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 MEMORANDUM DES FEMMES DE LA REPUBLIQUEDEMOCRATIQUE DU CONGO ADRESSE A SON EXCELLENCE MONSIEUR
LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU RWANDA

Goma, le 29 octobre 2008
Excellence Monsieur le Président
de la République du Rwanda à Kigali

Objet : Mémorandum

Situation sécuritaire à l'Est de la RDC

Excellence Monsieur le Président,

Avec nos révérences,

Nous, femmes de la République Démocratique du Congo, activistes de développement et artisanes de la paix, avons l'honneur de venir très respectueusement devant votre auguste personne vous adresser le présent Mémorandum ayant trait à la pire situation sécuritaire à la base d'une escalade des violences que traverse l'Est de notre Pays et pour laquelle nous souhaiterions que vous apportiez votre contribution en vue d'un dénouement heureux.

Certaines personnes non informées suffisamment du drame socio-politique et des catastrophes humanitaires que connait l'Est de notre Pays peuvent facilement dire que nous nous sommes trompées de chemin et qu'on aurait dû aller à Kinshasa plaider auprès de notre Gouvernement. Non, Excellence. C'est par souci de bon voisinage et de franche collaboration que nous avons estimé qu'il était aussi impérieux de vous rencontrer conformément à l'adage tiré de la sagesse africaine selon lequel : « mieux vaut un voisin proche qu'un frère éloigné ».

Excellence Monsieur le Président, nous le soulignons encore avec indulgence, nous ne nous sommes pas trompées de chemin. On accuse, à tort ou à raison, votre armée d'être du coté du CNDP de Laurent Nkunda Mihigo dans la guerre qu'il mène contre le Gouvernement Congolais. Hormis les affres des guerres, les multiples etin commensurables violences perpétrées par les FDLR sur les populations congolaises, nous, femmes du Nord-Kivu, sommes et continuons à être les premières victimes lors des affrontements à l'Est de notre Pays. C'est pour cette raison que nous avons pris l'initiative de venir vous rencontrer et déposer entre vos mains le présent Mémorandum, expression des pleurs demilliers de voix de la population de la République Démocratique du Congo.

Excellence, nous ne sommes ni Ministres, ni Députés ni tous autres Hauts fonctionnaires dans notre Pays. Nous sommes tout simplement « Femmes ». Nous souffrons et venons solliciter votre implication personnelle dans la résolution de cette crise qui a déjà fait plus de 5.000.000 de victimes ; personnes tuées (cinq million) et 2.000.000 de personnes déplacées en errance perpétuelle, sans parler des veuves, des orphelins, des sans emploi, des femmes, filles et enfants violés, des cas de pillages des biens et des ressources naturelles, d'incendie des villages entiers, de destruction de la faune et de la flore…

En votre qualité de Chef d'Etat, vous avez certainement beaucoup d'informations au sujet de cette crise qui a une dimension interne et externe à la fois. Raison en plus, pour cette délégation de femmes congolaises de solliciter votre implication dans la recherche des solutions appropriées susceptibles de mettre définitivement un terme à cette situation dramatique qui n'a que trop duré.

Point n'est besoin, Excellence Monsieur le Président, de vous rappeler que la République Démocratique du Congo et la République sœur du Rwanda sont deux Etats voisins qui doivent collaborer et travailler pour garder des relations de bon voisinage en vue de procurer à leurs populations respectives un meilleur avenir. Nos deux Etats sont sur un même espace géographique et partagent les mêmes réalités : lorsqu'il y a tremblement de terre à l'Est de la RDC, le Rwanda n'est pas épargné et vice versa. A Goma nous buvons le lait qui provient du Rwanda, Au Rwanda on consomme les bananes cultivées au Congo. Nous sommes condamnés de regarder dans la même direction pour un avenir meilleur commun. Nous devons donc, les uns et les autres, travailler pour la stabilité de la sous région des Grands Lacs et pour la normalisation des relations entre nos deux Etats et leurs populations respectives. La difficulté de l'un de nos deux Etats devraitêtre partagée par l'autre.

Ainsi, Excellence Monsieur le Président, nous vous demanderions qu'en cas de survenance des malentendus avec les Congolais, qui d'ailleurs, compte tenu de la nature humaine ne peuvent pas manquer, d'observer les textes tant nationaux qu'internationaux qui régissent les Etats pour les résoudre au lieu de recourir à la force ou à l'usage des armes. Pour votre information, des menaces de génocide pèsent sur la population congolaise en général et plus particulièrement celle du Kivu car les guerres qu'elle connait attisent davantage la haine.

Vous êtes sans ignorer qu'à l'Est de la RDC, il y a une dizaine de groupes armés qui, depuis le 23 janvier 2008 ont signé des Actes d'engagement ayant pour objet de ramener la Paix, la Sécurité, la Stabilité et le Développement à l'Est de la RDC. Aussi faut-il rappeler qu'en date du 09 novembre 2007, le Communiqué conjoint deNairobi a été signé entre la RDC et le Rwanda avec l'objectif de résoudre l'épineux problème des FDLR. Nous vous demanderions ainsi de vous impliquer personnellement dans la mise en œuvre de ces deux actes. En effet, nous osons croire que le retour du CNDP dans le processus du programme AMANI issu de la Conférence de Goma est l'une des voies pour la sortie de la crise qui sévit au Nord-Kivu.

En outre, vous vous souviendrez que nos Etats (Burundi, RD Congo et le Rwanda) ont un cadre approprié de coopération pour la paix et le développement, la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs (CEPGL en sigle). Il s'avère urgent que nos Etats redynamisent cette organisation. Pour notre part, lors des travaux de la Conférence sur la Paix, la Sécurité, la stabilité et le Développement, le peuple congolais avait adopté la recommandation n° 006 relative à la relance des activités de la CEPGL. Notre ferme conviction est qu'à travers ce mécanisme de coopération, nos deux pays arriveront à une stabilité dans la sous région.

Pour terminer, Excellence Monsieur le Président, nous tenons à vous rappeler que la crise qui frappe depuis quelques années l'Est de la RDC ne profite à personne encore moins à nos deux peuples. Nous vous prions encore une fois de vous impliquer personnellement dans la résolution de cette crise à travers les mécanismes diplomatiques cités ci haut à savoir, la promotion des relations de bon voisinage entre la RD Congo et le Rwanda, la mise en œuvre du Communiqué conjoint de Nairobi ainsi que la relance des activités de la CEPGL.

Daignez agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l'expression de notre très haute considération.

Délégation des femmes de la République Démocratique du Congo

info@friendsofthecongo.org

© Congo Vision


RDC: Des organisations humanitaires quittent Goma

GISENYI, RWANDA, 30 octobre (IRIN) - Plusieurs agences humanitaires ont évacué leurs personnels de la ville de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo, où un calme précaire régnait le 30 octobre, après plusieurs jours d'intenses combats entre les troupes gouvernementales et celles du général dissident Laurent Nkunda.

Le 29 octobre, les personnels civils des Nations Unies ont été évacués de Goma vers un complexe situé sur les rives du lac Kivu.

« Nous avons entendu des tirs en ville la nuit dernière et on nous a parlé de pillages. Nous avons évacué tous les personnels expatriés à Gisenyi [une ville située de l'autre côté de la frontière rwandaise], mais nous avons essayé de maintenir un minimum d'activités à Goma », a dit à IRIN un responsable de l'organisation Save the children.

« Ce matin, la MONUC [Mission des Nations Unies en RDC] a dit que la situation était maintenant calme en ville. Ils ont dit que les ONG pouvaient poursuivre leurs opérations, mais devraient revenir au complexe sécurisé des Nations Unies avant 17h », a-t-il ajouté.

« Nous avons été obligés d'évacuer, étant donné le danger grandissant auquel était exposé notre personnel sur le terrain », a dit Wilfred Mlay, vice-président Afrique de l'organisation World vision, dans un communiqué. « Mais nous restons préoccupés par la crise humanitaire à laquelle sont confrontées les populations de Goma et de Rutshuru ».

Erna Van Goor, chef de mission de Médecins sans frontières, a expliqué à IRIN que « des personnels non essentiels ont été évacués de Goma vers la frontière du Rwanda par précaution. Toutes nos unités fonctionnent encore et nous continuons les opérations ».

« La situation, extrêmement instable, change d'une heure à l'autre. Les équipes de MSF continuent d'assurer une aide médicale d'urgence aux populations dans les villes et les camps situés dans les zones de combats, dans et autour de Kitchanga et à Masisi, Mweso, Nyanzale et Kayna », a dit MSF dans un communiqué publié le 30 octobre.

« Les populations déplacées sont difficiles à trouver. Il nous arrive de nous rendre dans un village et de le retrouver vide la semaine suivante. Sont- ils dans un centre, un village ou un camp où on peut leur apporter une aide médicale ? Ou bien se cache-t-il dans la forêt où personne ne peut les voir ? Nous ne le savons pas.».

Environ un million de personnes au Nord Kivu sont des personnes déplacées, pour beaucoup d'entre elles depuis des mois, parfois des années. Une recrudescence des combats depuis août 2008 a forcé 250 000 personnes à fuir, dont beaucoup ont déjà été déplacées plusieurs fois.

« Seule une minorité d'entre elles ont trouvé refuge dans des familles hôtes. La plupart s'installent dans des lieux publics ou créent des camps dits spontanés, ou bien se rendent dans des camps établis », a dit Nestor Yombo, responsable de l'information au Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires en RDC.

« Les gens continuent à se déplacer en fonction de là où se déroulent les combats, ou de leur perception de la façon dont les choses évoluent, ou sous la pression de l'armée et des groupes armés », a-t-il dit.

« Cette dernière crise a créé de sérieux besoins humanitaires, particulièrement en termes d'articles alimentaires et non alimentaires, de tentes, d'eau et d'installations sanitaires, de santé et de protection », a dit M. Yombo.

Il a ajouté que la capacité des travailleurs humanitaires à répondre aux besoins dépendait de « la violence des combats, des barrages routiers, de la réquisition des véhicules humanitaires, du ressentiment des populations et de l'inaccessibilité physique ».

La rébellion de Laurent Nkunda a affirmé dans un communiqué le 30 septembre qu'elle avait ouvert des couloirs humanitaires « pour permettre aux déplacés autour de Goma de rentrer chez eux ».

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