, et les jeunes filles sont devenues des dangers public : une honte à la société du Kasaï.

Les Bena Tshiswaka  ne comprennent pas l'attitude du président Kabila face à cette situation alors que la justice a fait son travail. Léonie Kankolongo une habitante de Bena Tshiswaka que nous avions interrogé nous a dit ceci : « Lorsque le président Kabila a eu besoin de nous, nous l'avions supporté, mais lorsqu'il faut nous restituer ce qui nous revient, il marche à dent de scie. Nous sommes comme ce faible corbeaux qui a été dupé par le renard ». Une autre habitante nous a déclaré qu'elle commençait à croire que le Kasaï était un océan de malheur et de misère, et que leur diamant estimé à une valeur d'au moins $700 million USD était le seul port du salut.

Plus les jours passent, moins les Bena Tshiswaka apprécient l'homme qu'ils ont pourtant assez bien soutenu lors du dernier scrutin présidentiel. Dans tout le village on ne parle plus que de trahison de la part du premier président du Congo élu au suffrage universel direct, ainsi que du gouverneur Ngoy Kasanji, leur « propre fils ». L'un des propriétaires de cette pierre que nous avions croisé à Kinshasa  éprouvait ce que Jules César avait senti lorsqu'il avait appris l'implication de Brutus, son fils adoptif dans le projet de son assassinat. « Tu quoque fili mi », s'était-il exclamé. Les Bena Tshiswaka ont aussi emboité le pas à J. César et s'exclament : « Tu quoque fili nostri Ngoy Kasanji » ! Ce chef coutumier croie que le gouverneur Ngoy Kasanji ainsi que le diamantaire Kabé sont les instigateurs d'une sorte de peine capitale infligée par Joseph Kabila  aux balubas. C'est vrai, les vieillards de Bena Tshiswaka regrettent amèrement d'avoir soutenu Ngoy Kasanji au gouvernorat.

D'aucun pensent que si ce diamant avait concerné le village de Moba ou de Manono, le président Kabila l'aurait déjà restitué; mais comme il ne s'agit pas des siens, il prend son temps. Entretemps, les enfants du Kasaï grandissent dans l'angoisse et le désespoir, les adultes vieillissent précocement et les vieillards partent avec beaucoup d'amertume et de rancœur dans le cœur.

La restitution de ce diamant estimé à plusieurs centaines de millions de dollars, contribuerait tant soit peu à la réussite de fameux 5 chantiers du quinquennat de Joseph Kabila . Car outre les taxes dues à l'État, les Bena Tshiswaka vont investir sur place au Congo, plus précisément dans le Sankuru. Non seulement dans les infrastructures, mais aussi et surtout dans l'industrie agricole et pastorale.

Vers la fin de l'année 2007, le gouverneur Ngoy Kasanji a pris la résolution de ressusciter l'industrie agricole. Selon ses propos, l'agriculture, et non le diamant, doit devenir  l'activité de base dans le Kasaï. Nous disons coup de chapeau au gouverneur car il a compris ce que le « Mzee » avait prôné au lendemain de la libération du 17 mai. L'agriculture comme fer de lance de l'économie congolaise.

Nous félicitons aussi le président J. Kabila pour avoir pensé à ce secteur. Les congolais se souviennent de sa visite à Arizona ainsi qu'à Chicago avant même d'être reçu par le président G. Bush. Si J. Kabila avait choisit l' Arizona , c'était surtout pour les importantes potentialités agricoles que cet État renferme. L'étape de Chicago devait surtout permettre d'amorcer les discutions sur  les modalités de monter une usine de fabrication des Caterpillars dans notre pays, Chicago étant le centre mondial de la fabrication de ces engins agricoles.

Un notable Luba qui a requis l'anonymat nous a dit que des dispositions ont été prises avec les propriétaires de ce diamant pour qu'ils investissent plus dans le domaine agricole. Ils veulent faire du grand Kasaï le poumon de l'économie du pays non avec le sous-sol, mais surtout avec le sol. Ils pensent même qu'ils seront capables d'exporter le maïs un peu partout dans le monde. La restitution de ce diamant devient donc un véritable "Enjeu économique" pour tout le peuple de cette grande Province de la R.D.C., grand comme le Sénégal. Lorsque ce diamant sera restitué, les Bena Tswiswaka se battront la poitrine et diront : « Rien n'est vanité sous le soleil ».

Alphonse Vuka di Masiala
Pentagon City, Virginia, U.S.A
alphonsevuka@yahoo.com

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