Otis N'Goma : le coach Congolais qui a sauvé les meubles des Léopards
L'équipe congolais de football , les Léopards, ont livré le 5 février 2008 un match amical avec l'équipe A de la France. Le match joué à Marbella en Espagne s'est terminé par un nul de zéro but partout. Ce qui est une vraie victoire pour les jeunes Léopards privés de Shabani Nonda, mais renforcés par Trésor Lualua, Marcel Mbayo, des jeunes congolais professionnels en Europe et surtout des joueurs de Manzembe, l'équipe chère et bien organisée du président Moise Katumbi, en tournée en Europe et sous la direction de leur entraineur Mutubile Santos. Chapeau bas à nos onze national, même privés de la dernière coupe d'Afrique des Nations.
Mais, au-delà de ces félicitations et de cette fierté nationale, nombreux ont déjà jeté dans la poubelle l'un des artisans clefs de cette victoire contre l'équipe de France, le sélectionneur du jour, Monsieur Otis N'Goma. Sous d'autres cieux, l'information aurait fait effet d'une boule de neige. Hélas, au pays de Ndaye Mutumbula qui détient depuis 1974 le record des buts en une finale de la Coupe d'Afrique des Nations avec ses 9 buts, Kakoko, Kidumu, Saio Mokili, Kalala et d'autres vieilles gloires du football congolais et africains, elle est passée sous silence. Même les quelques collègues qui ont consacrés des colonnes sur le match amical France-RDC, ont raté leurs sorties en ne mentionnant même pas le nom du sélectionneur du jour. Le manquement serait encore plus grave si la fédération et le ministère des sports, ne remercient pas, même verbalement le sieur Otis N'Goma secondé alors de Florent Ibenge. Alors que tous les journaux et chroniqueurs sportifs de l'Hexagone sont revenus sur cette performance des Léopards pour quelqu'un à qui fut confiée l'équipe nationale seulement 3 jours seulement avant le match, surtout lorsqu'on sait que dans cinq mois cette équipe de France ira à l'Euro. Donc, le duel Raymond Domenech-Otis N'Goma s'est soldé donc par la victoire de ce dernier.
Certes, le sieur Otis Ngoma est tout sauf un inconnu du football congolais et français. Ancien jouer et condisciple des Mutubile Santos et autres, c'est en France, notamment à Lille où il habite qu'il se distingue comme bon entraineur et bon encadreur sportif, célèbre surtout depuis que don équipe Cambrai s'est mesuré dernièrement avec l'Olympique de Marseille. Cette fois-ci cependant, Otis s'attendait à tout sauf devenir coach de l'équipe national, les Léopards. Devant livrer ce match amical avec la France, les Léopards qui se trouvaient en Europe n'ont pu se faire rejoindre à temps par l'entraineur devant venir de Kinshasa. Dans la foulé et dans le sillage de Manzembe, le nom d'Otis N'Goma fut proposé et accepté notamment par le staff présent composé de Kamango et de Mayanga, le directeur technique de l'équipe. Honneurs et sentiments nationaux prévalant sur tout, Otis N'Goma accepta d'abord la charge d'encadrer les Léopards, et de se voir confier, avant trois jours seulement du match, la responsabilité de les coacher.


Après un vrai travail de réarmement moral, lorsqu'on sait la France se préparer à la Coupe d'Europe et surtout vice-championne du monde, la frousse n'était pas loin de ces jeunes joueurs qui, nombreux étaient ainsi sélectionnés pour la première fois et, comme ils le disaient encore, tout étonné de voir, de visu, et d'avoir comme adversaire des joueurs qu'ils ne voyaient qu'à la télévision. Ce n'était pas acquis d'avance, avait confié Otis N'Goma, à nos confrères qui l'avaient interviewé avant le match. Puis, pendant quelques heures, il fit un travail de reconnaissance des joueurs et surtout de monter une équipe, en soudant les individualités avec un sens collectif d'appartenance à une seule équipe, en s'appuyant sur un rôle de leadership confié aux ainés de l'équipe que sont Trésor Lualua et Marcel Mbayo. Si la première mi-temps du match, les Léopards se sont débrouillés pour se faire une équipe, Otis a profité de la deuxième période pour pouvoir réellement constituer une équipe et mettre les joueurs en réelle confiance. Le résultat ne se fit pas attendre : la discipline et l'écoute des consignes du coach l'emportant sur tout, les Léopards firent désorganiser l'équipe de France. Le match se solda par un nul partout, mais, pour une jeune équipe entraîné par un entraineur qui prenant ainsi l'équipe national pour la première fois, ce match fut une vraie victoire. Il a surtout aidé les joueurs à se connaître, à se souder derrière leur nouvel entraineur et surtout à accroitre les sentiments positifs de lutter et défendre les couleurs nationales. Il reste trop à faire, certes, mais les bases posées par le bande à Otis peut déjà porter bonnes augures pour une bonne sélection capable de laver l'affront de n'avoir pas été à Accra. Hélas, la grande crainte est aujourd'hui que cette bonne base tissée soit ignorée de la part des décideurs qui, ce n'est pas un secret, ont parfois d'autres chats à fouetter que l'intérêt national. Puis, il ne faudra vraiment pas se voiler les yeux et poser la question majeure, celle affichée par un des joueurs dans son blog : le fameux problème d'argent, des frais des missions, ne peut-on pas vraiment mettre en place des structures fiables pour que ce problème ne vienne plus perturber le bon déroulement de notre sport roi ? Le blog en effet révèle qu'après le match, d'un côté le staff se réjouissait du résultat, tandis que les joueurs chahutaient dans le vestiaire : « Mbongo ebima !» . Et la crainte soit que demain des individualités ne figurent plus sur la liste, tout simplement par le fait de la réclamation de leurs droits. Nous avons encore tous en mémoire la fameuse affaire feu Jason Mayele…
Nos confrères sportifs de la RFI nous ont révélé que le Congo-Kinshasa est à la recherche d'un oiseau rare qui pourra reprendre son équipe national, après les déboires avec Claude le Roy, mais la Coupe d'Afrique des Nations ayant révélé, avec la victoire consécutive de l'Egypte entraînée par un entraîneur national, ne peut-elle pas inspirer nos politiques, notre fédération, pour jeter un coup d'śil vers le côté national pour dénicher cet oiseau rare ? Certes, Otis ne serait peut-être pas le meilleur candidat à leurs yeux, mais quoi de plus noble que de le remercier tout de même pour un tel travail abattu et, on s'en douterait de le savoir, lui demander un rapport sur le travail accomplit. D'ailleurs, la dernière fois où notre équipe nationale a réalisé un bon score dans une phase finale de Coupe d'Afrique fut au Burkina Faso et elle fut alors entrainée par un entraineur national, feu Watunda. Nous sommes loin de tirer les leçons de notre histoire même immédiate.
Quoi que l'on dise, Otis N'Goma doit se sentir fier d'avoir inscrit dans son curriculum avoir été le coach des Léopards et surtout d'avoir fait un match nul avec l'équipe de France, tout en espérant qu'au moment opportun, la nation ferra appel et bon usage de sa diaspora surtout lorsque celle-ci se montre contributif et productif.
Norbert X MBU-MPUTU ( norbertmbu @yahoo.fr )
Congo Vision, United Kingdom
23 février 2008
© Congo Vision