Professeur Nzongola : «Obama est un président américain. Je ne crois pas que les Africains doivent se faire des illusions»
Edition 4722 du Mardi 07 Juillet 2009
Eminent politologue, Georges Nzongola Ntalaja s'entretient avec Le Potentiel sur les effets de l'arrivée au pouvoir de Barack Obama et de la politique américaine au Congo. Il invite finalement les Congolais à constituer des lobbies en vue d'influencer l'administration Obama pour s'intéresser à la situation de la RDC.
Les Africains pensent qu'avec l'arrivée de Barack Obama au pouvoir, tous leurs malheurs vont prendre fin. Qu'en pensez-vous ?
L'élection de M. Obama est une grande victoire pour le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis. Ce mouvement a pu, plus ou moins, convaincre les gens qu'un dirigeant noir peut aussi bien qu'un dirigeant blanc diriger le pays. Et que la différence des races ne constitue pas un obstacle à l'égalité ou bien à la gestion d'un Etat comme les Etats-Unis. J'ai vu dans l'Etat de Caroline du Nord que cet Etat a voté pour Obama. C'était quand même très surprenant. Mais c'était une indication de l'évolution du pays parce que quand je suis allé dans ce pays en 1962, j'étais d'ailleurs étudiant dans cet Etat du Caroline du Nord dans une université presbytérienne. J'étais le deuxième noir d'intégrer cette université. En ce moment-là, le Noir ne pouvait même pas aller au cinéma, manger dans des restaurants réservés aux Blancs, être reçu dans les hôtels réservés aux Blancs. Aujourd'hui, ces mêmes Blancs élisent un Noir comme président. C'est quand même un pas en avant.
Que peuvent attendre les Africains de cette élection ?
Je crois que le fait que Obama imprime une nouvelle vision du monde, un monde où il n'y a pas trop de divisions religieuses, ethniques, des races … un monde où tout le monde a la chance de pouvoir réaliser sa vision, son rêve, de pouvoir collaborer pour qu'il y ait une meilleure répartition de la richesse et pour qu'il y ait la paix. Mais je ne crois pas que les Africains doivent se faire d'illusions. Obama est un président américain. Son projet de société est pour les Etats-Unis d'Amérique. C'est certainement en tant que l'homme le plus fort du monde, il a aussi des soucis au niveau global, notamment la paix dans le monde, les problèmes de changement climatique, du contrôle des armes nucléaires. On voit, par exemple, ce qui se passe aujourd'hui avec l'Iran et la Corée du Nord constitue là ses préoccupations. Sans oublier le Moyen-Orient avec le conflit israélo-palestinien, le problème de l'Irak et de l'Afghanistan. Donc, l'Afrique ne peut pas vraiment figurer très haut dans son agenda.
Qu'est-ce qui justifie le choix du Ghana pour sa visite en Afrique ?
Le Ghana est le premier pays noir africain qui a obtenu son indépendance en 1957. c'est un pays qui a fait beaucoup de progrès dans le domaine de la gouvernance démocratique. On voit qu'il a maintenant un troisième président élu depuis que la démocratie a été entamée dans ce pays. Donc, il y a eu une succession paisible, bien réussie avec le changement des partis politiques au pouvoir. Il y a donc eu une véritable alternance au Ghana. Sur le plan économique, c'est un pays qui a fait beaucoup de progrès de sorte que la vie des Ghanéens s'améliore. il y a des projets de développement qui se réalisent dans le pays, les infrastructures se sont créées. Accra, par exemple, est une très belle ville, bien maintenue où il y a de très bonnes routes. Il y a la propreté au centre-ville. Ce n'est pas comme ici avec des poubelles un peu partout. Donc, c'est quand même un pays qui est un modèle pour l'Afrique.
L'administration Clinton a été responsable de ce qui arrive aux Congolais. Elle a soutenu Kigali et Kampala contre eux. Peut-on espérer qu'avec Obama, qui est démocrate comme Clinton, les Américains abandonnent leur soutien au Rwanda et à l'Ouganda ?
Le plus grand tort que M. Clinton ait commis contre le Congo, c'était le fait de n'avoir rien fait contre le génocide au Rwanda. C'est parce que ce refus d'intervenir et d'empêcher la communauté internationale de prendre des mesures nécessaires pour arrêter le génocide, a fait que nous avons reçu deux millions de réfugiés hutu au Congo. C'était là le début de tous nos malheurs. Quand ces réfugiés hutu avaient dans les camps des réfugiés, les Interahamwe et l'ancienne armée de Habyarimana qui a continué sa lutte contre le nouveau régime de Kagamé à Kigali. Certainement, avec Mme Hillary Clinton, femme de l'ancien président et actuelle secrétaire d'Etat, on ne peut pas vraiment espérer un grand changement par rapport à la politique de M. Clinton et celle d'Hillary. Je crois qu'il incombe aux Congolais d'essayer d'influencer la politique américaine, de convaincre M. Obama pour qu'il fasse tout le nécessaire afin que le Rwanda arrête son agression sur le Congo.
Comment le faire lorsque Kagamé finance des lobbies en Europe comme en Amérique pour que le Rwanda pille le pays ?
Nous devons faire autant. Cet argent vient de notre pays. Nous aussi, nous pouvons créer des lobbies avec des ressources dont nous disposons !
Maintenant que les Etats-Unis sont contre nous, avec Kagamé ou Museveni. Que peuvent faire les Congolais si les Américains refusaient de soutenir la paix en Afrique centrale, d'abandonner le soutien à Kagamé ?
Je ne dirais pas que les Américains sont contre nous. Quelques-uns, peut-être, même au niveau du gouvernement. Parce que celui-ci n'a pas une politique claire pour le Congo, pour le moment. C'est pour cela que nous qui sommes aux Etats-Unis, nous sommes en train de développer donc des positions que nous voudrions présenter au gouvernement Obama pour que sa politique se clarifie. Pour qu'il y ait réellement une politique qui soutienne l'unité territoriale et l'indépendance du Congo. Une politique qui mette en exergue le fait que chacun des pays doit respecter les frontières et ne doit pas aller piller dans l'autre. Je crois que nous avons quand la même chance avec les appuis que nous avons au Congrès, avec les contacts que nous avons de pour donc faire valoir ces points de vues.
N'est-ce pas une illusion parce que l'Amérique est en crise. Maintenant, pour refaire son économie, il faut qu'il y ait des pilleurs en Afrique parce qu'on est Noir ?
Le Congo ne compte pas beaucoup dans l'économie américaine. Certainement, il y a quelques entreprises minières. Je crois que les Canadiens, les Britanniques et les Sud-africains ont beaucoup plus comme enjeux au Congo que les Américains. L'Amérique s'y intéresse moins principalement du fait, peut-être, qu'elle est une superpuissance ou du fait qu'elle est impliquée dans ce qui se passe ici. Mais du point de vue économique, leur rôle n'est pas aussi prépondérant.
Cela devient un peu contradictoire. Nous avons à peu près quatre-vingts pour cent des réserves mondiales de niobium……
Oui, il y a des entreprises finlandaises thaïlandaises, japonaises qui vont extraire le niobium. Ce ne sont pas les entreprises américaines.
Comment voyez-vous les relations entre l'Afrique, en particulier le Congo, et la Chine ?
La Chine est la nouvelle puissance en Afrique. Elle comporte aujourd'hui pas comme les Européens se sont comportés au XIXème siècle. Depuis qu'ils sont entrés dans nos pays, on ne voit pas une politique qui ne favorise pas le développement. Il y a beaucoup de places où des Chinois viennent avec leur propre main d'œuvre, au lieu d'utiliser la main d'œuvre locale. Ce qui est contraire à tout principe de collaboration au développement, parce qu'on ne doit pas nécessairement favoriser son propre pays. La coopération ethnique est une relation qui est gagnant-gagnant. Donc, qui donne la chance à tout le monde de pouvoir réaliser des bénéfices. C'est là où nous devons faire quelque chose d'entendre que la Chine est meilleure que l'Europe. Avec la Chine, il n'y a pas de conditionnalité politique. Je crois que le manque de conditionnalité politique ne peut pas être en soi la seule chose sur laquelle on doit s'attarder.
Faudrait-il que les Congolais prennent leur destin en mains ?
Absolument. C'est la thèse que je défends tout le temps. Tant que nous ne prendrons nos responsabilité s, notre destin en mains, nous serons toujours dominés.
ENCADRE
Georges Nzongola Ntalaja est né à Kasha (RDC) en 1944. Il a un Ph.D. en sciences politiques (University of Wisconsin-Madison, 1975). Spécialiste en politique africaine et en théorie politique, il est actuellement professeur au département d'études africaines à l'université de Caroline du Nord. Professeur émérite au département des études africaines de l'université Howard (Washington DC). Il a enseigné respectivement à l'université de Kisangani (1970-1971) ; à l'université de Lubumbashi (1971-1975) etc. il a servi au programme des nations-unies pour le développement (PNUD) comme Directeur du Centre de la Gouvernance du PNUD à Oslo (Finlande) et à la Banque mondiale. Ancien président de l'Association africaine de science politique (AASP) et de l'Association des études africaines des Etats-Unis (ASA), ses publications dont la majorité sont en anglais portent sur : «Revolution and Counter-Revolution in Africa, Nation-Building and State Building in Africa, and revolutions in Zaïre, 1956-1996»; «The Crisis in Zaire: Myths and Realities and of Conflict in the Horn of Africa», et co-éditeur de « the State and Democracy in Africa and of The Oxford Companion to Politics of the World (première et deuxième édition). Le dernier ouvrage est intutilé «The Congo from Leopold to Kabila: A People's History».
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5 mds USD par an pour financer les grands travaux de réhabilitation et de reconstruction
La RD Congo a besoin de 5 milliards de dollars US par an pour financer les grands travaux de réhabilitation et de reconstruction de ses infrastructures de base, a estimé samedi à Kinshasa, la directrice des opérations de la Banque mondiale pour la RDC et le Congo/Brazzaville, Marie- Françoise Marie-Nell.
"Le pays est très grand et le niveau de délabrement des infrastructures est tellement avancé que quelquefois, les gens ont du mal à percevoir le soutien apporté par divers partenaires extérieurs de la RDC", a dit Mme Marie-Nell, lors de la conférence-débat organisée sur l'efficacité de l'aide au développement, ajoutant que les choses doivent changer.
Prenant part également à ce débat, le chef de la Délégation de la Commission européenne en RDC, l'ambassadeur Richard Zink, a également affirmé que les choses doivent changer, notamment dans la coordination des actions au niveau du gouvernement pour plus de visibilité de l'aide au développement.
Les investissements en infrastructures incluent, a-t-il indiqué, plusieurs actions dans les domaines de la santé, des transports, de l'éducation, de l'énergie, etc. Le secteur des infrastructures reste un secteur au cœur des défis auxquels la RDC doit faire face après les dernières guerres qui ont accéléré la destruction du tissu socio-économique avec comme corollaire la fuite des capitaux.
Selon M. Zink, des études convergentes ont démontré que le rétablissement des infrastructures de transports dans leur dimension multimodale est la condition sine qua non pour la restauration de l'autorité de l'Etat, la sécurité à travers l'ensemble du territoire national, ainsi que pour le retour d'une croissance économique durable.
La mise en place d'une infrastructure de base moderne constitue pour un pays émergent comme la RD Congo un facteur compétitif important et un moyen pour impulser l'activité économique. Cependant, il faut trouver les financements nécessaires pour soutenir l'ambitieux plan de reconstruction de principales infrastructures de base, a déclaré le chef de la Délégation de la Commission européenne en RDC.
Les contrats chinois négociés entre la RDC et un consortium d'entreprises chinoises ont été, pour le gouvernement, une pièce de rechange pour contourner cette difficulté.
Malheureusement, ce partenariat d'un type nouveau n'a pas été bien accueilli par les partenaires traditionnels de la RDC, principalement le Fonds monétaire international (FMI) qui hésite depuis quelque temps, compte tenu de certaines zones d'ombre de ces contrats, à renouer formellement avec la RDC par la conclusion d'un nouvel accord au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance.
Kinshasa - 04/07/2009
Pana
Transmis par Gode Bayama, gode.bayama@yahoo.fr
LE VACCIN CONTRE LA TUBERCULOSE EST TROP RISQUÉ POUR LES NOURRISSONS CONTAMINÉS PAR LE VIH
GENÈVE - Un article publié aujourd'hui dans la revue internationale de santé publique le Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé révèle que les nourrissons porteurs du VIH risquent de contracter une forme mortelle de tuberculose si on leur inocule le BCG (vaccin préparé à partir du bacille de Calmette-Guérin) au lieu d'être protégés contre la maladie.
Alors que le BCG est administré à 75 % environ des nouveau-nés dans le monde, une étude réalisée en Afrique du Sud montre qu'il pourrait être plus dangereux que bénéfique pour les nourrissons contaminés par le VIH. Les chercheurs recommandent de retarder la vaccination jusqu'à ce que le statut sérologique du nourrisson pour le VIH soit connu.
« Il est urgent d'évaluer le risque par rapport aux avantages de ce vaccin dans les endroits où la charge de l'infection à VIH et de la tuberculose est importante », estime l'un des auteurs, le Professeur Simon Schaaf, du Centre antituberculeux Desmond Tutu à l'université Stellenbosch, en Afrique du Sud.
Pour lire l'article : http://www.who.int/bulletin/volumes/87/7/08-055657. pdf
Le Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé est l'une des plus grandes revues internationales de santé publique. Périodique phare de l'Organisation mondiale de la Santé , il met particulièrement l'accent sur les pays en développement. Les rapports de recherche sont soumis à un comité de lecture et ils sont distincts des recommandations et des lignes directrices de l'OMS.
Autres articles du Bulletin ce mois-ci :
- Une extension du traitement antiré troviral permettrait-elle de réduire la transmission du VIH ?
- Le Ministre de la Santé éthiopien évoque une nouvelle approche de l'aide au secteur de la santé.
- Des recherches menées en Espagne montrent que les automobilistes devraient passer un test spécial avant de conduire une motocyclette.
- Comment les pays asiatiques font face à la tuberculose multirésistante.
- La maladie de Chagas 100 ans après sa découverte.
- Comment le Kenya a mis en place des services pour les victimes de violences sexuelles.
- Les examens médicaux préalables à l'embauche sont-ils utiles ?
- Difficile de payer les frais mé dicaux en Arménie.
Table des matiè res du Bulletin : http://www.who.int/bulletin/volumes/87/7/en/index.html
Les numé ros du Bulletin publié s depuis 1948 peuvent maintenant être consultés gratuitement dans leur intégralité partout dans le monde via PubMed Central à l'adresse suivante : http://www.pubmedcentral.nih .gov/tocrender.fcgi?journal=522&action=archive
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