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Titre : Pourquoi la Grèce brûle-t-elle ?

Auteur : Takis Michas
h.elmoussaoui@gmail.com

Lorsque le parti conservateur grec "Nouvelle Démocratie" est arrivé au pouvoir en mars 2004, il avait promis trois choses : "réinventer" l'Etat, éliminer la corruption et initier une réforme nécessaire dans l'éducation. Force est de constater que quatre ans plus tard la situation n'a pas changé : l'Etat demeure un instrument pour accorder avantages et faveurs, la corruption dans le secteur public est toujours endémique et toutes les tentatives de réforme de l'éducation ont avorté. C'est dans ce contexte que les émeutes ont éclaté la semaine dernière en Grèce.

L'événement qui a mis le feu aux poudres et initié les émeutes a été le meurtre - dans des circonstances qui demeurent peu claires - d'un garçon de quinze ans par un policier samedi 6 décembre, près du quartier d'Exarchia à Athènes, un lieu de rencontre populaire pour les étudiants de gauche et les anarchistes. Deux agents de police ont été arrêtés et inculpés pour le meurtre du garçon. Il faut rappeler ici qu'une formation de mauvaise qualité, le manque de motivation et des salaires faibles rendent les forces de police notoirement incompétentes, et donc susceptibles de causer de tels drames. En ce sens, la police partage le malaise du reste du secteur public en Grèce. La seule différence est que ses membres portent des armes.

La mort du garçon a rapidement entraîné des manifestations en masse, pour la plupart pacifiques, des élèves et étudiants grecs contre le meurtre de leur camarade. Ces élèves et étudiants en ont aussi assez d'un système éducatif très centralisé qui leur impose du "par cœur" et qui empêche l'innovation et la créativité.

Mais les manifestations ont rapidement dégénéré pour se transformer en émeutes. Des groupes d'anarchistes masqués ont initié un déchaînement de mises à sac, d'incendies et de vandalisme dans Athènes, Thessalonique et d'autres grandes villes de Grèce.

Contrairement aux émeutes dans les banlieues de France il y a trois ans, les événements en Grèce se sont distingués par le fait que l'Etat et les forces de polices sont restés totalement en retrait des scènes d'émeutes. La société civile a été laissée seule et sans arme face aux attaques violentes par des hordes de prédateurs. Le mardi soir, une des pires nuits d'émeutes, plus de 400 magasins ont été attaqués à Athènes : certains mis à feu, d'autres pillés et sérieusement endommagés. Des événements similaires se sont déroulés dans d'autres grandes villes.

Tout cela a pu se passer sans que les forces de l'ordre ne réagissent, assistant passivement au désastre qui se déroulait sous leurs yeux. Ces forces de l'ordre suivaient les ordres explicites de leurs ordonnateurs politiques, consistant à garder une "posture défensive", signifiant en effet qu'ils n'allaient pas tenter d'empêcher ce déchaînement de destruction.

L'Etat a justifié sa passivité en soutenant que toute tentative d'arrêter le vandalisme aurait entraîné des victimes. En même temps, pour calmer les propriétaires enragés des magasins brûlés ou saccagés qui ont vu tous leurs espoirs d'une saison de Noël rentable s'envoler, l'Etat a promis de compenser les dommages causés par les émeutiers - avec l'argent des contribuables.

Antonis Papayanidis, ancien rédacteur en chef du quotidien conservateur Eleftheros Tipos a pu noter : "Ce dont nous sommes témoin aujourd'hui est la totale abdication de l'Etat grec en matière de responsabilité"..."à la fois au moment du meurtre et ensuite lors des émeutes".

La passivité du gouvernement face à la disparition de la loi et de l'ordre dans les rues ne reflète pas simplement une mauvaise gestion de la crise ou une simple incompétence, bien que ces deux éléments expliquent beaucoup. A un niveau plus profond, l'échec du gouvernement conservateur à répondre de manière ferme traduit aussi sa défaite dans la bataille des idées, et en particulier auprès des jeunes.

L'abdication en matière de responsabilité a été en partie le résultat de l'abandon par le parti Nouvelle Démocratie des valeurs telles que le respect de l'état de droit et de la propriété. Sous la direction du Premier Ministre Costas Karamanlis, le parti a au cours des années explicitement rejeté les discours fondés sur de quelconques valeurs, préférant se tourner vers un pragmatisme de girouette.

La confusion idéologique du gouvernement est telle que la nuit de grandes violences la seule critique que le Ministre de l'Intérieur Prokopis Pavlopoulos pouvait lancer aux pillards était qu'ils ne faisaient là que suivre leur idiotelis stochous (leurs intérêts propres). Le philosophe Adam Smith, qui expliquait comment la recherche par chacun de ses intérêts propres dans un système de marché permettait la prospérité, devait se retourner dans sa tombe : voilà qu'on expliquait par la même hypothèse la destruction des magasins !

Pire a été la déclaration du porte-parole de la police nationale, Panagiotis Stathis, expliquant l'inaction des autorités : "La violence ne peut être combattue par la violence". En disant cela il mettait sur un pied d'égalité la violence exercée par les autorités pour défendre l'ordre avec la violence de ceux qui essaient de le détruire.

Au delà des émeutes, la Grèce connaît une crise des valeurs. Le pragmatisme-roi a fait prospérer la corruption des élites comme celle des esprits.

Takis Michas est journaliste à l'Eleftherotypia et chercheur au Centre pour les études de libéralisme classique d'Athènes. Cet article est adapté d'une parution au Wall Street Journal.

Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org.

© Congo Vision


Auteur : Malou Innocent

Titre : « Guerre contre la terreur" : Obama changera-t-il de cap ?

Le Président élu Barack Obama a affirmé son engagement à mettre un terme à la guerre en Irak et à re-concentrer l'attention des Etats-Unis sur l'Afghanistan. Pour mener à bien les deux tâches, Obama doit faire plus que fixer des délais ambitieux ou proposer des projets brumeux aux détails obscurs. Il doit respecter sa promesse de campagne, et ainsi changer fondamentalement l'orientation de l'establishment en charge de la politique extérieure américaine : mettre fin à la mission en Irak nécessitera de s'engager directement auprès de l'Iran. De son opinion, la stabilité que nous cherchons en Irak est impossible à moins que les USA proposent un effort concerté pour induire les acteurs entourant l'Irak à prendre part de manière responsable au processus de transition. Pour Obama, cela ne peut se produire que si les Etats-Unis engagent le dialogue avec l'Iran de manière ouverte, mature, et sans préconditions.

Depuis 1979, quand un groupe d'étudiants iraniens s'emparaient de l'ambassade américaine à Téhéran, les Etats-Unis ont tenté d'isoler l'Iran au plan international. De temps à autres les intérêts iraniens et américains convergeaient comme quand l'Iran soutenait silencieusement les efforts américains pour déloger le régime taliban en Afghanistan. Mais aujourd'hui, l'Iran dispose d'un programme nucléaire naissant, la population la plus importante de la région, un arsenal en expansion de missiles balistiques, et étend sa sphère d'influence par le biais du Hezbollah chiite au Liban. Très clairement, la stratégie américaine de trente ans consistant à isoler le régime religieux de Téhéran n'a pas fonctionné. Si les voies diplomatiques restent fermées, la stabilité en Irak restera impossible.

Avec une administration Obama, s'extraire de l'Irak signifie s'investir plus en Afghanistan, dont le Président élu dit qu'il doit être « la plus grande priorité de sécurité nationale » de l'Amérique. Son projet est de retirer les forces de combat américaines d'Irak sous 16 mois et d'en laisser peut-être 60 000 comme soutien. Obama a de la chance. En effet il y a quelques jours, le Parlement irakien a approuvé l'Accord sur le Statut des Forces américaines avec les USA, accord qui stipule les conditions sous lesquelles des troupes américaines seront autorisées à rester en Irak. Les troupes américaines se retireront d'Irak à la fin 2011. Un retrait d'ici2011, endossé par le Parlement irakien, est compatible chronologiquement avec l'appel à un retrait d'ici 16 mois par Obama. Non seulement ce projet fournirait à Obama une marge de manœuvre par rapport à sa promesse de campagne, mais les troupes retirées d'Irak permettraient un redéploiement en Afghanistan.

Sur le front afghan de la guerre américaine contre la terreur, la Maison Blanche et le Commandement US (le CENTCOM) passent actuellement en revue de nouvelles approches pour stabiliser le pays ravagé par la guerre. Un des projets est d'éloigner les tribus pachtounes des éléments talibans, c'est-à-dire une politique subtile qui requiert en fait le dialogue avec la base des insurgés pro-talibans. La nouvelle administration Obama a indiqué qu'elle envisageait d'adopter cette approche. Si c'est le cas, alors Obama pourrait respecter une autre promesse de campagne : prêter l'oreille à ce que les généraux sur le terrain ont à dire. Il y a seulement quelques semaines, le Général en chef du CENTCOM David Petreaus a déclaré qu'une nouvelle stratégie américaine en Afghanistan pouvait comprendre une réconciliation avec les insurgés talibans. Reste un problème potentiel pour les USA et l'ONU en Afghanistan : les militants venant de l'ouest du Pakistan. Si Obama continue les frappes de missiles et les raids de commandos sur le sol pakistanais (initiés par Bush), cela pourra générer un effet de vague au sein de la société tribale, encourageant les insurgés à se déchaîner contre le gouvernement du Pakistan et sapant l'autorité des dirigeants pakistanais. Par chance, Obama a été généralement bien accueilli au Pakistan lors de son élection. Si Obama se montre capable d'améliorer la réputation des Etats-Unis à l'étranger, peut-être ses politiques seront-elles mieux acceptées que celles de son prédécesseur.

Cependant, un engagement sur les deux fronts pourrait se révéler décourageant. Du côté de l'Iran, avec les conséquences sur l'Irak, les dirigeants religieux de Téhéran pourraient refuser de négocier ou demander beaucoup trop de concessions. En Afghanistan, le dialogue avec les combattants de terrain pourrait n'avoir aucun impact sur la décision les chefs des insurgés de renoncer à la violence ou d'arrêter de recruter. Mais pour s'attaquer au problème d'une sécurité qui va en empirant dans les deux pays, Obama doit réussir là où Bush a très clairement échoué. En Irak, les tentatives peu enthousiastes voire son refus de parler à ses adversaires dans la région a fait courir des risques supplémentaires aux troupes américaines, en les chargeant d'atteindre des objectifs irréalistes. En Afghanistan, l'administration Bush a ignoré l'histoire ethnique et sociale du pays, et n'a envisagé que très récemment de s'adresser aux chefs tribaux afghans dont l'aide est cruciale pour le combat de l'ONU contre les talibans.

Préparer le terrain pour le dialogue nécessite une compréhension de ses adversaires et une adaptation de sa politique. Epargner une défaite à l'Amérique sur les deux fronts impliquera de la part d'Obama d'écarter toute idéologie aveugle et d'être ouvert au dialogue. Cela demandera une vision et de l'audace, ainsi que du savoir-faire et une dose de pragmatisme.

Malou Innocent est analyste de politique extérieure au Cato Institute

Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org.
www.UnMondeLibre.org

 

 

 
 
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