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Opération «mains propres»/ 1,3 milliard USD volatisés du Trésor public: 53 personnes impliquées dans ce détournement

( Le Potentiel 23/07/2008)

Coup d'éclat au gouvernement ! Le cabinet du Premier ministre accuse la Direction générale des Impôts, la Direction générale des recettes administratives et domaniales, l'OFIDA, l'ONATRA, l'OCC, la SNEL, la Régideso, la Sonas et la RVA d'avoir détourné 1 milliard 300 millions de dollars US. C'est le premier bilan effarant de l'audit initié par la Commission interministérielle d'éthique et de bonne gouvernance. L'opinion souhaiterait que cette opération mains propres aille jusqu'au bout. Sans bluff.

Godefroid Mayobo, ministre près le Premier ministre, a rendu publics hier mardi les premiers résultats de l'audit réalisé, d'un côté, par la Commission interministérielle d'éthique et de bonne gouvernance et, de l'autre, par la Commission de récupération des immeubles et terrains de l'Etat.

Cet audit a porté sur trois régies financières et six entreprises publiques. Il s'agit de la Direction générale des Impôts (DGI), de la Direction générale des recettes administratives et domaniales (DGRAD), de l' Office des Douanes et accises (OFIDA), de l'Office national de transport (ONATRA), de l'Office Congolais de contrôle (OCC), de la Régie des eaux (Régideso), de la Société nationale de l'électricité (SNEL), de la Société nationale des Assurances (SONAS) et de la Régie des Voies aériennes (RVA).

Il ressort de ce constat d'une année de travail qu'un détournement monstre de l'ordre de 1 milliard 300 millions de dollars US a été opéré au sein des entreprises précitées. Quant à la Commission de récupération des immeubles et terrains de l'Etat, le ministre Mayobo affirme que 94 terrains dans le domaine privé de l'Etat et une quarantaine de dossiers dans le domaine public sont concernés. Au total 153 dossiers que les instances judiciaires doivent instruire.

Le ministre Mayobo a confirmé que ses collègues des Finances et du Portefeuille mènent déjà des actions disciplinaires, d'une part, et de remboursement, d'autre part à l'encontre de 53 personnes reconnues coupables de ces indélicatesses.

PAS SE LIMITER A L'EFFET D'ANNONCE

Au cours de son point de presse, Mayobo a souligné que, d'ores et déjà, le ministre de la Justice a déposé au Parquet général de la République les dossiers de 17 personnes physiques et 10 personnes morales impliquées dans ces sales dossiers.

C'est un véritable coup d'éclat qui vient de mettre à nu la mauvaise gestion caractérisant plusieurs entreprises publiques. Les observateurs sont convaincus que ce montant colossal n'est que pointe visible de l'iceberg et que ce scandale est susceptible d'éclabousser plusieurs personnalités. Dans le cas d'espèce, l'audit s'est contenté d'un premier échantillon. La commission interministérielle prouverait sa quête de transparence en poursuivant ses investigations dans le secteur minier. Notamment en creusant le fond des contrats qui ont récemment fait l'objet de la révisitation. Sans oublier des incursions dans les contrats initiés par les Travaux publics, les Affaires foncières, les structures de gestion de la dette interne, du secteur pétrolier, etc.

Dans l'opinion, on souhaiterait que la présente «Opération mains propres» aille jusqu'à son terme pour débusquer les détourneurs des deniers publics et leurs commanditaires. En clair, l'opération ne devrait pas se limiter au simple effet d'annonce, destiné à la consommation extérieure.

Critiqué pour immobilisme depuis son investiture, le gouvernement devra montrer sa capacité à juguler la mauvaise gouvernance en matière des finances publiques. Et à imprimer une nouvelle mentalité aux fonctionnaires de l'Etat. Dans cette croisade, il ne devra pas hésiter à se débarrasser de tous ceux qui se seraient compromis. Il est donc appelé à nettoyer les écuries d'Augias.

Se trouvant aujourd'hui dans une situation financière difficile, à cause de l'absence des appuis budgétaires extérieurs, le gouvernement est condamné à se rabattre sur ses fonds propres, générés particulièrement par les entreprises d'Etat, afin d'exécuter son programme 2008.

POUR ARRETER LA SAIGNEE DES FINANCES

Si cette «Opération mains propres» peut lui permettre de rétablir l'Etat dans ses droits, il disposera des moyens de sa politique au titre de budget d'investissements et serait à même de faire face au front social en ébullition. Car, il faudra bien retenir que «Septembre noir» s'annonce à l'horizon, marquant la reprise des cours dans les écoles de la République.

Aussi serait-il préjudiciable, de la part du gouvernement, de se lancer dans un «marketing politique suicidaire» en brandissant sans lendemain les résultats de l'audit. Puisque les poursuites judiciaires sont déjà engagées, il a tout intérêt à demander au ministre de la Justice de faire l'état des lieux des premières instructions judiciaires.

Ce type de communication permettra au public de connaître déjà l'identité des premiers présumés coupables de détournement des fonds publics, la hauteur des montants détournés au niveau de chaque entreprise citée. In fine, le peuple jugera le degré de volonté politique du gouvernement de faire de la transparence son cheval de bataille.

Au fond, le gouvernement ne doit pas du tout perdre de vue que cette «nouvelle spectaculaire» intéresse particulièrement les institutions de Bretton Woods. A plusieurs reprises, le FMI et la Banque Mondiale l'accusaient, à mots voilés, d'incapacité pour la maîtrise de ses ressources propres, lesquelles échappent à son contrôle. A plusieurs reprises, appel lui avait été lancé de mettre de l'ordre dans sa boutique plutôt que de continuer à tendre la main aux partenaires extérieurs.

Aujourd'hui qu'il a constaté la gestion calamiteuse dénoncée plusieurs fois par les Syndicats – «la RDC dispose des milliards de dollars qui prennent des destinations inconnues, parce que sous-estimés volontairement à l'avance lors de l'élaboration des prévisions budgétaires» - le gouvernement n'a plus d'excuse pour arrêter en si bon chemin l'opération «mains propres». C'est la seule voie qui vaille la peine pour arrêter la saignée des finances publiques.



La prédation

La vérité, contrairement au mensonge, prend son temps avant d'éclater au grand jour. Mardi, le ministre près le Premier ministre a dénoncé le détournement de 1,3 milliard Usd. Mis en cause : les dirigeants de la DGI, la DGRAD, l'OFIDA, la SONAS, l'OCC, la RVA, l'ONATRA, la SNEL et la REGIDESO. Régies financières et entreprises de l'Etat pourtant présentées dans l'opinion comme performantes (sic).

Pour mon voisin de gauche, c'était de la poudre jetée aux yeux de l'opinion, car l'argent ne tombait pas dans les caisses de l'Etat. Et dans le meilleur des cas, des millions dollars américains ne faisaient qu'y transiter avant d'atterrir dans des poches d'une poignée d'« individus-Etat ».

Avec un sourire sous cape, il lâche : « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ». C'est le résultat partiel du travail réalisé par deux commissions interministérielles chargées, l'une d'audit et de bonne gouvernance, l'autre de récupération des immeubles et terrains de l'Etat. Celles-ci notent aussi qu'au moins 153 immeubles et 94 terrains de l'Etat ont été aliénés par des individus qui s'estiment au-dessus de la loi.

Désormais, l'opinion sait pourquoi les caisses de l'Etat sont vides et qui les vide. Pourquoi le budget du grand Congo est toujours de la taille du Lesotho. Pourquoi le barème de Mbudi ne peut pas devenir une réalité. Pourquoi le FMI et la Banque mondiale ne peuvent rien conclure avec le gouvernement, rendant ainsi le point d'achèvement à l'initiative PPTE un mirage, sinon une gageure. Par conséquent, ceux qui s'évertuaient à excuser sans cesse le gouvernement sur ses insuffisances en matière de gouvernance doivent se mordre les doigts, s'ils ne peuvent déjà rougir. Qui est le baudet ? Le Belge Karel De Gucht ou les mandataires de l'Etat et tous les vautours dont la voracité prédatrice sont uniques en leur genre ?

Le coup de gueule de Mayobo n'est-il pas la revanche d'un « radié » qui tente une percée dans l'opinion en refusant de couler seul, improvise mon vis-à-vis. Je dis tout de suite non. Mais il est têtu comme un âne : « Mayobo est resté muet sur la suite réservée au premier rapport faisant état du détournement de 2,8 milliards Usd. A moins que les «détourneurs » d'hier et d'aujourd'hui soient les mêmes. Serait-ce le début du commencement de la lutte contre l'impunité ?

2,8 + 1,3 = 4,1 milliards Usd. La RDC a-t-elle besoin de milliards chinois ou de millions européens pour se développer ? … Si la justice n'est pas actionnée tout de suite, c'aura été du bluff d'Etat sur toute la ligne.


Par Willy Kabwe

Le Potentiel

 

 
 
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