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ROYAUME-UNI : UN PARLEMENT DE TRANSITION ET UN GOUVERNEMENT DE COALITION !

Newport (Pays de Galles, Royaume-Uni), 8 Mai 2010. Le pays de Sa Majesté la Reine Elisabeth II a ses mœurs politiques pas très faciles à comprendre pour quiconque qui n'y vit pas. C'est la chose que l'on craignait le plus et c'est elle qui est arrivée : un parlement de transition et un gouvernement de coalition en vue.

La Constitution Britannique

En fait, la Constitution (non écrite) britannique prévoit qu'en cas d'élection, c'est le leader du parti qui obtient la majorité absolue des sièges au parlement, c'est-à-dire la moitié des sièges plus un, 326 sièges, qui devient automatiquement le Premier Ministre et formera un gouvernement, après que Sa Majesté la Reine puisse le lui demander formellement, après la démission tout aussi formelle de celui en fonction. Hélas, pour cette fois-ci, aucun parti n'est sorti vainqueur des élections générales. Le Parti Conservateur (Conservatory), dirigé par David Cameron, sorti premier, n'a obtenu que 306 députés ; le Parti Travailliste (Labour) du Premier Ministre Gordon Brown, qui vient en deuxième position n'a que 258 députés, tandis que les Libéraux-Démocrates (Liberal-Democrat) ont obtenu 57 sièges, le Parti National Ecossais 6, le Plaid Cymru, le parti indépendantiste du Pays de Galles, 3 et les autres partis, dont les Verts qui ont, pour la première fois un siège, ont obtenu 19 sièges.

" Hung Parliament "

Cette situation plonge le pays dans ce qui s'appelle ici le " Hung Parliament " (le parlement suspendu), puisqu'aucun parti n'ayant la majorité absolue. Légiférant par des lois votées au Parlement, il est impossible, dans la situation actuelle à n'importe quel Premier Ministre de légiférer, ses décisions devant souvent être bloquées par les autres partis. D'où, faute de cette majorité, il faudra pour tout potentiel Premier Ministre de former une coalition sur laquelle il pourra s'appuyer pour gouverner.

Le dernier " Hung Parliament " remonte en 1974 et avait plongé le pays dans une crise de plusieurs jours, aucun des leaders ne pouvant former une coalition stable. Il existe alors plusieurs scénarios de sortie de crise. Normalement, le Premier Ministre sortant pourrait former une coalition de minorité, ce qui dans le cas d'espèce, exigera une alliance ou une coalition entre les Travaillistes, les Libéraux-Démocrates et d'autres partis. Mais, dès la proclamation des élections, le Parti Conservateur et les Libéraux-Démocrates ont tendu la perche aux Libéraux-Démocrates pour tenter une coalition. Hélas, la situation actuelle rappelle la très houleuse campagne électorale, la première dans l'histoire de la monarchie, puisque cette fois-ci, pour la première fois, il y a eu trois débats télévisées des trois leaders des principaux partis : Gordon Brown, David Cameron et Nick Clegg. Et lors de ces débats, il est apparu des divergences considérables, notamment entre les Conservateurs et les Libéraux-Démocrates, surtout sur la question de l'immigration et de la réforme du système électorale, qui est un autre tendon d'Achille de la politique britannique. En effet, ce n'est pas le parti qui a le plus grand nombre des bulletins ou des voix qui sort vainqueur, mais c'est le vainqueur de chaque circonscription électorale qui représentera son parti au parlement et toutes les voix vois des perdants ne sont pas pris en compte. On peut ainsi avoir un parti qui été élu par un grand nombre des britanniques, mais qui sera malheureusement absent au parlement puisque ces élus n'étant pas sortis vainqueurs dans leurs circonscriptions respectives. Ce qui désavantage les petits partis et avantage les grands. Les Conservateurs, qui en tirent grand profits, ne veulent pas la reforme de ce système alors que c'est le cheval de bataille des Libéraux-Démocrates. Dieu seul sait comment ils trouveront un terrain d'entente. Donc, il y a risque d'assister à une coalition fragile et à court-terme.

La position de la Reine

Constitutionnellement hors circuit politique, Sa Majesté la Reine attend et suit la situation de prêt à partir de son Palais, le Buckingham Palace, avec ses conseillers et ses nombreux secrétaires. C'est lorsque la situation perdure et qu'aucun des leaders ne semble pas former un gouvernement que Sa Majesté pourra ainsi prendre le taureau par les cornes et user de ses prérogatives constitutionnelles. Pour l'intérêt de la nation, elle pourra obliger à un des leaders, souvent le Premier Ministre sortant, de former un gouvernement, même de minorité, et appeler aux élections le plus vite possible. Pour le moment, le pays n'en est pas encore là. Elle attend et suit la situation de près.

Le premier ministre sortant

Du côté du Premier Ministre Gordon Brown, c'est plutôt une impression de laisser les peaux de bananes aux pieds des deux autres leaders. Car, prenant appui sur la constitution, il a fait savoir qu'il attend l'aboutissement des pourparlers entre les deux, et gère ainsi les affaires courantes de la nation. Au cas où les deux ne parvenaient pas à un accord, il en appelle à Nick Clegg, le leader des Libéraux-Démocrates, de pouvoir le rejoindre pour des pourparlers afin de former une coalition, cette fois-ci avec les autres partis indépendantistes des provinces. D'ailleurs, le président d'un des partis des provinces a déjà annoncé les couleurs aujourd'hui en appelant Clegg à cette coalition. Ce qui serait un mariage de raison, tant leurs thèses semblent converger, les deux partis étant des partis progressistes. Mais, dans un cas ou dans l'autre, la coalition risquera aussi d'être fragile et demanderait au prochain Premier Ministre de pouvoir songer à une convocation des élections dans un avenir proche, pour pouvoir tenter de donner au Pays une majorité absolue, permettant ainsi au Premier Ministre de pouvoir diriger avec moins de controverses.

Une autre cartouche du Premier Ministre serait d'appeler aux élections anticipées immédiates. Ce qu'il ne pourra sûrement pas faire actuellement, surtout à cause de la crise économique, de la récession et de l'actuelle crise financière grecque que chaque gouvernement est en train de suivre attentivement, craignant que, par effet de contagion, comme l'a montré la récente récession, qu'elle ne puisse affecter son pays. D'ailleurs, c'est cet argument de la gestion de la crise financière que Gordon Brown utilise pour refuser de plonger le pays dans une crise et laisser les politiques dialoguer et trouver une solution acceptable.

Brown et l'héritage Blair

Le parti Travailliste a perdu encore des sièges par rapport à la législature passée. Un vrai camouflet pour Gordon Brown qui, selon les mœurs politiques britanniques, ne tardera sûrement pas à démissionner pour laisser le parti se choisir un autre leader qui pourra conduire le parti aux élections prochaines. Mais, honnêtement, la mission était impossible pour les Travaillistes qui doivent se contenter du résultat obtenu. En effet, ils devraient gérer l'héritable de Tony Blair qui, malgré tout le bon travail abattu avec son nouveau concept de " New Labour " (Nouveau Travailliste), a quitté la primature avec une note noire : la guerre en Iraq. Même si tous l'avait votée au Parlement, la récente commission d'investigation sur la guerre a montré que le Premier Ministre avait " exagéré " les informations reçues des services de sécurités sur les fameuses armes de destructions massives qu'auraient Saddam Hussein.

La désillusion des Libéraux-Démocrates

Pendant cette campagne, un nouveau phénomène était apparu dans l'échiquier politique britannique, c'est ce que la presse qualifiait de " Cleggmania ". En effet, troisième parti du pays, les Libéraux-Démocrates ont vite monté en sondages dès le premier débat télévisé des trois leaders. Ils s'affichaient comme la seule force du changement départageant les Conservateurs et les Travaillistes. Hélas, la désillusion est totale, comme l'a stipulé Clegg lui-même, puisque les 57 sièges obtenus sont un recul par rapport à la législature passée où ils en avaient 62. Ils doivent encore se remettre en question et à l'école de la politique. Du coup, toute l'arrogance qu'ils avaient affichée lors des derniers jours de campagne est confrontée aujourd'hui à la real politik. Mais, la situation dans laquelle le parti se retrouve actuellement, devant faire alliance pour gouverner, est la plus inconfortable encore. On l'a vu cet après-midi : des manifestants sont venus par milliers avec une pétition à Clegg lui demandant de ne pas tronquer leur desideratum le plus essentiel : la réforme du système électoral. Or, c'est sur cette réforme justement que les Conservateurs avaient déclaré ne jamais toucher. Accepter de ne pas y toucher, serait la plus grande désillusion des électeurs libéraux-démocrates et il n'est pas impossible que les Libéraux-Démocrates perdent une grande partie des électeurs aux prochaines élections, si Clegg acceptait la proposition des Conservateurs de ne pas y toucher. Les travaillistes en profiteraient sûrement. En outre, ne pas participer à cette coalition risquerait de laisser cet image qu'ils ne sont pas encore prêts pour gouverner. En tout cas, les pressions sont grandes auprès des députés et des fondés de pouvoirs libéraux-démocrates.

La déception des Conservateurs

Tous les sondages donnaient les Conservateurs gagnants de ces élections, surtout voyaient leur leader, David Cameron, monter les marches de la primature aux lendemains du 6 mai. Mais, là aussi, la déception est totale. Il est obligé de former une coalition avec un parti avec qui les Conservateurs n'ont pas les mêmes idéologies. Vont-ils abandonner les thèses essentielles au nom de la coalition ? Ou, formeront-ils tout de même une coalition fragile pour appeler vite le peuple aux élections dans un avenir très proche, afin d'avoir un gouvernement, cette fois-ci, issu d'une majorité absolue. Le tout, évidement, s'ils parviennent au moins à l'avoir. Sinon, le chemin risque encore d'être long pour les dauphins de Margaret Tchatcher.

Les divergences entre les provinces et l'Angleterre

Depuis quelques années, le Royaume-Uni a amorcé ce qui s'appelle ici " the devolution ", c'est-à-dire le fait pour Londres, la capitale de toutes les institutions de la Monarchie, de céder certaines parcelles de pouvoir aux provinces qui bénéficient d'une certaines autonomies dans certains domaines, tout en gardant Londres décider sur les questions essentielles de sécurités, d'armées, de politique étrangère, d'immigration. Ainsi, il existe, à côté du Parlement siégeant à Westminster et du gouvernement à Londres, des parlements et gouvernements locaux dans les provinces : en Ecosse, au Pays de Galles et en Irlande du Nord. Ces gouvernements locaux sont dirigés par des " First Ministre ", sortant du parti majoritaire. Les présentes élections ont montré ces dissensions entre l'Angleterre et ces provinces. Les Conservateurs n'ont obtenu qu'un siège en Ecosse, 8 au Pays de Galles et aucun député en Irlande du Nord ; alors que les Travaillistes ont obtenu 26 sièges au Pays de Galles, 41 en Ecosse et 5 en Irlande du Nord.

La presse et la couverture médiatique

S'il y a une chose qui mérite d'être soulignée pendant ces élections, surtout avec la nouveauté des trois débats télévisés des trois grands leaders des partis, c'est la couverture médiatique de ces élections qui, une fois de plus, a placé la presse britannique à son plus haut degré d'estime. Elle en a assuré une bonne couverture et surtout en respectant la parité d'usage et d'accès à tous. Même les partis extrémistes ont eu aussi leurs heures d'antennes.

L'ère des professeurs et des spécialistes

La fin des élections avec la situation, sans précédente, de ce " parlement suspendu ", fait venir sur le devant de la scène et des médias, une corporation ayant opinion sur rue dans ces pays occidentaux : les professeurs d'universités. Ils y défilent à longueur des journées et sont des professeurs avec un grand " P ". Chacun y apporte sa contribution, son éclaircissement, ses ajouts, ses analyses perspicaces pour comprendre la situation et surtout pour orienter les politiques. Dans un élan de l'universalité de la science et du savoir sans frontières, se complétant sans se contredire, ce sont les universités qui sont à l'honneur et font la fierté du contribuable qui les fait survivre et financer. Wait and see! En attendant le nouveau locataire du 10 Downing Street sui sera sûrement connu très rapidement, "

Wait and See "

(Attendons voir), comme le disent les Britanniques. L'essentiel étant certes que chacun fasse son métier et les vaches seront alors bien nourries.

Norbert XSON Mbu-Mputu

Newport (Pays de Galles, Royaume-Uni)

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