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Chronique du génocide congolais : une lecture systémique des guerres de Grands Lacs africains

par Roger Buangi Puati

Un jeu de dominos

Pour comprendre le génocide congolais qui, depuis 1994, a fait près de 7 millions de morts, il faut remonter au renversement du président ougandais Milton Obote en janvier 1986. Yoweri Museveni, un Hema, appuyé par les Etats-Unis d'Amérique, s'adjoint les services des jeunes tutsis rwandais, réfugiés en Ouganda depuis que la monarchie de la minorité tutsie est tombée à l'avènement de la république en 1959. Ces derniers rêvent de reconquérir le pouvoir perdu au Rwanda. Mais en attendant, ils occupent des hautes fonctions dans l'appareil de l'Etat ougandais, ce qui n'est pas du goût de bon nombre d'autochtones. Craignant une révolte populaire, le nouveau pouvoir ougandais va s'employer à aider ces jeunes tutsis à entreprendre une guerre contre le pouvoir de Juvénal Habyarimana au Rwanda. Les Etats-Unis d'Amérique, qui rêvent de mettre la main sur les fabuleuses richesses de la République Démocratique du Congo et étendre leur influence dans la région, vont faire d'une pierre deux coups. Rappelons que les bombes américaines lancées sur Hiroshima et Nagasaki en 1945 ont été fabriquées avec de l'uranium congolais.

Sur fond de guerre d'influence entre l'Amérique et l'Europe (surtout la France) au lendemain de l'effondrement de l'empire soviétique, les Etats-Unis d'Amérique mettent en place un jeu de dominos : renverser le pouvoir rwandais en s'appuyant sur les jeunes tutsis rwandais, puis faire tomber le régime de Mobutu au Zaïre (l'actuelle République Démocratique du Congo) pour contrôler la région de Grands Lacs africains. L'administration Clinton forme, arme et conseille l'armée des réfugiés tutsis en Ouganda, appelée l'Armée Patriotique Rwandaise (APR), branche militaire du Front Patriotique Rwandais (FPR), à la tête de laquelle se trouve Paul Kagame. Le 6 avril 1994, le FPR prend le pouvoir au Rwanda, après avoir abattu l'avion du président Habyarimana qui meurt dans l'attentat avec son homologue burundais et l'équipage français à bord. Des massacres à grande échelle au Rwanda finissent par faire 800 mille morts dont la majorité est constituée de tutsis. La France, sous l'égide de l'ONU, met en place l'Opération Turquoise grâce à laquelle près de deux millions de réfugiés rwandais arrivent au Zaïre (Congo). Parmi eux beaucoup sont hutus et impliqués dans les crimes commis au Rwanda. Des éléments de l'ancienne armée déchue, qui deviendront les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) sont aussi présents parmi les réfugiés avec armes et munitions.

Libération ou occupation par procuration ?

En 1996, Laurent-Désiré Kabila, un réfugié congolais en Tanzanie, est approché par les Américains et les Britanniques pour prendre le pouvoir à Kinshasa avec l'aide de ces derniers. Une armée hétéroclite est vite formée. Ougandais et Rwandais, puis un peu plus tard des Angolais entourent ce personnage trouble qui, dans les années 1970, avait conduit une guérilla qui avait fini par s'essouffler. Ce « conglomérat d'aventuriers », dixit Laurent-Désiré Kabila, sous l'appellation de l'Alliance des Forces Démocratique de Libération (AFDL) envahit le Zaïre sous la fallacieuse raison de guerre ethnique menée par des Banyamulenge qui en réalité sont des tutsis rwandais réfugiés au Congo. Notez que l'ethnie Banyamulenge n'existe pas au Congo. A la faveur de cette invasion autorisée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, les éléments de l'Armée Patriotique Rwandaise qui appuient l'AFDL se livrent à un véritable massacre, sous forme de règlement des comptes, dans les camps des réfugiés où ils tuent plus de 200 mille hutus. Mobutu finit par tomber le 17 mai 1997. Les « libérateurs » rwandais refusent de rentrer dans leur pays et entendent partager le pouvoir à la tête du Congo avec Laurent-Désiré Kabila, un remake de l'Ouganda. La population de Kinshasa se révolte contre cette occupation de fait, d'autant plus que les envahisseurs se comportent en véritables conquérants, exerçant des exactions de type colonialiste sur les populations civiles (bastonnade des chauffeurs à la moindre infraction, humiliation des femmes portant une mini-jupe…). Il s'instaure à Kinshasa un climat de mise au pas des autochtones. Devant la fronde de la population et après avoir découvert un coup d'Etat monté par le Rwandais James Kabarebe (patron de l'armée congolaise de l'époque et chef d'état-major de l'armée rwandaise aujourd'hui), Laurent-Désiré Kabila doit se séparer de ses parrains. Dans la même lancée, il revoit les contrats miniers signés avec les Etats-Unis, d'autres Etats et des transnationales ayant participé à sa prise de pouvoir. Erreur fatale, puisqu'il est assassiné le 16 janvier 2001 et depuis lors le Rwanda, qui compte bien faire payer le pays de celui qu'il considère comme un traître, n'aura de cesse de fabriquer à partir de Kigali des mouvements d'agression qui se présenteront sous le couvert d'une rébellion faussement congolaise: le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) dirigé par Laurent Nkundabatware et Bosco Ntaganda, deux criminels recherchés par la Cour Pénale Internationale (CPI). Hors de toute consultation démocratique, un jeune Rwandais, Hyppolite Kanambe, rebaptisé « Joseph Kabila », incompétent, sans formation ni expérience et ne parlant pas la langue officielle du pays est mis de force à la tête du Congo par les mêmes puissances qui ont envahi le Congo. La population se révolte à plusieurs reprises et à chaque fois un bain de sang vient étouffer dans l'œuf les aspirations des Congolais, dans l'indifférence totale de la Communauté dite internationale.

Du sang congolais dans nos téléphones portables

Depuis 1994 jusqu'à aujourd'hui, le Rwanda, sous Paul Kagame, a fait près de 7 millions de morts au Congo. Les éléments FDRL exploitent le sous-sol congolais et des incursions régulières de l'armée rwandaise sont constatées dans le seul but de piller les ressources minières congolaises dont le principal est le coltan qui entre dans la fabrication des téléphones portables, des ordinateurs portables, des consoles de jeux vidéo…Les entreprises comme NOKIA et MOTOROLA participent à cette guerre, puisque malgré le code de bonne conduite qu'elles affichent sur leurs sites internet respectifs, ils sont incapables de fournir la moindre preuve d'un éventuel contrôle sur l'origine « propre » du coltan qu'elles utilisent dans la fabrication des téléphones qu'ils vendent aux consommateurs que nous sommes. Leurs fournisseurs locaux attitrés disent eux-mêmes que faute de sécurité, ils n'ont aucun moyen d'aller sur les carrières où est exploité ce minerai pour s'assurer que le coltan qu'ils vendent à NOKIA et à MOTOROLA n'est pas imbibé de sang des Congolais. Que des Etats démocratiques et des entreprises des pays dits « civilisés » opèrent en véritables gangsters en pillant sans vergogne les ressources du Congo, terrorisant et fauchant des populations civiles par millions, livrant les femmes et les fillettes au viol et à la destruction par des bandes armées, est une honte pour l'humanité tout entière.

Dans un tel système, nous Africains ne représentons plus que des déchets dont on se débarrasse pour s'emparer de ce qui aurait plus de prix que nous à savoir, les matières premières de notre sous-sol. Ici, on ne peut que constater la flagrance de la hiérarchisation de l'espèce humaine.

26 Juin 2010

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