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Lettre ouverte au Président de la République, Joseph Kabila

Monsieur le Président,

En date du 28 décembre 2006, pendant que vous veniez de vous faire élire à la magistrature suprême de la République Démocratique Congo, Shirika la Kivu vous avait adressé une lettre dans laquelle nous avions fait part de nos inquiétudes face aux priorités que vous affichiez: les fameux cinq chantiers. Pour votre mémoire, au troisième paragraphe de la lettre nous vous avions clairement mentionné les points cruciaux et essentiels qui nous tenaient à cœur : la sécurité et l'intégralité territoriale .

Monsieur le Président,

Pendant que Shirika la Kivu et bien d'autres Congolais ne cessaient de tirer la sonnette d'alarme sur des questions sécuritaires dans le Kivu, la cacophonie battait son plein à Kinshasa : hausse des salaires des députés et autres personnalités du pouvoir ou proches du pouvoir, différentes nominations des dignitaires, et gestionnaires des entreprises de l'état, etc. Au même moment, nos jeunes en uniformes, qui croyaient se battre pour une cause nationale, réalisaient qu'ils venaient d'être envoyés dans la gueule du loup, sans équipements adéquats, sans préparations et surtout sans solde ni nourriture!

Shirika la Kivu se demande à quelle comédie votre gouvernement joue lorsqu'il annonce le châtiment sévère réservé aux militaires présumés responsables des exactions sur des populations. Alors que nous condamnons ces actes, nous estimons par ailleurs que vous seriez la dernière personne à pouvoir être surpris de cette attitude de la part de nos militaires. Non seulement vous êtes le commandant en chef de l'armée, ayant été vous-même soldat, puis officier supérieur, mais vous semblez complètement ignorer que ces hommes étaient, mal équipés, mal entrainés, mal organisés, mal entretenus, affamés, etc. Cela ne vous a pas empêché pour autant de les envoyer au front. Nous ne pouvons nous gêner de dire que vous saviez à quoi vous attendre.

En Septembre dernier les hostilités qui ont mené à la prise du camp de Rumangabo par Nkunda ont curieusement coïncidé avec votre départ de Goma à l'issu de votre séjour dans la ville. Certes si ni du Parlement, ni du S é nat et moins encore du gouvernement, cette question ne vous a pas été posée, Shirika la Kivu, prenant le peuple congolais et les victimes directes à témoins, affirme que tôt ou tard, devant l'histoire, vous aurez à y répondre.

Monsieur le Président,

Nous assistons à un changement de langage de Laurent Nkunda : lui, qui, au début, se disait protecteur de ses «frères refugiés», et qui, par la suite, a transformé sa lutte en la chasse aux Interahamwe, et tout récemment il veut négocier directement avec Kinshasa. Le peuple congolais en général et kivutien en particulier se demande ce qu'on va encore négocier qui ne l'est déjà été aux rencontres précédentes (Lusaka, Sun City, Pretoria, Nairobi, Goma). C'est depuis que vous êtes au pouvoir des négociations se succèdent les unes aux autres, et dans tous les cas on finit par vous imposer les desiderata des vos adversaires. Qu'est-ce que donc vous amenez à toutes ces tables des négociations ? Car il nous semble que c'est la volonté des autres qui est toujours respectée. Quelle concession pouvez-vous arracher aux criminels qui endeuillent notre peuple, et qui sont responsables de grands crimes imprescriptibles (crime de guerre, crime contre l'humanité, voire crime de génocide) ?

Votre promptitude à appeler la communauté internationale au secours pour tout problème, qui pourtant aurait dû être résolu par nos propres institutions, diminue davantage notre estime devant les autres nations. On se demande même si vous vous faites une idée de ce que pensent les autres chefs d'État sur vos capacités à gérer la crise dans le pays que vous dirigez. Et abordant, qu'est ce que Nairobi 2 et/ou l'arrivée de l'envoyé spécial des Nations Unies, M. Obasanjo, peuvent résoudre mieux que les institutions nationales

Il ne fait aucun doute que c'est un manque de volonté plutôt qu'un manque de moyen qui alimente l'insécurité persistante au Kivu ! Ne nous annonce-t-on pas l'arrivée imminente de l'armée angolaise ? Et pourquoi seulement maintenant ? Et quel sera le prix à payer ? Nkunda annonce aujourd'hui son intention de se rendre à Kinshasa, du coup vous sentez que votre pouvoir est en danger, il faut prendre des grands moyens. Il apparaît très clairement que le Kivu peut facilement être sacrifié, s'il ne l'est pas encore, pour autant que Kinshasa ne soit pas inquiété.

Enfin les Kivutiens comprennent petit à petit qu'ils ne pourront plus jamais compter sur Kinshasa, moins encore sur le chef d'État et commandant en chef que vous êtes pour les protéger. C'est la raison pour laquelle nous appelons notre peuple à se prendre en charge.

Nous pouvons vous avouer que l'œil du peuple que vous aviez endormi avec vos fameux cinq chantiers et autres promesses faites lors des campagnes électorales dernières s'ouvre petit à petit. On vous attend au tournant… À bon entendeur, salut.

Pour le comité de Shirika la Kivu

Fait à Ottawa, le 26 Novembre 2008

Pour le comité Solidarité Shirika la Kivu

Serge Ntamwira

Président
shirikalakivu@yahoo.ca

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