L'Afrique et sa médiocrité présidentielle : le cas de la Guinée
La situation confuse qui prévaut aujourd'hui en Guinée, autrefois propriété privée de deux personnalités guinéennes qui ont dominé la scène politique nationale, une république qui n'a jamais connu que oppression et férocité aux allures dictatoriales depuis l'indépendance par consultation référendaire en 1958 période è partir de laquelle un certain Ahmed Sékou Touré commença son règne absolu et sans partage jusqu'en 1984. Fini le premier règne, voici une autre icône forgée par le régime précédent vient continuer l'œuvre du pouvoir absolu incarné par Lansana Conté, affaibli par la santé et qui quitta le royaume un certain 23 décembre 2008 après une longue maladie. Il laissa derrière lui une armée divisée au sein de laquelle on retrouve pratiquement deux armées : une composée des officiers supérieurs, en majorité plus proches du défunt président et une autre provenant des jeunes officiers ambitieux qui ne respectent que la hiérarchie avec laquelle ils ont grandi.
C'est dans cette dernière armée, à la surprise totale de l'opinion nationale et internationale, qu'un capitaine au nom de Moussa Dadis Camara s'est autoproclamé Président de la République pour conduire le pays vers une transition apaisée afin que les Guinéens, qui n'ont jamais connu une autre forme de pouvoir que la dictature, puissent savourer le fruits de la démocratie, de la tolérance et pourquoi pas de l'alternance politique. Mais hélas, je me rendis compte que le rêve démocratique guinéen s'est évanoui à l'annonce de l'équipe gouvernementale composée de vingt-six militaires et six civils, la suspension de la constitution est venue entraver l'espérance prohibée de la démocratie. La Guinée s'est enfoncée dans une espèce de médiocrité présidentielle à la limite de la déliquescence. Après les coups d'Etat qui ont ravagé l'Afrique, la Guinée s'est illustrée, à travers la junte militaire, a un show indigeste combiné par l'incompétence d'un homme, Moussa Dadis, qui ne savait pas ou ne sait pas ce qu'il voulait ou ce qu'il veut. Les médias l'ont même appelé, à chaque sortie médiatique, « le show Dadis ».
Alla prise du pouvoir, il a juré devant la nation guinéenne qu'il ne se présentait pas aux élections qu'il va devoir organiser. Ces déclarations ont eu des conséquences bénéfiques sur la nature de la Transition et le comportement des différents acteurs. Mais après avoir gouté la soupe du pouvoir, il voulait bel et bien savourer le repas en s'octroyant la légitimé institutionnelle à travers l'organisation des scrutins auxquels il se portait candidat. Ces signes de rupture ont été spécifiés dans le « Discours-programme » du 14 janvier 2009 qui constituait un indice sur les intentions réelles de la junte. Dans ce discours- programme, la junte copie littéralement les propositions faites par l'opposition. La junte dévoile son incapacité a présenter un programme de société au peuple guinéen. S'en est suivi le discours de Boulbinet où Moussa Dadis menaçait de jeter la tenue militaire pour se porter candidat. Un bras de fer s'instaure entre la junte et l'opposition jusqu'aux évènements malheureux du 28 septembre 2009 où un millier des personnes sans défense était massacré. Désormais la guinée avait un avant 28 septembre 2009 et un après 28 septembre. L'irréparable a été commis. A partir de ce moment la France , qui avait béni la junte pour succéder Lansana, se désolidarise et prend les distances en rompant sa coopération militaire avec la junte. On assiste à une pression internationale sur la junte. Moussa Dadis devient alors la cible. Il comprend vite que ses ambitions présidentielles dans un monde d'intérêts s'évanouissent.
Ensuite Moussa Dadis s'est rendu compte qu'être président n'est pas synonyme de se permettre de tout en massacrant des innocents civils. Les accusations pleuvent de partout. Il prend distance de son « armée », en déclarant je cite : « personne n'est en mesure de contrôler cette armée. Même moi qui vous parle je ne la contrôle pas non plus. Imaginez-vous un civil ? une armée où un caporal peut insulter un général ? » et j'ajoute une armée dans laquelle un Lieutenant peut manquer du respect à un capitaine. Oui l'armée guinéenne est incarnée par Moussa Dadis Camara où un capitaine peut se permettre de révoquer un général Chef d'Etat Major et renvoyer certains d'entre eux en retraite. Un capitaine qui reçoit ses hôtes dans sa chambre pour se faire publicité gratuite se considérant le nouveau révolutionnaire africain n'est autre que la médiocrité de cette junte militaire guinéenne dans la gestion de la chose publique. Et voilà la monnaie du singe : un lieutenant qui tire sur le Capitaine président de la République , évacué en urgence vers le Maroc pour des soins appropriés, laissant derrière lui toute une Nation aux mains d'une armée irresponsable où la guerre des générations est engagée depuis le régime Lansana Conté. Tout ce scénario a terni l'image de l'Afrique.
C'est vrai que chaque peuple mérite ses dirigeants. Mais je suis de l'avis selon lequel le peuple guinéen mérite mieux que ces politicards militaires qui se sont regroupés au sein d'une organisation d'irresponsables appelée CNDD parce qu'ils possèdent les armes. Avec la bénédiction des puissances étrangères personne, je dis bien personne ne pouvait s'attendre en une montée en flèche de Moussa Dadis au sommet de l'Etat guinéen. C'est seulement les puissances étrangères occidentale et africaine qui pouvaient tolérer que cette médiocrité s'installe au pouvoir. Cette médiocrité a été soutenue en Afrique, comme nous le savons, par le Sénégal et la Libye. Deux pays diamétralement opposés en ce qui concerne le système politique. Le premier était jusque-là un model de démocratie sur le continent africain. Mais il a pris l'allure d'une dictature « Wadienne ». Wade est devenu le champions de la reconnaissance des nouveaux régimes africains qui s'illustrent par les coups d'Etat : l'expérience de la Mauritanie et de la Guinée prouve ses connivences étroites avec les putsch. Le deuxième pays, la Libye , n'est autre qu'une monarchie personnalisée de Kadhafi qui voudrait construire les Etats-Unis d'Afrique à travers des pays satellites dictatoriaux aux dimensions marxistes où il trônerait en Roi absolu africain.
De ce fait, j'ose croire que le départ de Moussa Dadis Camara pour le Maroc serait un soulagement pour le peuple guinéen si et seulement si ce départ se ferait sans retour au pays. C'est dans ces conditions que la Guinée pourra mettre fin à la médiocrité politique de ses caporals, sergents, lieutenants, sous-lieutenants et capitaines dont elle a été victime. Courage au peuple guinéen.
Ecrit par Konde Nzuka
cercle66@yahoo.fr Publié, le 19 decembre 2009
© Congo Vision
|