LA VISITE DU ROI DES BELGES AU
CONGO-KINSHASA EST UN NON- EVENEMENT
On
a du mal à saisir pourquoi les Congolais se lamentent
sur les fréquentations d'un roi, surtout quand on sait
qu'il est celui des Belges qui, usant de son libre arbitre
et au nom du royaume de la Belgique dont il représente
les intérêts, s'acoquine à qui bon lui semble. Et même
s'il y aurait quelques personnages au Congo qui, souffrant
encore de séquelles du mental du colonisé, espèrent tirer
on ne sait quelles dividendes politiques en invitant intentionnellement
le roi des Belges dont la visite est un soutien au régime
en place.
En
quoi importe-t-il aux Congolais qu'un roi des Belges visite
le Congo ou encore qu'il serre la main de celui que le
monde voudrait que les Congolais appelassent par le nom
de Joseph Kabila ? Le Congo se trouverait toujours dans
cette époque où il fallait rassembler le peuple comme
des moutons et le faire danser au passage des visiteurs
du régime ?
Plus
de 125 ans après, la notion du " roi " influence encore
l'imaginaire du " colonisé " congolais, " que l'on a […]
décrété n'être rien : une figure vide " (Achille Mbembe,
2000 : 218). Mais le pèlerinage du roi des Belges à la
Kabilie, qui ne doit ni souffrir d'interdiction ni prêter
à polémique, tombe à pic car il procède, et c'est ce qu'il
y a de mieux, à démystifier la fonction de celui que certains
écrits congolais réservent le titre de " sa majesté "
le roi et ce faisant procède, à libérer le mental du sujet
congolais de sa dépendance légendaire.
Dans
la quête de son émancipation, l'homme congolais devrait
peu se soucier de ce type d'accointances entre " ceux
qui se légitiment comme représentants de l'humanité "
(Pierre Bouvier, 2010 :20) et le type d'hommes perchés
au pouvoir à Kinshasa car il contribue non seulement à
l'éveil des consciences mais il le sensibilise au danger
de son environnement.
Chercher
à interdire à qui que ce soit d'afficher ses contacts,
fut-il au roi des Belges, entretient l'infantilisation
de l'homme congolais qui, le faisant, conforte ainsi les
clichés d'antan qui le présentaient souvent comme ce "
grand enfant " toujours dans l'expectative et implorant
de manière constante celui qu'il continue malgré lui à
appeler son " Noko ". Une attitude mentale qui justifie
assez le contrôle et la mainmise du pays par les mêmes
maîtres qui ont placé le Congo sous perfusion.
De
l'indépendance en question
Pourquoi
tant de bruit autour du 30 juin 1960 dont le sens reste
de nos jours questionnable ! Faut-il considérer cette
date pour ce qu'elle n'a jamais été et elle ne sera peut-être
jamais, c'est-à-dire celle de l'indépendance d'un pays
qui continue malgré tout de s'appeler le Congo et que
ses habitants seraient des Congolais ?
L'indépendance
d'un peuple ou d'une nation est le fruit d'une lutte acharnée,
arrachée au prix le plus fort à l'instar de la révolte
de Saint-Domingue à l'origine d'une nation : Haïti. Selon
un autre roi des Belges, en l'occurrence Baudoin 1er,
l'indépendance du Congo " constitue l'aboutissement de
l'œuvre conçue par le génie du Roi Léopold II, entreprise
par lui avec un courage tenace et continuée avec persévérance
par la Belgique ". Cet extrait qui est tiré de son discours
prononcé à Kinshasa à la date du 30 juin 1960 pose la
question de la nature de l' " indépendance " qui fut "
accordée " à la République " Démocratique " du Congo.
Fut-elle, cette indépendance, arrachée ou accordée ?
Tchicaya
U Tam 'Si dans Ces fruit si doux de l'arbre à pain écrit:
" Jamais un chant dont la vogue a été vertigineuse n'est
passé de mode si vite. On s'est foulé les chevilles en
dansant sur l'air de ce chant venu de Léo : Independa
! Cha-cha. C'est à croire que les Blancs se sont moqués
de nous ! […] Les Blancs nous ont laissé leurs boys et
leurs plantons pour maîtres […] Nous ne nous promettions
sans doute pas pour le lendemain ces coups de poing qu'ils
nous flanquent tous les jours en plein estomac. La nausée
et le sentiment de s'être payé à bon compte mille illusions
". Ceux qui ont eu à rédiger la nouvelle constitution
congolaise et collaborent à un régime au service de Paul
Kagamé sont " Peau noire, masques blancs ".
Bantou
contre Tutsi, attention au piège du pyromane !
On ne sait jamais à quel point on sert la cause du pyromane
lorsqu'on se livre mains et pieds liés à son jeu qui consiste
à opposer ceux que son vocabulaire qualifie de Bantou
contre les autres, les Tutsi alors qu'il en tire lui le
grand profit. " Divisons- les pour mieux régner ", et
nous nous présenterons par la suite dans notre nouvel
accoutrement de sapeur-pompiers, se dit le pyromane sous
la barbe de ses victimes consentantes.
Le
pyromane, par sa " connaissance " du " Nègre ", de son
" nègre " à lui, un nègre instrumentalisé et qui se soumet
presque volontairement parce que nègre selon les clichés
du maître, allume à dessein le feu. Il oppose les noirs
" Hutu " aux nègres " Tutsi " qu'il arme et assure sa
protection contre les " Bantou " dont la réaction attendue
serait " émotionnelle " et de ce fait sauvage et animale
parce que son espèce et identité bantoues seraient menacées.
Ces
pauvres nègres " tutsis ", Paul Kagamé en tête et ses
multiples rejetons notamment " Joseph Kabila ", tomberont
les premiers dans le piège. Ils livrent la région des
Grands Lacs au chaos avec le risque de perdurer longtemps.
Dans l'entretemps, le pyromane se transforme en sapeur-pompier
et offre ses bons offices comme par enchantement. Le comble
est qu'il se présente toujours comme le seul raisonnable,
mais dont la particularité est d'intervenir toujours en
retard après que les crimes aient déjà été commis pour
multiplier à floraison associations et autres initiatives
du même genre, telles que Les monologues du vagin, ONU,
MONUC, Communauté Internationale. C'est pour se moquer
du nègre lequel on accuse avec sa naïveté de tous les
noms. Ne serait-il que violeur, meurtrier, incapable de
cœur ou d'humanité, inapte à capter le jeu de l'autre
même quand il s'agit de nègre lui-même comme objet ? Serait-il
ce grand enfant prêt à se transformer et à changer sa
vie à un monde virtuel de PlayStation ou de Xbox ?
De
Hutu et de Tutsi, Tunga dia Lutete Béthuel citant Bernard
Lugan dans La Crise des Grands Lacs/ Analyse et pistes
de règlement écrit : " L'ethnicité a été inventée ou amplifiée
par l'administration coloniale et les missionnaires catholiques
en vue d'objectifs stratégiques […] Les Hutu et les Tutsi
ne constituent pas des ethnies selon la science parce
qu'ils n'en remplissent pas les critères à ce jour définis
: langue, culture, terroir, etc. En effet, Hutu et Tutsi
ont en commun la langue, la culture, l'histoire et l'espace
géographique […] Par ailleurs, [il] existait un ?modèle
tutsi" […] Les Tutsi avaient recours à une sélection pour
y parvenir […] pour que les enfants puissent approcher
du modèle tutsi, les grands-mères agissaient parfois sur
leur physique : élongation de la colonne vertébrale, application
de cordelettes et de compresses d'herbes chaudes destinées
à produire un crâne à la ?belle" dolichocéphale et au
front bombé, etc. " (Tunga dia Lutete, 2010 :26-27)
À
la lumière de propos de Béthuel, les Congolais invitent
ceux qui ont eu à inventer l'homme Tutsi et à l'opposer
à ses propres frères Hutu à assumer seuls leur fantaisie
qu'ils n'ont pas à faire porter sur le dos de Congolais
qui ne sont concernés ni de près ni de loin. Nous ne prônons
pas de la non-violence qui serait à nos yeux synonyme
de lâcheté et de paresse dans la situation que traverse
actuellement le Congo. Les dieux dont la pitié est une
dénégation ne convient à leur table que ceux qui, les
ayant préalablement identifiés, ont le culot de s'élever
à leur rang. Rabin Hillel cité par Saul Alinsky dans Manuel
de l'animateur social disait : " Là où il n'y a pas d'hommes,
sois un homme ". Comprend qui peut.
MUFONCOL
TSHIYOYO
Président du Rassemblement pour l'Alternative Politique
en RDC,
mufoncol.tshiyoyo@rap-rdc.com
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